LIDÉE DU MONDE DANS LA HAUTE ANTIQUITÉ
à la conception des grandes divinités antiiropomorphiques. et aussi dune personnalité suprême, sans exclure les panthéons. La troisième a pu se borner à un culte moral dont les objets les plus élevés sont les idées d'ordre, d'élévation ou de mérite, dans la nature et dans l'humanité, sans spéculation et sans métaphvsique : c'est la doctrine de Confucius. qui a régné sur le vaste empire chinois, au moins sur les classes instruites et dirigeantes qui en ont fondé puis dirigé l'administration pendant tant de siècles.
L'idée chinoise du Seigneur-Ciel [Thien-tï) esprit suprême, a pu être assimilée par quelques critiques à l'idée du Très-Haut du monothéisme sémitique, mais Fattribut de personnalité est aussi faible que possible en son application aux Chhi (les esprits), et ne va guère au delà des exigences du langage, qui toujours personnifie.
l^n point unique s'est rencontré, dans l'Asie entière, on ne sait à quel moment, et en quel lieu des pérégrinations des antiques tribus sémitiques, oii un penseur religieux, écartant toute mythologie et tout polythéisme d'âmes ou d'esprits, s'est mis en face de cette idée simple qui, transmise en quelques mots, au début du livre de la Genèse^ est devenue le fondement métaphysique de la religion élevée sur les ruines de toutes les croyances de l'antiquité occidentale : Dieu, une volonté planant sur l'abîme et créant par la parole, au commencement, le ciel et la terre. Toute la fonction de la spéculation, quand le souverain concept devint la pensée directrice d'une nation particulière, la nation juive, consista à affaiblir la supposition de la matière préexistante et à passer progressivement de l'idée démiurgique au concept de la création pure.
Contrairement à l'idée de l'ordre universel, on pourrait dire abstrait, qui dans la région chinoise imprima
s LE MONDE SUIVANT L'ANCIEN ESPRIT HELLÉNIQUE
sa forme à la morale et à la politique, ce fut l'idée de l'humanitc^, généralisée comme type supérieur de l'âme, et dominant tout le naturalisme, qui se posa en fondement de la religion, dans la région indienne peuplée par des tribus aryennes. Le brahmanisme unifia cette idée, qui est celle d'une multitude indéfinie d'âmes sous toutes les sortes de formes organiques, en celle de l'être universel divin, duquel elles descendraient toutes et dans lequel elles auraient toutes à rentrer à l'expiration de certaines périodes. Cette conception, dont le symbole des réveils et des sommeils de Brahma marque fortement à la fois l'anthropomorphisme, et le panthéisme qui en est la négation, resta attachée aux nombreuses sectes de l'Inde, à leurs cultes et à leurs mythologies diverses. Les âmes individuelles, émanées de la substance intégrale de l'âme, avaient toujours à parcourir, en ce panthéisme évolutif, une longue série de vies et d'épreuves suivies d'élévations ou de chutes. Elles ne gardaient ni la personnalité identique, ni seulement l'humanité, au cours de leurs existences allant du dieu à la bête, ou plus bas encore, dont chacune se terminait par l'oubli. Et cependant la question capitale pour l'orthodoxie brahmanique, et pour les écoles philosophiques indiennes, dont la spéculation se rapporta toujours au môme thème, essentiellement, était celle de savoir si la fin dernière de l'âme, au terme d'un Kalpa, était l'inconscience pure, ou la béatitude pour les plus méritantes, et si les mêmes âmes rentraient dans le monde à chaque retour universel de l'existence : question illusoire, à laquelle se prêtait une imagination confondant la personnalité permanente, quoique sans fondement réel dans le brahmanisme, avec l'âme permanente qui n'est que l'image de quelque chose qui subsiste. Le bouddhisme, issu de celle des sectes philosophiques suivant laquelle la fin de perfection de l'âme