LES ANALYSES PSYCIFOLOGIQUES J)E LOCKE
chose inconnue, support des phénomènes, que Locke entendait mettre \i\ réalité en doute. Sa critique ne s'appliquait qu'à l'existence réelle du pur indéterminé. Mais c'était là le point le plus important, et Locke mit ainsi les psychologues ses successeurs sur la voie d'une critique plus décisive.
La position prise par Locke dans la question de l'inllni, lionne lieu à une remarque analogue, et son opinion sur ce point, comme sur le précédent, eut des suites dans son école. Il passa pour avoir poussé le doute, ou la négation, plus loin qu'il ne l'avait réellement fait. L'idée de Yinfini est, dit-il, une idée négative, mais il n'en conclut pas qu'elle ne saurait qualifier aucun sujet positif, dans l'espace ou dans la durée. Il estime que l'idée de l'espace nous vient de la vue et du toucher, que le prolongement possible de ces sensations, auxquelles nous n'imaginons pas de bornes, nous oblige à « conclure nécessairement » qu'elle répond à l'existence d'un sujet étendu sans lin; de sorte que (( l'espace est actuellement infini ». Il explique en même temps que celle idée d'un espace infini est, comme celle d'un nombre acluellement infini, une conti'adiction « dans l'esprit », mais il croit échapper à la difficulté en distinguant pour la pensée les deux termes contradictoires que l'actualité du sujet, si elle est admise, oblige à confondre : l'infini et l'indéfini : l'inlini qui dénote un sujet intégralement donné, et l'indéfini qui dénote l'inépuisable et le non-intégrable, c'est-à-dire le propre contradictoire du sujet réalisé. Si. par l'infinité de l'extension, c'est l'indéfinité qu'on entend, c'est un concept qui exclut la possibilité de constituer le sujet correspondant, puisqu'il implique contradiction quand on le suppose constitué.
Le cas est pareil pour la durée. Or, Locke n'admet pas seulement l'éternité en acte, il veut la démontrer. 11
RENOLViEn. — Problèmes mOtapljys. !6
s'appuie sur ce principe, qui couvre un paralogisme : que rabscnce de tout être ne -peut produire quelque chose. La thèse d'un premier commencement des phénomènes sio-nifie l'absence de phénomènes antérieurs; mais nier leur éternité, ce n'est point dire que leur absence a été la cause de leur apparition! Locke n'a pas entrepris la critique de l'idée de cause. Il dédaignait, s'il ne vaut pas mieux dire ignorait, les arguments des sceptiques. Ses croyances étaient déistes, mais comme il ne modihait en rien ceux des points qu'il admettait de la théologie dite naturelle, et que ses analyses psychologiques tendaient plutôt à les affaiblir, son œuvre s'est trouvée favorable au progrès des doctrines négatives depuis son époque. Le déterminisme surtout, qui, dans la philosophie du continent, revêtait Ui forme du prédéterminisme divin, prit dans la psychologie de Locke, et de là chez ses successeurs, — à la grande exception de Berkeley, — le caractère analytique et abstrait d'une étude du jugement et de la volonté. Cette doctrine se tourna dès lors, dans le monde protestant, contre les croyances qu'elle avait favorisées au temps de la ferveur de la foi; car la puissance prédéterminante de la volonté de Thomme était transportée de Dieu à la nature.
La théorie déterministe ne se fixa pas, chez Locke, en une formule nette, mais il ne varia jamais, au cours des débats où il fut mêlé, sur le point essentiel : l'absence, selon lui, de l'élément de la volonté dans le jugement motivé qui termine' une délibération. La philosophie dominante en Angleterre est restée fidèle à cette vue. Anthony CoUins et d'autres contemporains de Locke donnaient déjà aux arguments tirés d'une insuffisante analyse psychologique une forme pareille à celles qui ont cours aujourd'hui dans l'école associationiste. Clarke, défenseur de l'orthodoxie anglicane, ne