CHAPITRE LU
LE NEOGRITICISME
Les premiers essais d'une philosophie qui, la première en France, ch^puis l'abandon de la méthode synthétique du xvii' siècle, entreprit de chercher ses fondements dans une critique sérieuse de la connaissance furent contemporains des doctrines ou tendances diverses
et opposées les unes aux autres que nous venons de passer rapidement en revue. Cette philosophie dût se rattacher d'abord, pour des raisons de méthode, à Tœuvre de Kant, qui avait inauguré en Allemagne, la critique de la métaphysique et de la psychologie, mais dont les intentions de réforme du savoir s'étaient presque aussitôt tournées h contresens par Terreur de ses disciples, et par la sienne propre. Delà vint le nom de néocrilicisme donné à la doctrine qui ne devait cependant avoir dans la critique proprement dite que son point de départ (comme autrefois la réforme cartésienne de la méthode), et ses raisons de nier les principes avoués ou supposés par les opinions philosophiques en lutte sur le terrain dogmatique.
Le néocriticisme s'opposait premièrement à l'éclectisme, alors régnant dans l'enseignement public, système de choix arbitraire entre les doctrines, où Texamen ne descendait sur aucun point jusqu'à la racine des idées ; où Ton n'admettait ni l'évidence à proprement parler, ni la croyance, pour l'établissement des principes, puisque l'évidence, pensait-on, ne pouvait se traduire en système, et que la croyance, on n'avouait point que ce fiit à elle à déterminer le choix du penseur entre les grands principes contraires ; où l'on prenait enfin cette posi lion mitoyenne,
sans profondeur, entre le matérialisme et l'idéalisme, appelée le spiritualisme, dans laquelle on n'entend faire droit ni à l'un ni à l'autre des deux points de vue opposés sur le principe de l'être et du connaître. Ce nom de spiritualisme, aujourd'hui que la doctrine est démodée, paraît, comme celui de spiritisme ^ devenir la propriété d'une école dont les notions remontent aux origines chaldéennes et chinoises : on y remplace l'esprit scientifique par la passion de Vocculte.
Le néocriticisme s'opposait au panthéisme, forme la plus commune, en ses vagues mais sincères aspirations, des tendances des ardents adversaires de l'éclectisme, penseurs attirés par l'ampleur et l'éclat des systèmes universalistes des disciples de Kant, et principalement de Hegel. H combattait ces systèmes en leur esprit général, non, comme faisaient les éclectiques, par de vaines déclarations de n'en pas accepter des conséquences, qui étaient celles de leurs propres principes, autant qu'ils en avaient, mais par la réfutation rationnelle du réalisme substantialiste et du réalisme infinitisle, dont les éclectiques partageaient avec les panthéistes, tant théologiens que libres penseurs, la doctrine, incompatible avec le principe de personnalité dans la conception du monde.
Le néocriticisme combattait le système du déterminisme universel, constant allié du panthéisme, de môme que généralement professé dans Técole empiriste et par ceux des hommes de science qui ne veulent envisager, tout comme ils ne peuvent étudier, dans les phénomènes, que celles de leurs liaisons qui ont un caractère de nécessité. Le néocriticisme appuyait la thèse du libre arbitre, non, comme les éclectiques, sur la vaine affirmation d'une expérience interne que nous en aurions, — confusion entre l'expérience réelle de notre sentiment sur ce point, et l'expérience qu'il faudrait
que nous eussions, et que nous n'avons nullement, de l'accord de ce sentiment avec la vérité, — mais sur une analyse psychologique de Y acte de délibérer, ^ qui montre, dans le jugement et dans la volonté, des éléments inséparables des moments successifs de la délibération, comme de la conclusion ; sur l'illogicito de l'emploi du principe de contradiction pour prouver que les futurs sont tous prédéterminés ; sur la contradiction qu'il y a, au contraire, à admettre que tout phénomène est l'etTet nécessaire et le seul possible des causes antécédentes, chacune desquelles est dans une semblable condition à l'égard de ses propres causes, parce qu'il résulterait d'une telle loi que le procès rétrogressif des causes est infini et que la somme des pliénomènes actuellement écoulés est un infini numérique actuel, dont la conception est contradictoire en soi. La démonstration de la réalKé du libre arbitre étant, d'une Mulre part, impossible, il n'y a qu'un acte de croyance qui, après examen de tous les motifs rationnels ou moraux, soit du déterminisme, soit du libre arbitre, puisse décider Foption du philosophe entre les deux hypothèses, entre les deux principes qui s'offrent à l'exclusion l'un de l'autre pour la direction de l'esprit, dans une question qui implique à la fois l'idée à se faire de la loi de l'univers et l'idée à se faire de la loi de la personne.
Le néocriticisme, prenant ainsi parti, par un acte de croyance rationnelle, dans les problèmes liés et solidaires du panthéisme et du déterminisme opposés au principe de la personnalité, devait se montrer l'adversaire des théories du progrès nécessaire de l'humanité dans Tordre moral, et dans tout autre ordre que celui des connaissances mathématiques et physiques et de leurs applications industrielles; il devait nier tout système et toute loi supposée de l'histoire qui, plaçant la vérité et le bien dans le flux du devenir, l'erreur et le
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mal dans la connaissance ou dans le pouvoir,* relativement moindres, mais non dans des devoirs positifs, ne souffrent l'affirmation d'aucune vérité fixe et interdisent renseignement d'une morale invariable, œuvre de l'esprit rt7??w/. De là les discussions et les polémiques de la Critique philo:<ophique (revue fondée après les événements de 1870-1871} contre le fatalisme de l'école historique, le culte de la force et du succès, la Raison d'Ktat et ses maximes, les jugements utilitaires et hypothétiques en morale et en politique, et toute violation de Injustice et du droit qui s'estime justifiée par sa fin ou réclamée par l'intérêt public.
Le néocriticisme était donc essentiellement opposé au positivisme, qui est une doctrine toute fataliste, déduite d'une prétendue loi de l'histoire, niant tout droit apriorique, enfin visant à l'établissement d'un ordre social rigoureusement autoritaire et, pour ainsi dire, théoeratique, encore que sans reconnaître aucun dieu, si ce n'est que l'humanité en soit un. Mais le néocriticisme posait, d'accord avec le positivisme, ce principe de philosophie première : que l'intelligence n'a pour matière de connaissances réelles que les phénomènes et les lois des phénomènes. Le positivisme faisait sortir ce principe de l'étude des sciences physiques, et du progrès de la méthode en ces sciences, progrès qui se formule visiblement par l'abandon de toute fiction d'essences ou qualités en soi pour expliquer les propriétés des corps, et de toute recherche des causes dans le sens réaliste de forces trattsitives, passant d'un sujet à un autre pour modifier son état. Le néocriticisme tirait la môme conséquence du grand fait de la marche de l'esprit scientifique moderne, et de la critique des notions de substance et de cause, œuvre éminente de Berkeley et de Hume continuée, quoique mal approfondie, dans l'école empiriste, après ces deux philosophes.
Le néocrilicisme était donc phéiioaiénisle, mais il reprochait au positivisme, ainsi d'ailleurs qu'à l'école empiriste tout entière, de n'envisager les phénomènes et leurs lois que dans l'ordre expérimental, d'étudier les phénomènes de l'esprit avec des préventions matérialistes, et de méconnaître les lois propres de ces phénomènes; de continuer en cela les errements de la métaphysique réaliste, tout en niant les idées générales, et de n'admettre pas la nécessité des concepts pour la perception des rapports et pour la formation des idées, de rejeter les jugements synthétiques a priori, sans lesquels la connaissance se délie, ainsi que Ta si bien prouvé la critique de Hume, et enfin d'exclure la volonté et la croyance des éléments du jugement. Cette erreur réduit toute constatation de vérité générale à des inductions qu'on ne peut jamais dire certaines, puisque ni le général ne se peut déduire logiquement du particulier, ni aucun pur principe se démontrer de manière à forcer l'assentiment d'un philosophe qui le conteste»
Le néocrilicisme tenait donc sa méthode, d'un côté, de la critique de Hume, qui n'avait pas su tirer de ses analyses le principe de relativité avec les applications de ce principe à l'établissement des lois de la conscience et de l'esprit, et, d'un autre côté, de la correction apportée à l'étude exclusivement analytique et par conséquent dissolvante de Hume par la théorie des jugements synthétiques de Kant. par celle des /or?nes de la sensibilité', et par celle des concepts de ^entendement. W gardait de Hume le phénoménisme, et posait le principe universel de la relation en ses déterminations diverses, formellement définies, qui sont les lois de l'intelligence, et qui répondent à ces fonctions caractéristiques de la représentation dont la conscience d'une personne est V unité vie an te. Kant avait dressé une table des catégories, c'est-à-dire de ces relations d'ordre
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général, mais sans les rapporter à la Relation, forme commune où elles ont leur unité abstraite, et en les supposant, au contraire, rapportées à des substances ou à des causes qui seraient elles-mêmes données indépendamment de toute relation. Le néocrilicisme, méthode phénoméniste, ne concevant pas la connaissance appliquée à d'autres objets qu'aux lois des phénomènes, car la conscience est une loi, la première de toutes, et fondamentale, hors de laquelle il ne s'en peut penser de représentées, le néocriticisme rejetait les inventions métaphysiques de Kant : Inconditionné pur, noumènes, substances, ou êtres en soi, sans qualités; il rejetait la distinction de l'enlendement d'avec une certaine raison qui aurait la tâche exclusive de s'appliquer ^iix idées de ces êtres; il niait les antinomies de la raison, et l'inlini actuel, ou réel, que Kant consacrait dans ses théories par le fait seul de ne le pas nier comme contradictoire en soi, et le déterminisme universel et absolu des phénomènes, dont Kant prétendait faire concorder la loi dans le temps avec la liberté de la personne, être purement nouménal, situé hors du temps et de l'espace.
Toute cette ardue métaphysique de Kant restait complètement étrangère, pour le néocrilicisme, ainsi d'ailleurs qu'elle l'était, et qu'elle l'est toujours au fond à la partie de la critique de ce philosophe dont le sujet porte à bon droit le titre de raison pratique. Au reste le public, en France, si l'on excepte les hommes à études tout à l'ait spéciales, l'a à peu près ignorée, et l'attention s'est toujours portée sur les points qu'il était si facile d'en séparer : à savoir, la critique (dans le sens négatif du mot) de l'ancienne métaphysique et de ses prétentions à l'évidence, ou aux démonstrations apodictiques ; l'abandon des preuves exclusivement rationnelles de l'existence de Dieu et de la pure substance de l'àme; rappel à la croyance comme inséparable de l'affirma-
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tion de Fexistence réelle des sujets extérieurs, objets de la pensée; le libre arbitre, postulat exigé pour la reconnaissance du devoir, et, par conséquent, fondement de la morale; enfin, les deux postulats qui se rattachent à celui-là et qui sont liés entre eux : Timmortalité de la personne et rexistence de Dieu, conditions nécessaires de la conciliation des impératifs moraux avec la fm de bonheur, désir universel et constant mobile des actions humaines. Ces derniers postulats impliquent manifestement une Providence régissant l'univers, et la Providence, à son tour, implique les attributs de pensée et de volonté qui. considérés en leur application universelle, répondent à ce qu'on ne peut désigner clairement que par un seul nom : la personnalité divine. Il résulte delà que rantliropomorphisme, entendu en sa signilication étymologique, et sans s'arrêter à une vaine question de mots, est une doctrine attachée aux postulats de la raison pratique. C'est ce que Kant a admis, ou à peu près, à certains endroits, et méconnu en d'autres. 11 faut cependant le déclarer formellement, et rejeter tout ce que Kant a essayé de construire, soit à titre de purs noumènes. soit d'accord avec une métaphysique plus vulgaire, par condescendance à ïldnil de la raison pm-p. et qui donne des idées de Dieu incompatibles avec tout ce que nous connaissons ou pouvons concevoir d'une intelligence réelle et d'une volonté réelle. Kant. n'a pas, il est vrai, prétendu que les idées des (Mres transcendantaux renfermassent la raison de croire à l'existence réelle de ces êtres; il a au contraire eu soin partout d'assurer qu'il n'en est rien ; mais cela n'ôte point la parfaite contradiction, qu'il y a entre ces idées et celles que donnent les postulats de la raison pratique sur les mômes sujets. Le nom de nrocnticisme, rattachant la doctrine qu'il désigne au criticisme Kantien , n'est justifié qu'en deux points importants, d'une
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part la méthode, en ce qui concerne l'origine des idées, les concepts, la perception et l'esthétique de la perception, que Kant a nommée transcendantale ; d'une autre part, la théorie de la raison pratique, à condition d'écarter les objets transcendantaux (noumènes) et le déterminisme des phénomènes, et enfin cette partie de la doctrine du devoir où les impératifs moraux sont considérés comme absolus et rigoureusement séparés des motifs de l'ordre du sentiment. Au demeurant, la méthode relativiste et phénoméniste; le principe de là croyance appliqué d'une manière plus conséquente aux affirmations de théorie qui se fondent sur la généralisation des lois de la conscience ; l'entière théorie des catégories, leurs définitions, leur classification, leur application logique à la réfutation de la possibilité d'un infini actuel, et à la démonstration de la nécessité logique d'un premier commencement des phénomènes ; enfin, la théorie de la causalité, affranchie de l'imagination réaliste des forces transitives, tous ces points de doctrine, dans le néocriticisme, sont étrangers, et la plupart opposés radicalement à la métaphysique de Kant.
Le développement des théories néocriticistes sur le principe de relativité et sur la nature de la loi de causalité a amené un intéressant rapprochement de ces théories et des admirables conceptions de Leibniz, dont Kant a si fort tenu à se montrer éloigné. Le relativisme appliqué à la notion de cause, après qu'on a renoncé à l'imagination des substances, et de l'action transitive de leurs qualités comme causes, conduit immédiatement au point de vue de l'harmonie préétablie, qui lui-môme s'était présenté naturellement à la suite de l'hypothèse de deux substances, mais regardées comme sans action mutuelle (école cartésienne). De ce point de vue, qui est fondamental, le néocriticisme dérive de Leibniz, qu'il corrige, et, plus haut, de Descartes, et
est en opposition complète avec le Kanlisme. Le monadisme de Leibniz n'a que les apparences d'un substantialisme; il subit, au fond les conditions du principe de relativité, parce que la délinition de cette substance individuelle qui est la monade est celle d'une fonction de qualités délinies et toutes relatives (XXVII).
il est remarquable que le lieu de scission, pour ainsi dire du néocriticisme et de la philosophie Kantienne soit le même que si, pour comparaison, on le rapprochait de la docirine de Descartes, et non plus du criticisme dans ce que Kant y a joint de dogmatique sous le couvert du transcendantalisme. En effet la séparalion porte essentiellement, des deux parts, sur les dogmes de la substance infinie et du prédéterminisme. Ce dernier dogme est, en elTet, professé par Kant, qui le formule de la façon la plus dure, et, imposé qu'il est à Descartes [)ar celui de la prescience divine absolue des futurs, qu'il reconnaît très expressément, il n'est d'ailleurs point contredit chez lui, comme il est chez Kant, par une théorie du libre arbitre qui rejoint celle des théologiens après avoir paru s'en éloigner. Quant au dogme de la substance infinie, il ressort chez Descartes, d'un côté, de la doctrine générale des attributs infinis de Dieu, héritage de la théologie, et, de l'autre, d'une théorie du monde, et du plein de matière, où l'idée de la substance infinie est impliquée, quoiqu'elle puisse être écartée, nous l'avons dit ailleurs (XXVI), du point de vue le plus élevé, et le plus original de la métaphysique cartésienne. Le même dogme n'est que voilé, dans le transcendantalisme Kantien, par la déclaration que fait Kant de n'attribuer point aux fictions de ce transcendantalisme la valeur d'une connaissance réelle; mais il y est contenu pour toute interprétation qu'on en puisse donner. On s'explique que les deux doctrines, aux deux époques, celle de Descartes, celle
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de Kant, aient donné naissance à des systèmes plus nettement arrêtés, décidément panthéistes : Spinoza, Schelling.
Il résulte de ces rapprocbements, pour apprécier la position du néocriticisme dans l'histoire de la philosophie, un fait qui intéresse la tradition philosophique française : c'est que la doctrine néocriticiste peut se présenter avec autant de facilité, avec plus de clarté peut-être, si on la rattache, en remontant de deux siècles et demi environ le cours des idées, au premiers principes de Descartes, au lieu de le prendre à la suite du ct-iticisme de Kant, où la marche et les révolutions des écoles lui ont marqué sa place. Ces principes sont :
Le doute méthodique;
La pensée individuelle (la conscience);
La pensée en tant qu'être (l'existence) ;
Le corps et la subordination des idées de corps ;
La notion de cause et la limitation des puissances
du moi;
L'induction de l'être identique et permanent de la
pensée (l'àme);
L'induction de l'être parfait, et le principe de la cause éminente;
La création.
Examinons successivetnent ces points de doctrine sans y introduire d'autres changements que la substitution des termes d'une croyance rationnelle à ceux de l'évidence des idées claires et distinctes pour la preuve du vrai, et que l'emploi d'un langage, différent dans la forme, et de même sens au fond que le langage de Descartes. L'adoption du principe de la croyance rationnelle ôte toute leur force aux arguments du criticisme Kantien contre les démonstrations de l'existence de Dieu et de l'âme, fondées sur cette raison, que l'existence
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d'une idée n'est point par elle-même une preuve de l'existence de l'objet de cette idée.
Descartes a certainement élé Inen près d'une interprétation de Vévi(ie?ice, ou, si l'on veut, du sens commun, en matière d'acceptation de certaines notions universelles, qui n'en fait guèie qu'un synonyme de commune croyance. <( Je ne pense pas. dit-il, qu'il ait jamais existé quidqu'un d'assez stupide pour avoir besoin iïapprendre ce que cest que l existence avant de pouvoir conclure et affirmer (pu il est; il en est de même pour la pensée et le doute. J'ajoute même qu'il ne peut se faire qu'on apprenne ces choses autrement que de soimême, et qu'on en soit persuadé autrement que par sa propre expérience et par le témoi^naiie que chacun trouve en lui-même (juand il examine ces choses » {Recherche de la vérilv). L'évidence et la croyance qui s'applique naturellement à la perception de certains rapports élémentaires désignent à peu près le même fait psychologique, a Lorsque j'ai dit, explique encore Descartes, à un autj'e endroit, que cette proposition : « Je pense donc je suis, est la première et la plus certaine qui se présente à celui qui conduit ses pensées par ordre, je n'ai pas pour cela nié qu'il ne fallut savoir auparant ce que c'est que pensée, certitude, existence, et que pour p(^nser il faut être, et autres choses semblables : mais à cause que ce sont là des notions si simples que d'elles-mêmes elles ne nous font avoir la connaissance d'aucune chose qui existe, je n'ai pas jugé qu'elles dussent être mises en ligne de compte » {Réponse aux objections de Gassendi). Parcourons, à cette lumière de raison pratique, les points de doctrine que nous avons indiqués.
L Le doute. — La recherche d'une vérité première est le point de départ logique de la métaphysique. Cette
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recherche implique la mise en suspicion de toute connaissance vraie qu'on pourrait supposer acquise. Ce doute méthodique, ou de théorie, doit être accompagné de la considération empirique de la (diversité des opinions des philosophes, de leurs contradictions, et de ce que peuvent avoir de portée les arguments des pyrrhoniens contre la certitude. Ce premier point est indiscutable.
IL La pensée individuelle. — La donnée empirique de la conscience du moi, avec une représentation objective, quel que puisse être ou paraître l'objet représenté, est un fait antérieur et supérieur à toute autre aflirmation possible, et en est la condition. La proposition qui pose la pensée en ces termes, est une énoncialion identique, un rapport du même au même, avec l'unique distinction de l'objet et du sujet, qui constitue ce rapport : Je pense,
IIL La pensée en tant qu'être. — L'être de la pensée n'exprime encore qu'une identité, si l'on se borne à la considération empirique et actuelle du fait de conscience, par cette raison que, par le mot (Hre, on n'entend et on ne peut encore entendre, au point de l'analyse où nous sommes, que penser. Ce n'est pas : pour penser il faut rtre, que noUs devrions dire, en parfaite rigueur, à cet endroit, mais bien: pour être ii faut penser, je suis la pensée, la pensée est moi.
Mais la pensée se multiplie, se développe en modes successifs, qu'on appelle des idées, c'est-à-dire qui sont ses représentations dans le temps et sous d'autres rapports qui la diversifient tout en s'unissant dans l'unité de l'idée de la conscience elle-même, ou du moi. Encore en ce développement et en cette synthèse, si nous les considérons comme un fait purement empirique, ce
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fait complexe se témoigne à lui-môme et ne soiilTre aucun doute: les pyrrhoniens ne l'ont nié ni pu nier; il était compris pour eux sous le nom du phmomtw, matière de leurs propres controverses. Jusque-là donc nul acte de croyance n'est nécessaire locjiquernenL quoique il doive (Mre bien entendu (jue, en réalité, il s'y en ajoute plus d'un.
IV. Le corps et la suiîohdination de l'idée de coups QUANT A l'existence. — L'idée de corps est l'idée de la classe des ol)jets représentés comme situés dans frspace, où ils occupent des étendues Ihnitêes les unes par les autres, leurnaUire et leurs moditications étant telles que par le moyen et sous la condition de certaines de leurs parties, appelées des organes, cei-taiues représentations spéciales sont données pour ol)jets à la pensée, certaines impressions et certains sentiments prennent place parmi ses modes; et telles, d'une autre part, que certains des modes de la pensées quand ils se produisent, sont suivis de certaines modifications des organes, et i»ar là de celles des autres corps, ou parties de corps, liés aux organes. Ce sont deux ordres de phénomènes qui se montrent, pour une simple vue empirique, dans un état de dépendance réciproque en leurs modes et
propriétés.
L'existence des corps ainsi témoignée empiriquemenl. sans que toutefois il s'ensuive aucune lumière sur ce qu'ils sont intrinsèquement, ou pour eux-mêmes, hors et indépendamment de notre conscience, cette existence ne saurait être affirmée avec la certitude que possèdent, pour la pensée, la pensée elle-mêm(^ et son exercice, parce que la connaissance de celle-ci est impliquée logiquement par la connaissance de celle-là, et que la réciproque n'est pas vraie; car l'objet de la pensée, quel qu'il soit implique la pensée, mais la pensée n'implique
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logiquement la donnée externe d'aucun de ses objets. Le corps pourrait n'être qu'une représentation privée d'existence propre hors des modes de la pensée. Là donc est la place du premier acte dx^ croyance qui s'attache naturellement à l'analyse des objets de la pensée : c'est l'aflirmation du non moi comme être extérieur. Du coté de la logique pure, ce qu'on nomme croyance doit se nommer /u/pothèse; mais, du côté de la vivante conscie>ic(s l'aecc^ptation de l'hypothèse contraire n'a été possible que dans le champ des abstractions. Tel est le rapport des deux interprétations du non moi.
V. La CAUsALrrÉ kt la limitation des puissances du MOI. — Tout ce qui précède se rapporte à /a conscience, considérée jusque-là comme unique. Une certaine relation de dépendance entre des modifications successives d'une pensée individuelle, ou une dépendance réciproque entre telles de ces modifications et d'autres qui se produisent dans le monde extérieur est la causalité. Le sens de l'idée de cause se tire essentiellement de la nature de certaines des premières de ces modifications : de celles qui ont pour caractères le désir et la volonté; puis la pensée le transporte vaguement aux secondes, malgré l'absence de toute perception de qualités semblables au désir ou à la volonté, dans les corps. On attribue aux corps des actions. Certains corps seulement dont nous percevons des propriétés particulières que résume le terme iVorr/anisation, sont unis à des qualités mentales qui approchent à divers degrés de celles de la pensée, et chez quelques-uns l'atteignent. Continuant à nous placer au point de vue de la conscience individuelle unique, nous dirons que cette conscience leur attribue ces qualités par induction, d'après des signes pareils à ceux qu'elle manifeste elle-même dans ses actions sur le monde extérieur, car elle ne saurait
Renouvieu. — Problènios métapliys. 29
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percevoir directement les actes mentais produits en rapport avec un autre moi que le sien. La vue générale <j[u monde extérieur le fait apparaître comme un assemblage d'êtres, les uns organisés, les autres non, et ceux-ci matériellement plus étendus et nécessaires pour la vie des premiers, mais tous donnés en des relations de causalitéextremement complexes, et de telle manière que le moi est dans un état de limitation et de dépendance sous tous les rapports; il n'a d'assuré et bien à lui que la conscience actuelle de ce qu'il sent, il se trouve de toutes parts inceitain et borné dans les connaissances qu'il peut atteindre des choses, et dans l'action qu'il peut exercer sur elles, et enfm dominé et écrasé par leur développement irrésistible.
VI. L'induction de l'ame. — L'extrême limitation des puissances du moi, opposée à la force du sentiment qu'il a de son être et de sa vie, et à l'énergie de sa projection extérieure d'intelligence et de volonté, nous ramène à la question de son existence. Si son existence n'est que la synthèse empirique, ci-dessus délinie, la seule certaine, des phénouiènes d'une pensée modifiée et plus ou moins prolongée dans le temps; si elle n'a de valeur que celle du fait de conscience répété et varié, dont le terme est marqué par d'autres phénomènes, elle n est pas d'une importance appréciable pour le monde, et elle s'annihile d'elle-même en ce qui touche rindividu. Car l'universalité qui ne conserve pas les individualités qu'elle produit exclut l'individualité en principe et comme fin. L'individu lui-même, s'il se rend compte de ce que son être est dans cette hypothèse, comparativement à ce qu'en est l'idée conçue simple et sans limites, est obligé de conclure qu'il n'est théoriquement rien, une sensation qui fuit.
Mais si la synthèse des phénomènes du moi est re-
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gardée comme une loi de ces phénomènes qui, pour chacune des consciences individuelles, doit se perpétuer dans le temps sans jamais trouver sa borne dans les formes organiques qui lui sont .actuellement liées, et dans leurs révolutions possibles, l'espèce d'induction par laquelle on passe ainsi de l'idée de la synthèse empirique à l'idée et à la croyance d'une fonction constituée a priori^ ou à l'origine des choses, est à proprement parler la définition de Whne. Nous n'avons point un autre concept que celui-là de Videntlté et de l^permanence du moi, termes consacrés pour son explication et ce concept est le môme et le seul qui répond, dans l'entendement, an nom àQ substance, donné à la pensée pour l'interprétation réaliste du mot sum, dans la formule Cogito ercjo sum, quels que soient ou le terme abstrait ou l'image auxquels on a recours pour représenter \(hne.
Les questions de la distinction de l'âme et du corps, et de l'immortalité de Famé, sont tranchées par l'indépendance du concept de l'âme ainsi définie, sans qu'il soit touché à celle du rapport de l'âme à l'organisme, non plus qu'aux lois qu'une croyance rationnelle peut envisager comme possibles pour rattacher à la permanence de cette fonction qui est l'âme une vie individuelle, dont la mort, phénomène de notre monde de l'expérience, ne trouble pas la perpétuité.
VIL L'induction de l'être paufait et le principe de la CAUSE ÉMiNENTE. — G'cst d'uuc souvcrainc croyance rationnelle à rUn et au Bien comme fondement du monde quant à l'Essence (termes platoniciens) que dépend l'idée de l'Être parfait, c'est-à-dire doué (aux termes de Descartes) de toutes les perfections dont nous avons l'idée, sans comprendre d'oii nous pouvons la tenir, si ce n'est de cet être lui-même. Sous l'aspect de la eau-
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salité, ridée passe du sens de l'être au sens de raction : Descartes pose en principe que toute perfection donnée objectivement, ou par représentation, dans nos idées, conformément à leur nature propre, doit exister fonne/lement et en effet dans les causes de ces idées, conformément à la leur, et qu'ainsi il faut arriver à une cause première qui soit le patron de toutes. A ce point de vue, on peut penser que Vexistence et la cause ne sont, en l'acception la [ ks générale, autre chose que ce que Vidée de la perfection implique ; et l'argument ontologique (XXVi) se montre spécieux en son inévitable pétition de principe. Le principe est au fond le même dont une intéressante formule a été opposée, de notre temps, au matérialisme, et aurait dû être, quoicjue elle ne Tait pas été pour son auteur, une expression de la foi rationnelle en Dieu : Le supérieur seul e.rplhiue rinférieur. Quand elle s'aflirme en se donnant formellement pour objet la personnalité divine comme Descartes Tentendait, qui ne pensait point à l'existence des idées produites par la cause première, autrement que comme à l'existence de l'Intelligence parfaite dont elles sont les modes originaux, et de la souveraine volonté qui les donne pour lois au monde, cette foi rationnelle conclut la doctrine de la création.
VIII. La CHÉATiON. — Là s'arrêtent les principes auxquels le néocriticisme aurait pu, à son début, se rattacher aussi bien ou mieux qu'il le fit à Kant sous d'autres rapports. 8a position, pour les deux cas, aurait été la même, c'est-à-dire que la question de l'infini et de la nature éternelle et nécessaire, thèses oppof -es à celles de la liberté et du pur premier commencement des phénomènes, et puis la question de la toute-puissance divine et de l'immanence de la cause créatrice dans le monde, thèses opposées à celle de la réelle extériorité du monde
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par rapport à Dieu, auraient suscité des deux côtés les mêmes difficultés, et exigé des vues nouvelles pour être résolues. Descartes, à raison de ce qu'il conservait de Tabsolutisme théologique, et qui ne fit que se déclarer plus fortement dans son école, et Kant par l'ensemble de sa métaphysique, en dehors du criticisme proprement dit et des postulats de la raison pratique, tombaient dans les doctrines de l'infini et de la nécessité. Le néocriticisme était, au contraire, et du tout premier abord, ïwé sur les principes de relativité et de liberté.
Nonobstant ces derniers points, bien arrêtés, le néocriticisme, au début, en posant la pensée avec la personnalité comme le principe du monde, en rejetant tout infini actuel et l'éternelle nécessité comme inconciliables avec la logique du relatif et des concepts, et en posant par suite, hardiment, la thèse du premier commencement des phénomènes, ne se prononçait pas sur le principe de la divine unité de conscience à l'origine des choses. 11 semblait que l'hypothèse d'une pluralité de consciences fiit également admissible, en tant que premier terme, en soi multiple, de l'existence à envisager pour notre connaissance, là ou la question est de poser la condition de la connaissance et non de définir ce quil tj aurait à connaître. C'était donc la négation de la création proprement dite, e nihilo, comme notion étrangère à l'entendement, non moins qu'à toute expérience imaginable. Mais cette question de l'unité, qui a toujours été regardée comme difficile en théologie rationnelle, fut éclaircie, dans le développement ultérieur du néocriticisme, par la considération idéaliste de l'unité des lois de l'esprit, qui, identique à l'unité des lois dans le monde, implique l'unité de l'esprit lui-même dont le monde est l'œuvre, et, de là, par induction, l'unité de conscience première. C'est
d'une application du principe de l'idéalisme que ressort la démonstration.
Le point de vue logique de la question demeure le même, la doctrine de la création ne changeant rien à FoLIigation logique de poser le créateur, en tant que cause />/'P/^?/V'/Y*. comme ne pouvant se comprendre autrement que dans son rapport à la création, et pour le surplus comme la limile de notre connaissance, un terme iniiial que Fesprit ne peut embrasser et expliquer. C'est seulement par ce rapport au monde et à Fhomme, en des idées toutes de relation, que s'expriment, en tant qu'intelligibles, les attributs de Dieu, et tout concept défini qu'il nous est donné de nous former de lui ou de son essence.
Toutes les thèses que le néocrilicisme a soutenues sont descendues progressivement des deux théories fondamentales, celle du principe de relativité, qui a pour application le système des catégories : Qualité Quantité, Position Succession, Devenir, Finalité, Caniité, toutes subsumées sous hi Relation dans Fordre abstrait, et sous la Personnalité, dans le concret; et celle du principe de limitation, qui, étroitement lié au précédent par le principe logique de contradiction, interdit Fattribution de la réalité à tout sujet qui serait conçu comme un composé de modes, qvuilités, parties ou moments distincts, en nombre àja fois infini, interminable, et actuellement acquis ou donné en toutes ses unités. A la suite de ces principes est venue la critique négative de la substance des métaphysiciens, en tant que terme abstrait faussement réalisé, support fictif de phénomènes, qui devrait exister sans avoir ni qualités ni action quelconque définissant ce qu'il est en soi; et puis la démonstration de Fimpossibilité de retendue en soi, et de la substance matérielle des corps, si on la considérait comme quelque chose de
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donné en sus des éléments et des propriétés sensibles des corps eux-mêmes; car il fallait, en ce cas, l'admettre comme douée de la propriété que réclame sa définition, c'est-à-dire toujours divisible en parties homogènes sans fin : et les corps seraient alors des composés infinis actuels, ce qui est contradictoire. Cette théorie, étendue à la réfutation de l'éternité antécédente des moments d'une existence donnée et écoulée dans le temps, était une nouveauté en philosophie, et de grande conséquence contre les systèmes transcendants ou transcendantaux de l'existence infinie, et venait à l'appui d'un concept de la personnalité de Dieu, intelligible et réelle.
La doctrine d'où parlent ainsi à la fois pour constituer la méthode, et pour établir les thèses de la plus grande portée, la logique, la psychologie et la métaphysique unies et inséparables, cette doctrine est essentiellement Yidéalis?ne, et ce nom d'idéalisme est celui qui convient à la critique de la représentation mentale et à ses conséquences, exposées dans le premier des Essais de critique générale, ouvrage publié à une époque oti toute philosophie en France, de quelque source qu'elle vint, était dans la dépendance de principes contraires et repoussait formellement le sien.
Cet idéalisme n'était point celui qui délie et dissout les idées et n'en veut connaître les éléments de composition qu'à l'état de phénomènes dont il se déclare incapable de refaire des synthèses. Il n'était pas davantage celui qui prend pour idées fondamentales des termes généraux abstraits, et au fond très complexes, qu'il réalise et qu'il investit de la fonction de principes ou causes premières de l'univers. C'était un idéalisme qui ne sépare point les phénomènes des lois par lesquelles s'opèrent les synthèses, et qui les fait remonter tous, par l'intermédiaire de leurs lois, à la conscience, syn-
thèse suprême, quand elle est considérée dans la personnalité, son dap'i' éniincnt. Mais les deux aulres méthodes connues de l'idéal isme possèdent avec celle-ci une vérité commune : la réduction de la connaissance à son sujet mental, bien ou mal consulté et interprété d'ailleurs, et cette vérité étail devenue étrangère aux penseurs français, depuis qu'ils s'étaient faits les disciples de Locke en psychologie.
La notion commune d'uiu' matière indépendante de toute re[)résentation, et la croyance en une Faculté de Tétre conscient, la perception sensible, qui nous donnerait la certitude de fait de l'existence réelle ou en soi d'une telle matière, étaient universellement reçues, que ce fiit dans le spiritualisme traditionnel, lliéologicjue, ou dans l'éclectisme, et même dans le vague panthéisme importé d'Allemagne, ou que ce fiit dans le matérialisme et dans le positivisme, qui en tenaient la thèse des idéologues. Les principaux systèmes issus du criticisme Kantien n'avaient pu faire école en France pour rien de plus que pour la propagation de l'esprit panthéiste et fataliste. Les analyses psychologiques de Berkeley et de Hume n'y avaient été qu'à peine connues, et incomprises, tandis que la psychologie de l'école écossaise, réaction contre l'idéalisme de ces philosophes, y avait été introduite pour le service de la réaction spiritualisle contre la philosophie du xvm" siècle. Une théorie de la « perception de la matière » sotïiait ainsi sans être associée à la doctrine matérialiste dont l'école idéologique accompagnait au fond sa démon s lia lion de la même thèse.
Un penseur sorti de cette école et qui y gardait des racines réalistes en s'en éloignant par le sentiment, Maine de Biran essayait, vers le même temps de réaliser la volonté comme force par nous suscitée, dont nous aurions simultanément la pensée et la perception ex
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terne, avec la certitude de son action en tant que cause transitive opérant le mouvement dans les organes; et cette théorie était vantée dans l'école éclectique comme une OHivre éni inente venant « à la suite de Leibniz » établir dans ses droits le principe d'activité de
l'esprit.
La tentative de Théodore Jouffroy de traiter la psychologie par la méthode des sciences naturelles, pour de là s'élever par induction aux vérités métaphysiques (L) se rattachait à l'école écossaise par la théorie de la perception externe, non moins que par celle des « facultés de l'àme » étudiées comme des qualités indépendantes, sans lien et sans unité. Heid, inventeur de cette méthode et auteur d'une réaction systématique contre l'idéalisme, à la fois de l'école cartésienne et de l'école empiriste anglaise, et, après lui, Dugald Stewart s'appliquèrent à remplacer les synthèses, les conne.riom d'idées, que Hume renonçait à justiher, par l'énumération et la description empirique des fonctions intellectuelles, sans aucune classihcation qui pût paraître scientifique et rendît compte des rapports qu'elles soutiennent entre elles, ou de la nature de l'ensemble qu'elles constituent en s'unissant. Car ces philosophes comptaient la mémoire, sans laquelle aucune autre n'est possible, et même la conscience, au nombre de ces facultés, dès lors aussi impropres à composer une substance de l'Esprit que l'étaient aux yeux de Hume, et que devaient l'être plus tard aux yeux de Stuart Mill, les perceptions distinctes et e.ristences distinctes du premier, ou les séries de sentiments du second, qui, pour être la conscience, auraient à se connaître en tant que séries (XXXII et