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L'IDÉE DU MONDE DANS LA HAUTE ANTIQUITE

définis. Mais nous parlons ici de révolution indéfinie dont le concept exempte l'esprit du devoir de chercher pour le monde un commencement.

Les deux sortes d'évolution peuvent se concilier ; celle qui est une et indéfinie embrasse, pour cet effet, une infinité, en arrière et en avant, des évolutions multiples, finies et périodiques, construites hypothétiquement ; mais c'est là le point de perfection du système ; et nous ne sommes plus alors aux époques primitives de la spéculation.

L'une de celles-ci, et des plus anciennes, c'est en Egypte que nous la trouvons, nous oiTre le cas curieux et instructif d'un mythe, d'un dogme, si l'on veut, imaginé dans le dessein de poser à la fois et de nier le commencement. Nous voulons parler du concept du dieu, double par soi, père et fils de lui-même, le grand Scarabée, Cheper, qui est porté par l'Abîme, principe femelle sans origine. C'est une façon concrète d'exprimer le mystère de la causalité absolue, que des théologiens ont traduit en termes abstraits par l'idée du dieu causa sui. Pour les Egyptiens, le mythe bizarre de la génération réciproque n'excluait pas la divinisation des grands êtres naturels, ni celle des animaux symboliques ; il marquait seulement un effort vain pour approfondir la question suprême au delà de ce que l'imagination et le symbolisme peuvent exprimer. On trouverait probablement, si on les connaissait mieux, dans les cosmogonies élaborées par les prêtres chaldéens, ou par ceux des religions sémitiques polythéistes^ outre le matérialisme avec des symboles naturalistes et des mythologies variées, appropriées à des dieux locaux, quelques vues indiquant la tentative de percer le mystère ultime soit de l'origine soit de la nature des choses ; mais nous n'avons du travail qui a pu se faire en certains sanctuaires que des restes informes défigurés par

les compilateurs des époques de décadence. Les tendances intellectuelles, ou de sentiment, des penseurs religieux des anciens empires se trouveraient probablement originales et diverses, à mesure qu'on remonterait, s'il était possible, aux premiers initiateurs des croyances qui soutinrent selon les Jieux et les temps le moral des peuples. A la distance oii nous sommes, nous n'apercevons plus guère que dans leur confusion trois manières de représenter dans son fondement la nature des phénomènes.

Ce sont : 1° la méthode proprement mytJiologiquc^ méthode de personnification des phénomènes objectifs, sensibles ou idéaux, d'où naissent des symboles développés en fables épiques et dramatiques ;

2" La méthode des apothéoses, divinisation directe des grands corps ou des grandes forces de la nature, des grandes idées personnifiées de souveraineté, de puissance, d'intelligence, ou d'antiquité suprême et de génération première, mâle ou femelle, et enfin des personnes mêmes, ancêtres, fondateurs ou chefs d'empire, dont la vénération et la coutume, ou la flatterie et la crainte consacrent le culte ;

3° La méthode spiritiste, procédé mental d'imagination des choses sensibles, objets matériels ou personnes, et aussi des classes d'objets plus ou moins caractérisés et limités, tels qu'un bois ou une fontaine, ou vastes et indéfinis, tels que le ciel et la terre, comme habités ou informés par des esprits séparables des êtres euxmêmes. C'est un mode d'abstraction particulier s'élevant du fétichisme à une sorte d'idéalisme et de réalisation des idées pour des cultes spéciaux, et pour le service de toutes les superstitions possibles, morales ou immorales qu'elles soient, qui se présentent à l'esprit.

Les deux premières de ces méthodes se sont prêtées

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