CHAPITRE XXXVIl
RÉSUMÉ DES VUES DE KxVNT SUR LA PERSONNE ET LE MONDE
La conlinuellc divergence, dans loul le cours des Critiques de la Raison pure, et de la Raison pratique^ entre le point de vue empirique, déclaré le seul qui assure des connaissances réelles^ et le point de vue trdnscendantal, ou de Vidée comme objet d'une sorte de réalisation spéciale à l'usage de la Raison p?tre, explique les intcrprélations contradictoires de la doctrine de Kant, et les reproches, opposés les uns aux autres, qui lui sont faits depuis son apparition :
Il a manqué à sa propre méthode en appliquant les lois de lentendement hors de l'expérience possible et de tout l'ordre du relatif, et supposé des actions de sujets extra-temporels sur le monde phénoménal ;
Il a nié la signilication idéaliste de sa théorie du monde externe, quoique défmi comme un ensemble de représentations qui existent dans l'espace, qui lui-même n'existe qu'en nous ;
Il a prétendu donner satisfaction, en Ibrmulant les postulats de la Raison pratique, aux sentiments théistes et immorialistes, tandis qu'il ruinait, en théorie, les arguments capables de les appuyer;
Il a réservé une place, à titre d'Idéal de la Raison pure, h un inlini divin qui, outre les contradictions inhérentes à la plus commune théologie infinitiste, restitue, à ce point de vue, le même Dieu dont il a traité les preuves de paralogismes ;
Il a visé, selon ses propres paroles, à remplacer le savoir par la croyance, en matière métaphysique, et toutefois maintenu en fait une opposition radicale entre
vi"l:s \)E kanï slu la pkrson.m: et le monde 299
le connaître, cette lin. à proprement parler, selon lui, inaccessible, et le croire, en tant qualïection exclusivement morale, au lieu de chercher la synthèse de la vérité rationnellement abordable et de la foi, toujours requise pour ce qui dépasse les constatations empiriques ;
Il a, cnlin, paru justitier le jugement superficiel de certains critiques, incapables de faire sortir autre chose que le scepticisme de. tant de détours et de tant de contradictions fuyantes où il nous égare, en même temps qu'il posait, grâce aux noumènes des substances des corps, à celui de l'universel inconditionné, à ceux des agents libres hors du monde empirique, les obscures assises de tout futur émana lisme dogmatique dont l'auteur se croirait capable de définir ce que le maître avait laissé d'inconnu et déclaré inconnaissable en son exploration transcendantale.
La difficulté de la reconnaissance d'une méthode vraiment rationnelle, pour le criticisme, était ral)Solutisme accoutumé des notions, en faveur desquelles on investissait la raison du pouvoir, refusé au commun entendement , de s'affranchir de la relativité de la connaissance. Il s'était formé une école d'admirateurs tardifs et superficiels de l'Éthique, pour qui le Dieu de Spinoza, non plus impersonnel seulement, mais abstrait et vague, n'était que l'obscure enseigne d'un panthéisme sans théologie qui pouvait, selon les penchants, prendre un aspect de réalisme idéaliste, ou de réalisme naturaliste. La doctrine de la personnalité divine, conservée avec ses contradictions par tous ceux qu'intimidait l'Eglise, était, au fond, ou en grande partie abandonnée par les philosophes. Et une vraie doctrine de la personnalité humaine ne pouvait trouver son fondement, le monde phénoménal se voir soumis à la conscience, les vues légitimes de la raison pratique parai-