LES DEL% DOCTRINES DE L'ORIGINE DU MAL
à l'état séparé, mais cette nature séminale y était qui, corrompue par le péché, nous a voués tous à la perdition éternelle. Ce péché est ainsi actuel chez chacun, et le condamne personnellement, ainsi que solidairement.
Thomas d'Aquin devait, bien des siècles plus tard, trouver le moyen de matérialiser cette fiction réaliste, en imaginant que la volonté du protoplaste, en son . péché, continuait de mouvoir par le canal de la génération, ainsi que l'àme meut les membres, les volontés des descendants, sans préjudice d'ailleurs de leurs autres péchés ! péchés individuels qui n'ont pas été le péché d'x\dam. Mais celui-là suffit pour que les enfants d'Adam naissent tous coupables, et voués de ce fait aux peines éternelles.
La théorie du péché de saint Augustin et son déterminisme absolu ont introduit dans la théologie scolastique des articles de foi qui, consacrés en grande partie par les Conciles œcuméniques, et toujours maintenus par Tautorité ecclésiastique, doivent passer pour acceptés, tout au moins dans les contrées catholiques. S'ils n'étaient pas devenus lettre morte, encore bien qu'ils n'aient nullement fait place, dans le christianisme, à une théodicée et à une eschatologie bien éclaircies, il faudrait dire que cette grande religion de l'Occident enseigne des dogmes plus manichéens que ne faisait la religion de Manès, ou de ses maîtres Mazdéens, au temps où elle luttait encore contre le catholicisme et avait saint Augustin lui-même pour adhérent; car cet ancien manichéisme admettait la réconciliation finale du monde déchu avec Dieu, tandis que la doctrine chrétienne traditionnelle enseigne que le monde du châtiment et de la douleur doit prolonger sous les yeux de Dieu et des saints une existence sans terme après l'expiration des jours de l'épreuve.
Rexouvier. — Problèmes niétaphys. 11
162 LE NEOPLATONISME CHRETIEN
, On n'a qu'une idée abstraite et décolorée d'un tel dogme, à une époque où l'on ne sait plus bien ce qu'on croit et ce qu'on ne croit pas, oii l'on ne tient pas à le savoir, mais où le mensonge est devenu de toutes parts coutumier et officiel. 11 faut se figurer la croyance orthodoxe avec ses anciens accompagnements d'imagination, avant la froideur positiviste de notre âge, aux temps d'affolement de la foi, quand le partage du monde entre Dieu et Satan avait presque l'autorité d'un fait, chacun croyant son âme disputée entre le bon et le mauvais ange, et, d'un côté ou de l'autre, sa conscience aliénée d'elle-même; quand on tenait pour voué aux flammes éternelles l'homme mourant non baplisé ou sans l'absolution du prêtre, et qu'on voyait l'action du démon dans les membres convulsionnés d'un fou, et le corps de la seconde personne de la Trinité, faite homme, miraculeusement substitué à d'innombrables fragments de matière à la fois, sans se diviser. Les croyances magiques donnaient la vie à la doctrine des sacrements et annulaient l'autorité de l'expérience et de la raison. La démonologie, autre fléau, descendu de l'antique Chaldée, passé dans le mazdéisme et dans le judaïsme, introduit dans le monde hellénique, avait présidé, dans l'Etrurie, dès la haute antiquité, a la conception sacerdotale d'un enfer peuplé de démons difformes et cruels, auxquels la divinité souterraine aurait confié la mission de supplicier les impies. C'est cet enfer des croyances populaires de l'Italie, qui, allié à la mythologie grecque du Tarlare et aux superstitions démonologiques des juifs, s'imposa par tradition au christianisme.
Pour n'avoir jamais été dogmatiquement définie peut-être, l'attribution de la forme matérielle aux peines infernales et à leurs agents d'exécution ne laisse point d'être confirmée, et non pas seulement dans les