LASSOGIATIONISME. HARTLEY ET STUART MILL
ressés ou simultanément, ou successivement. Cette hypothèse scientifique est légitime, à la condition de ne pas confondre une corrélation avec une identité. C'est au surplus, ce que n'a point fait Hartley qui, le premier a rapporté les sensations aux vibrations des nerfs sous l'action d'un fluide éthéré. Hartley ne repudiait pas les substances, comme Hume,' son contemporain ; il ne définissait pas des genres particuliers d'association, il ne prétendait nullement expliquer par des associations les jugements principaux de l'esprit. « La doctrine des vibrations n'est pas, dit-il, opposée à l'immatérialité de l'âme »; il se réfère au livre de r Homme de Descartes, et va jusqu'à penser que ce philosophe aurait « vraisemblablement exécuté son propre plan (son plan à lui, Hartley), s'il avait été aussi bien informé que lui en anatomie, physiologie, pathologie pA philosophie en rjénéml ». H compare enfin sa doctrine des vibrations à « celles de l'harmonie préétablie de Leibniz, et des causes occasionnelles de Malebranche, qui sont toutes deux affranchies de la grande difficulté de supposer, d'accord avec le système scolastique, que l'âme, substance immatérielle, exerce sur le corps et subit de la part du corps, substance matérielle, une inlluence physique. La présente hypothèse est, dit-il, dans le même cas, elle admet simplement le fait de la connexion entre l'âme et le corps à l'égard de la sensalion ». Toutefois, en ces derniers mots, Hartley exprime, il faut le dire, une intention que sa théorie n a pas remplie. La preuve en est l'explication radicalement empiriste qu'il a donnée de l'origine et de la formation
dos idées.
Hartley distingue, il est vrai, entre les idées sensibles et les idées intellectuelles ; mais celles-ci, suivant lui, se forment de celles-là par des associations dans lesquelles l'esprit est passif, et celles-là, étant origi-
naires des impressions reçues, dépendent du corps et <le la manière dont il est afïecté à travers les organes des sens, « dans la substance blanche médullaire du cerveau, dans la moelle épinière et dans les nerfs qui en viennent ». Des plus simples aux plus complexes, les idées procèdent toutes d'une seule substance, la corporelle, cause première pour l'homme ; l'autre a ses modes déterminés en conséquence. Cette opinion ne demandait aucun sacrifice aux croyances religieuses de Ilartley, partisan d'un rigoureux déterminisme divin, pour le. bien, comme pour le mal, et de la doctrine de Dieu agent unique ; mais, chez un psychologue qui ne se serait pas accordé la ressource de placer l'action de Dieu derrière les excitants physiques, c'eût été le parfait matérialisme posé en fondement de la psychologie. Les vues de liartley, en religion, tranchaient singulièrement avec ce matérialisme. Il pensait, distinguant l'âme du corps, sans la croire entièrement séparable des organes, que la mort est suivie d'un état d'inactivité, ou môme d'insensibilité pour l'àme, jusqu'au jour delà résurrection, laquelle s'opérerait en vertu de lois de la nature. L'intervalle immense de la mort et de la résurrection étant nul pour l'àme qui a cessé de penser, attendu que le temps est une simple relation, « les deux moments seront contigus pour elle, pensait-il, et l'homme entrera directement dans le ciel ou dans l'enfer aussitôt qu'il sortira de ce monde, ce qui est la considératio?t la plus aiarma?ile » [On man^ etc., t. II, prop. 90). En dépit de la menace renfermée dans ces derniers mots, Hartley croyait à une fm dernière universelle de bonheur pour les créatures. Sa théorie de la mort et de la résurrection a cela de remarquable qu'elle se concilie avec celle qui convient à une monadologie, sauf, bien entendu, à définir comme il faut les éléments de la matière et des organes.