‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiquesChapitre 75 sur 182 · LES J^ALYSES PSYCHOLOGIQUES DE LOCKE · texte numérisé non relu

LES J^ALYSES PSYCHOLOGIQUES DE LOCKE

savait leur opposer que la thèse insoutenable de la scission entre la volonté et le motif, dans l'acte de la résolution.

La spiritualité et l'immortalité de l'àme étaient combattues à la même époque par les libres penseurs anglais. Elles devaient l'être, peuaprès, parleurs disciples de France. Les théologiens n'étaient en possession d'aucune théorie psychologique capable de résister à leurs assauts, depuis que la doctrine des substances, ébranlée, semblait devoir entraîner la croyance à l'existence de Yà/iir dans sa chute, tandis que la croyance à la matière conserverait pour sa défense la force objective des représentations sensibles, avec l'instinct réaliste qui s'y attache. Le cartésianisme avait, il est vrai, représenté la notion du sujet pensant avec une clarté logique que l'idée de l'àme n'avait pas tlans le platonisme, auquel le christianisme, autrefois doctrine de résurrection, non d'immortalité naturelle, avait emprunté la doctrine de l'àme substance. Mais cette clarté était celle d'une idée générale, elle ne touchait pas au problème de l'individuation, n'enseignait rien sur la nature ou l'origine de la pensée comme individuelle, point essentiel à l'idée propre de l'àme. Nous prenons le terme de pensée avec • l'extension que lui donnait Descartes : désirer, sentir, juger, vouloir. La substance individuelle, sujet en soi indéterminé, dont un n'a aucune idée quand on cherche à se la représenter sans aucun attribut, on se se figure l'avoir définie quand on l'a nommée le fondement^ ou encore le lien de ses aitribuls. ^lais on ne pense ainsi qu'à de nouveaux attributs sans sujet, ajoutés à ceux que la conscience connaît sans avoir à chercher plus loin que l'unité empirique de l'individu. C'est pourquoi il faut aider l'imagination en y joignant, presque toujours l'idée d'une matière subtile qui serve de support, et c'est ainsi que le spiritualisme en tout

temps s'est constitué et vulgarisé. Si ensuite l'illusion vient à se dissiper, si l'on reconnaît que le sujet indéterminé est un pur concept logique dont la réalité imao'inaire n'est qu'une matière prêtée à la fonction intellectuelle, constamment en exercice, par laquelle nous rapportons à des sujets déterminés des qualités déterminées dans l'objet de l'expérience, l'idée de Tàme paraît s'évanouir, et avec elle s'écrouler le fondement des idées d'unité, d'identité et do permanence qui s'attachaient à cette idée.

L'idée de Dieu soutient avec celle de l'àmc un rapport évident, car elle réunit universellement dans un sujet unique, en les élevant à la perfection de leur nature conçue, les attributs essentiels de l'âme. La question de l'àme étant celle de la personnalité, la (luestion de la personnalité divine est liée à la théorie de l'âme. Au fond, il s'agit de la nature et de l'existence de la porsonne, d'un côté comme de l'autre. Historiquement, les croyances théistes et les croyances immortalistes ont marché le plus souvent unies, mais quoi qu'il en soit, la question de la personne est philosophiquement une ; car la division la plus tranchée dans l'ordre spéculatif se place entre les systèmes naturalistes qui envisagent le monde comme une évolution de phénomènes dont les lois ne permettent à rien d'individuel une existence stable et des lins pi'opres, et la doctrine qui pose la personnalité à l'origine et à la hn des choses, et reconnaît rindividuation comme un principe de finalité, dont l'univers est lui-même le théâtre d'application, en affirmant la durée des êtres personnels. Dieu et l'âme sont, à ce point de vue, une seule et môme idée : là, dans 1 unité et dans la perfection; ici, dans la mulliplicité, à tous les degrés du sentiment et de l'intelligence.

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