‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiquesChapitre 98 sur 182 · LA THÉORIE DU PROGRKS · texte numérisé non relu

LA THÉORIE DU PROGRKS

sommes de tioiis pi-ociirer mutuellement le bonheur. De la rétlexion ou de lirrétlexion que nous apportons à la reconnaissance de cette nécessité dépendent en nos caractères la vertu ou le vice. Assurer et multiplier les applications, les conséquences à tirer d'une telle reconnaissance, au moyen d une action commune, dans une société donnée, c'est réaliser le progrès. Cette formule marque chez d'Holbach un point de départ pour des vues sociales et même cosmopolitiques. Elle a son mérite dans une analyse correctement conduite au point de vue utilitaire, elle fait reposer sa valeur pratique sur la séduisante perspective du progrès des lumières. Helvétius présente des vues analogues, dans son livre de r Esprit, et les rattache à une insoutenable théorie de l'égalité native des esprits, de la toute-puissance de l'éducation pour diriger les passions et créer les caractères, et de celle de 1 Etat et des lois pour engendrer les mœurs, commander les actes, et réaliser l'accord despassions personnelles avec l'intérêt commun. L'éducation et la législation peuvent établir le règne social de la vertu, les actions ne devant se nommer vertueuses ou vicieuses, chez l'individu, que selon que ses passions nées du plaisir ou de la peine, se trouvent dirigées dans un sens favorable ou contraire à l'utilité générale. Une théorie semblable, mais logiquement mieux expliquée et construite sur le principe de l'habitude et sur l'hypothèse de la nécessité, appliqués systématiquement à l'éducation pour présider à l'établissement d'une république parfaite, devait se retrouver en substance dans l'une des premières et des plus intéressantes doctrines socialistes nées au commencement du siècle suivant, celle de Robert Owen, A l'époque de d'Holbach et d'Helvétius, la franche utopie se montrait déjà comme une conséquence des mêmes idées morales, dans les plans sociaux de Morelly et de Mably,

3i8 LE MATERIALISME ET L'ATHEISME

frère de Condillac. Elle s'inspirait seulement chez Mably de l'esprit stoïcien, des souvenirs de l'antiquité classique, et rappelait les vues de Rousseau sur les vices de la civilisation.

A l'exception de Rousseau et de Mably, la croyance au progrès de l'humanité était la principale inspiratrice des philosophies du xvm® siècle qui, adversaires irréconciliables de la société encore gouvernée par les principes du moyen âge, rêvaient des temps nouveaux. Cette croyance était née peu à peu des progrès réels que l'esprit humain avait accomplis depuis la Renaissance. Une première impulsion avait été donnée à la confiance en la raison humaine, à l'époque oii l'esprit des penseurs prit conscience de sa force en attaquant avec une liberté croissante le réalisme du moyen âge et en discréditant les rhéthodes de l'Ecole, et, après les méthodes, les dogmes. Ramus, protestant, et auteur d'une logique qui supplanta celle de l'Ecole dans les pays protestants, Ramus mathématicien, grammairien, philologue, novateur en tout, pour la raison contre la routine, est le génie caractéristique de ce second moment de la Renaissance oi^i le catholicisme noya dans le sang l'esprit de réforme, et ne put cependant replacer qu'imparfaitement la philosophie dans son ancienne sujétion. Un second élan vers la foi dans les méthodes rationnelles, et dans les progrès qu'on en pouvait attendre, eut lieu à la fin du xvi^ siècle et dans le xvH% par suite des grandes découvertes scientifiques qui changèrent à la fois les idées sur le monde matériel et sur ses lois réelles, et ouvrirent une vaste perspective sur les connaissances à attendre de l'application des méthodes expérimentale et mathématique. C'est à ce moment que se formula la croyance au progrès de l'humanité, mais tout d'abord à un point de vue qui se renfermait dans l'ordre des acquisitions de l'esprit

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