‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiquesChapitre 55 sur 182 · LES DEUX DOCTRINES DE L'ORIGINE DU MAL · texte numérisé non relu

LES DEUX DOCTRINES DE L'ORIGINE DU MAL

imaginations, par l'histoire de FEglise. Les abominables procès de sorcellerie, les bûchers, les exorcismes, dont les formules ne sont nullement périmées, témoignent de l'inhérence de la doctrine démonologique la plus grossière au catholicisme. La croyance à la criminalité de l'hérésie, l'inquisition et les supplices pour la découvrir et pour la punir, tout autant que cette Eglise a pu en obtenir ou en conserver le pouvoir, montrent l'idée que le sacerdoce se faisait de la justice de Dieu. C'est celle qu'il exerçait en son nom. Voilà ce qu'il faut se bien représenter comme le développement naturel d'un système de dogmes que nous n'observons aujourd'hui que du point de vue d'une époque où l'indifférence, d'an côté, la satire, de l'autre, les ont gravement atteints et peuvent nous les faire paraître abandonnés, ce que certainement ils ne sont pas. Leur sincérité littérale s'est affaiblie, mais ils conservent leur racine dans la disposition réaliste de l'imagination. Le réalisme naïf a produit dans l'antiquité un spiritisme qui personnifiait le principe du mal en des êtres imaginaires, auteurs ou tentateurs secrets d'œuvres mauvaises, tourmenteurs des hommes, employés tantôt à les pousser au mal et tantôt aies punir de l'avoir fait. Le caractère d'agent moral s'est altéré, pour l'homme qui a rapporté ses passions à des suggestions (tout comme ses douleurs à des intentions nuisibles externes , au lieu de se reconnaître à lui-même des pensées et des sentiments dont il lui est possible de se rendre maître, et dont il est reponsable. Un réalisme profond et laborieux a fait ensuite une entité du péché en soi, que le théologien a supposé transmissible d'une personne à d'autres qui en deviendraient en commun les supports, sans aucun acte personnel de leur part, et s'identifiraient tous ainsi, comme pécheurs, avec la personne d'un pécheur unique. Pourquoi pas alors avec

16i LE NEOPLATONISME CHRETIEN

la personne du diable, premier suppôt du péché? Il eût été logique, à ce point de vue, d'étendre l'identification jusqu'à celle du Père de l'humanité avec le Père du péché,, ce qui d'ailleurs ne contredisait pas un langage consacré.

Le monde que cette doctrine déclare éternellement préparé, dans les conseils divins, pour le règne partagé des principes du bien et du mal, est le môme que le théologien est obligé de tenir pour l'œuvre du Dieu parfaitement bon et tout-puissant. L'optimisme est donc imposé au théologien, et il est aisé déjuger à première vue qu'il ne trouvera pas d'autre moyen d'éviter la contradiction que de soutenir l'une de ces deux thèses : ou que ce qu'on appelle le mal est une partie du bien, ou que le mal n'est rien. La première n'a pas été tout à fait dédaignée par l'orthodoxie, elle est cependant mieux adaptée à des systèmes qui n'admettent pas la création et la perfection initiale ; la seconde est plus intimement liée à la théorie absolutiste. Sous une forme mitigée, sa formule est que le mal, dans le monde, n'est que la privation, tout ce qui se trouve de positif et de réel dans le monde devant être regardé comme l'œuvre de Dieu, et comme bon, par conséquent. Pour le panthéisme néoplatonicien, tout être et tout bien descendent par degrés des hypostases divines ; le mal est la limite, et sa défmitipn est dès lors négative. Pour la théodicée catholique, la privation s'allègue pareillement : en cet argument, que la créature ne pouvant être que finie, puisqu'elle doit se distinguer du Créateur, le monde ne peut être qu'imparfait. Mais l'argument est sans valeur. L'expérience des êtres sensibles témoigne irrécusablement que la douleur physique est autre chose qu'une imperfection; et la conscience nous crie que le mal moral est autre chose que de l'ignorance. Il y a donc un mal positif.

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