LA PSYCHOLOGIE STOÏCIENNE
que la substance universelle est une malière qui est pour elle-même son principe moteur et directeur. L'homme est de même son propre principe, distinct de celui de l'univers dont il est cependant inséparable. Ce principe, rv;£;ji.ov'.xôv, est un corps, il se connaît par un sens interne, une espèce de toucher, comme il connaît, par d'autres sens, les objets externes. Les sens reçoivent des impressions dont les images s'impriment dans le corps particulier qui est l'àme, et c'est là que la représentation se produit.
Les stoïciens relevaient cette théorie formellement matérialiste de la connaissance par des définitions originales, et d'un genre fort différent, qu'ils donnaient du jugement et de la volonté. La sensation ne portant pas toujours l'image exacte de l'objet, ils admettaient le consentement comme un élément distinct de la simple perception, et, pour échapper à l'incertitude qui semble inséparable de ce point de vue, ils supposaient un critérium de certitude fourni par l'énergie de la détermination, par une certaine tension de l'àme qui est le signe auquel le sage reconnaît la perception réellement compréliensiie du vrai. La pensée qui se saisit et qui s'affirme ainsi est la science et diffère essentiellement de V opinion.
Le réalisme matérialiste, l'unité du perçu et du percevant, de l'image et du voyant, réalisée au profit du terme objectif et passif, serait une théorie commune au stoïcisme et à l'épicurisme, n'était le concept stoïcien du principe hégémonique qui s'oppose diamétralement au système des sensations infaillibles par elles-mêmes et de l'échappement de l'esprit à la nécessité par le hasard. Le matérialisme stoïcien ne nous fournit que mieux la preuve de l'impuissance où était la philosophie des anciens d'envisager l'idée comme un phénomène mental, en rapport avec d'autres de la même
nature, dont l'ensemble, ordonné pai' les lois, compose un sujet intelligent et intelligible, une conscience avec ses modes. La conséquence de celte inaptitude à formelle concept d'une synthèse d'idées a été, pour les anciens plus que pour les modernes, la subalternisalion des notions directement issues de l'observation de la conscience aux inductions tirées des lois physiologiques. De là le sacrifice de la personne et la divinisation du monde, le panthéisme matérialiste.