L'IDÉE DU MONDE DANS LES COSMOGONIES GRECQUES
Les idées cosmogoniques des Grecs dénotent un moindre effort d'approfondissement du mystère des origines que les imaginations des penseurs appartenant aux sacerdoces des antiques nations, l'Egypte ou l'Inde. La mythologie hellénique, à part certaines grossières traditions phéniciennes, n'offre rien de semblable à un bar-
barc symbolisme, rien non plus qui rivalise avec les imaii'inalions démesurées du brahmanisme. Mais la sobriélé des vues cosmiques, le franc caractère anthropomorphique qui, de plus en plus, éloigna la famille des dieux olympiens de la réelle représentation des grandes forces de la nature, oii ils avaient pourtant leur origine, se trouvèrent être précisément des circonstances avantageuses pour l'adoption, à la place des mythes, d'une méthode philosophique, on peut presque dire, toutes proportions gardées, scientifique, d'envisager et d'expliquer les phénomènes, d'en composer desihéories. A l'origine de la pensée hellénique réfléchie, qui est pour l'Occident, l'origine de la philosophie, le poète prend pour le sujet premier de l'existence cela qui s'oppose le plus à lui-même et lui ressemble le moins, l'objet de forme extérieure, sensible, impersonnel; et toutefois il n'évite pas de lui attribuer du même coup la vie, de l'envisager sous un aspect de puissance génératrice et de lui prêter des fonctions physiologiques. Ainsi le lui commandent l'esprit de la mythologie, dont il n'est pas encore affranchi, et le langage commun lui-même, et il cherche à se figurer la manière dont ce sujet a donné progressivement naissance à la diversité des êtres. C'est l'époque des cosmogonies imitées de celles des religions sémitiques polythéistes. Plus tard l'esprit se replie sur lui-même, le philosophe travaille sur ses propres concepts, mais c'est encore pour les fixer hors de toute conscience et les réaliser pour son imagination en qualité d'objets externes, donnés en soi. Il compose par ce procédé une nature idéale dont il regarde les êtres comme des produits, ainsi qu'ils le sont, d'une autre part, de la nature sensible. Nous donnerons le nom de réalisme, par extension d'un terme scolastique désignant l'attribution de la réalité aux universaux, à cette méthode commune de réalisation