‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiques [microform];Chapitre 39 sur 148 · LE SENTIMENT STOÏCIEN. L IDÉE STOÏCIENNE DE LA NATURE · texte numérisé non relu

LE SENTIMENT STOÏCIEN. L IDÉE STOÏCIENNE DE LA NATURE

Le sentiment moral du stoïcien, opposé à celui de répicurien,lui dicte une conception contraire du monde et de la divinité. La vie, quelque dure qu'elle puisse être pour lui, le trouve intrépide. Il y voit des sujets d'exercice, de lutte et de supportance, sans penser que le repos et les jouissances lui soient dus, ou permis, s'il pouvait les atteindre. L'exclamation du poète épicurien : 0 miseras hominum menteis I é pectora cseca ! Ce n'est pas la pensée de l'incertitude des événements [Qualibus in tenebris vitœ), ou la peur de souffrir [quanti^qiie periclis, Degitur hocœvi, quodcumque est) qui pourraient la motiver pour le philosophe stoïcien, mais bien la faiblesse de cceur et la mollesse des hommes qui fuient la peine à prendre, se lamentent dans la douleur, et voudraient tant savoir quelle compensation ils ont à attendre pour n'avoir pas fait le mal en cette vie. Le dégoût que leur causait cette manière de prendre le destin est la source de l'humeur méprisante et du dénigrement qui dominent dans les propos et les sentences que la tradition nous a conservés des cyniques, précurseurs des stoïciens, les Antisthène, les Diogène, et de la raillerie qu'ils faisaient de ce qu'il y avait de plus honoré dans les cités, de la faveur qu'ils témoignaient pour le travail servile, de leur dédain des superfluités et des vanités, enfin de leur parti pris de réduction des besoins au minimum. La morale épicurienne est, comme la leur, opposée à l'ambition, mais d'après une vue différente, à cause du manque de satisfactions sérieuses à attendre, et des dangers à courir, dans la carrière des honneurs;

tandis que Fidée du devoir, en prenant la forme stoïcienne, sortit deFindividualisme cynique et devint compatible avec l'acceptation des fonctions civiques. Les difficultés nées de ce que la Raison d^État a de répugnant pour le sage, soulevèrent des questions de casuistique, mais n'empêchèrent pas l'école stoïcienne de s'élever à des principes de morale politique et à la conception du cosmos sous un gouvernement divin.

Les philosophes cyniques et les cyrénaïques, disciples immédiats de Socrate, mais demeurés étrangers aux vues de morale sociale et de science politique, sont individualistes en leurs idées respectives de la perfection humaine, ou du bonheur, objet commun pour eux, et unique de la recherche spéculative. L'épicurien reste essentiellement individualiste aussi, tout en composant un système du monde à son usage, c'est-à-dire qui justifie sa morale, mais le stoïcien lui, diffère du cynique par le dogmatisme qu'il professe sur Tordre divin des choses, cherchant non plus seulement ce qui fait la dignité de l'homme, mais quelle est sa place dans le monde, et ce qull doit faire pour la reconnaître et s'y tenir, se mettre au service de l'univers, remplir la fonction que la nature lui a destinée. Cette application de la notion du devoir aux fins divines et humaines s'oppose au jugement pessimiste de la vie, auquel est condamné l'épicurien, qui n a égard qu'à l'intérêt individuel et ne voit de tous côtés qu'obstacles à la satisfaction de l'individu. La généralisation des fins peut seule justifier les empêchements à la poursuite du bien des particuliers. Elle donne un fondement à l'optimisme en se prêtant à la fausse croyance, que tout mal est un bien dans le fond. Le sentiment du Sage peut partir de la simple résignation, s'élever au consentement, et atteindre à la fin ce degré suprême qui est Vamour intellectuel de l'œuvre du destin, quand il parvient dans

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