‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiquesChapitre 66 sur 182 · DESCARTES. LES CAUSES OCCASIO^'^'ELLES · texte numérisé non relu

DESCARTES. LES CAUSES OCCASIO^'^'ELLES

de la cause première. Comment se peut-il qu'avec de tels précédents de doctrine chez son fondateur, l'école cartésienne ait été conduite par ses plus profonds continuateurs au panthéisme théologique?

L'origine de cette déviation de l'esprit d'une doctrine personnaliste, dans le cartésianisme, fut la découverte d'un fait presque toujours méconnu par le dogmatisme, fait négatif dune importance sans pareille : le défaut de lien de causalité sensible entre les phénomènes de l'étendue et du mouvement, d'une part, et ceux de la sensation et de la perception, de l'autre. Il en sortit une doctrine, extraordinaire en sa forme, dont le thomisme, toujours vivant, dut être le secret inspirateur, et qui. à son tour, lit reparaître, chez un disciple, ce même thomisme, décidément reconnaissable.

Puisque la communication de l'àme et du corps était insaisissable, que la cause de leur rapport était entièrement cachée, et qu'il en fallait une, où la supposer .'Mais quelle question I puisque Dieu est la cause surémiuente des choses, s'il n'y a pas de raison d'ordre sensible pour que l'étai du corj)s change quand change l'état de l'àme, ou réciproquement, c'est que Dieu est le réel auteur du changement, et que c'est lui qui opère l'un à l' occasion àQWxxivQ, ou réciproquement. C'est ladoctrine dite des causes occasionnelles que Descartes indiqua sans l'approfondir, etque Geulincx, philosophe hollandais, et Malebranche formulèrent.

Selon Geulincx, l'àme est capable de se modifier ellemême, mais tout mode d'être qui lui survient en conséquence d'un fait externe, ainsi, d'autre part, que tout fait physique conséquent à une volonté de l'àme, sont l'ouvrage de Dieu qui établit la correspondance. Le spectacle du monde est donc une vision, que Dieu donne à nos esprits, des modes réels que corrélativement il produit dans l'étendue. Malebranche va plus loin et refuse

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à l'àme laction sur elle-même. C'est alors uniformément en toutes choses, que Dieu produirait en nous nos impressions et nos idées, à Foccasion des mouvements que lui-môme produit dans les corps; et vice versa. A prendre cette idée à la lettre, Dieu serait donc l'auteur des occasions des actes ou changements des deux espèces qui se correspondent, et l'auteur des actes faits à ces occasions, et. par là, l'auteur des occasions des occasions à l'infini! La pensée du philosophe doit évidemment s'interpréter dans le sens d'une théorie de la Providence générale^ qui était d'ailleurs la sienne, d'après laquelle Dieu aurait institué cet ordre de relations sous la forme d'une loi destinée à régir la création; mais le Créateur ne laisse pas d'appliquer la loi lui-même, en qualité d'unique auteur réel de tous sesetTets. Il s'agit en définitive d'une théorie exactement équivalente à celle de Thomas d'Aquin, selon qui Dieu est présent et agent partout oii se produit un mode d'être réel (XXIII).

La théorie se complète et s'éclaircit par la thèse, que Descartes avait acceptée aussi, de la création continuée : identité de l'acte de la création, et du fait de la conservation ou durée du monde. Cette identité, l'acte universel étendu à la production de tout effet particulier, tel qu'il se produit à chaque instant, et qui s'évanouirait si la cause cessait de s'y appliquer, ne doit paraître à celai qui en pèsera bien la signification, qu'un autre mode plus subtil d'exprimer l'équation permanente entre /'être de f œuvre faite et fétre de faction qui fait. L'idée de la création, prise en son sens ordinaire, n'y trouve pas son explication mais bien sa contradiction. Il y a probablement un départ à faire, quoique difficile, dans l'esprit de Descartes, entre les idées nouvelles et hardies, d'une part, qui lui suggéraient, comme philosophe, les vues favorables au principe de la personnalité, et, de l'autre, les tendances contraires, en partie peut-être

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