ORIGINES DU MATÉRIALISME MODERNE. DÉFINITIONS
inconciliable avec Fidéalisme des sensations. Et cependant cet idéalisme a lui-même une affinité secrète avec le matérialisme, en ce qu'il ne reconnaît pas le sujet conscient dans les fondements de l'être, alors qu'il persiste à envisager ïoèjeL Le matérialisme et l'athéisme, qui rarement s'en sépare, ou professés, ou plus volontiers supposés, non déclarés, sont les termes extrêmes de cette « libre-pensée » secrètement dominée par un sentiment de révolte contre l'absurdité des dogmes théologiques, et contre les horreurs de l'histoire des religions. Le soi-disant libre-penseur n'est pas affranchi pour cela de la servitude des principes absolutistes, dont l'empire, dans ces mômes .dogmes, annulait logiquement ce qu'ils renfermaient de favorable au principe de personnalité en Dieu et dans l'homme.
Il est à propos de placer ici des définitions précises de l'athéisme et du matérialisme, comme opinions contradictoires du principe de personnalité. Nous ne loferons pas sans exprimer un regret sur la nécessité à laquelle nous soumet l'imperfection de la terminologie philosophique, d'employer, pour désigner les partisans exclusifs du principe d'universalité, attachés à un idéal de progrès et de sacrifice, quoique négateurs de la conscience individuelle à l'origine et à la fin des choses, ce même nom à^athee qu'on applique avec un caractère odieux aux hommes qui ne reconnaissent aucun principe moral, ou rien au monde qui doive gouverner les sentiments individuels. Nous ne jugeons pas ceux-ci, nous définissons Tathéisme, suivant l'exigence de notre plan, pour l'expression de notre pensée : la doctrine, quelle qu'elle soit dans ce qu'elle établit de positif, qui nie la conscience et la volonté comme enveloppant Tordre général des choses, et n'admet d'existence individuelle que pour des êtres transitoires formant
(les espèces plus ou moins semblables à celles qui tombent actuellement sous notre expérience.
Le matérialisme consiste, en son acception la plus simple, dans l'hypothèse de l'existence réelle, ou en soi, de certains sujets corporels qui n'auraient rien en eux, ou dans teurs éléments décomposition, ([ui possédât à aucun degré la conscience de soi. Dans une acception doctrinale, le matérialisme est l'hypothèse ajoutée, suivant laquelle do tels corps, antérieurs à toute conscience dans Tordre du temps, auraient donné naissance aux êtres vivants et aux êtres conscients. L'immatérialisme, forme délinitive de la philosophie de l'esprit, renverse la seconde hypothèse, en démontrant contre la première, et contre le réalisme instinctif de l'imagination, que la conscience, condition de la connaissance, est aussi la condition du connaissablc.