‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiques [microform];Chapitre 105 sur 148 · ORIGINES DU MATÉRIALISME MODERNE. DÉFINITIONS · texte numérisé non relu

ORIGINES DU MATÉRIALISME MODERNE. DÉFINITIONS

prits, dont l'école psychologique anglaise était l'agent principal, et l'émancipation protestante une cause générale, plus reculée. Considérons seulement les idées philosophiques, signe capital pour des temps d'intolérance, où tout ouvnige saillant qui se publie dénote une tendance dont l'autorité n'a pu arrêter la manifestation : on doit relever comme un grand fait dans l'histoire des idées la succession des philosophes esprils forts, d'où procéda l'esprit dominant du xvni*^ siècle. Un courant d'interprétation libre des doctrines reçues, puis de répulsion et de haine pour la foi contrainte, se forma, grandit vers le temps de la Révolution de J688, et gagna la France après son abaissement politique et la mort de Louis XIV. Jusqu'alors, l'athéisme avait eu en grande partie, chez l'athée, le caractère du libertinage, dans le sens où ce mot se trouve aujourd'hui réduit : on ne séparait pas l'idée des observances religieuses de celle d'une obligation morale, et de la soumission à une loi civile, de sorte que l'athée ne s'avouant d'aucune religion semblait ne pouvoir êlre d'aucune société. Le droit d'imposer la religion était assumé, sans qu'on songeât à s'en étonner, par des églises elles-mêmes nées de la révolte, et maintenant associées au pouvoir civil. La moralité de l'athée, son mérite, son droit comme membre d'un état, sa supériorité en ce point sur le superstitieux ou le fanatique, ces thèses des Pensées sur la comète de Bayle furent une grande nouveauté. Son Dictionnaire historique et critique, cette Somme nu'rveilleusement intelligente des doctrines du genre humain soumises, avec leurs auteurs de tous les temps, au contrôle d'un libre esprit individuel, son Commentaire philosophique sur ces paroles : Contrains-les cV entrer, la . Lettre sur la tolérance, de Locke, Y Essai sur l entendement, de ce philosophe, application du libre examen à des questions de philosophie qui en impliquent

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d'autres de religion, tout cela n'est rien de moins que le procès général des dogmes, comme on dirait des opinions, devant un tribunal où chacun qui entend la cause est admis à siéger comme juge. Les conséquences de la libre institution d'un tel tribunal, si les pouvoirs publics ne le peuvent empêcher, sont les suivantes :

Premièrement, le prestige des pouvoirs diminuant à mesure que se fait la preuve de leur impuissance à commander aux esprits, et les passions contre eux se soulevant d'autant plus qu'ils persévèrent dans le système de persécution des dissidents, on contrôle leurs titres à la domination intellectuelle, on en découvre Fillogicité, on oppose la raison aux articles de foi, on prend en haine une autorité qui a régné par l'injustice et la cruauté, et le mépris s'étend à l'ensemble de la doctrine qui semble ne plus représenter, au lieu du savoir humain, que l'aveugle coutume, avec la crédulité en dernier fondement.

Secondement, à la recherche du savoir, dans la critique des idées générales, deux directions sont ouvertes : l'une qui a son mobile principal dans la réaction contre les dogmes religieux et soumet la pensée et ses lois à un examen qui les supprime, prenant tout du point de vue naturaliste ; l'autre, dont les auteurs, plus méthodiques, animés souvent des mêmes sentiments, interdisent encore à leur psychologie les principes non réductibles à l'observation sensible, et, ne parvenant pas à faire sortir de leurs analyses des notions capables de suppléer les substances des écoles aprioristes, se voient condamnés à laisser finalement dans l'indétermination ridée générale de l'esprit, quoique inévitable, impliquée par la recherche même. C'est là qu'est resté le plus sérieux embarras de l'empirisme, pour les philosophes de cette école qui n'ont pas voulu recourir aux hypothèses du réalisme physiologique, du matérialisme,

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