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LE SENTIMENT STOÏCIEN

sa doctrine à identifier l'idée qu'il s'est formée du monde avec l'idée de l'Être universel parfait. Le trait caractéristique du stoïcien est l'effort qu'il fait sur luimême pour renfermer sa conception du bien dans les bornes de la nature embellie de sentiments moraux, et conformer sa vie à ce modèle.

Le principe générateur d'une philosophie du cosmos est, au fond, la solution qu'elle donne du problème du mal. Le rapport de l'homme à Dieu est la question principale pour la composition d'un système intégral des choses, Dieu étant conçu comme la raison universelle dont la connaissance rendrait compte de tout. La nature est un intermédiaire entre cette raison quelle qu'elle soit et l'homme. Il faut donc que l'explication de la nature soit celle de l'action de Dieu, du devoir de l'homme et de sa destination, ce qui implique l'idée à se faire du mal, et des règles de morale. Pour le stoïcien, la nature est Dieu même, en la considérant sous le double aspect d'une matière animée et gouvernée, et d'un principe dirigeant qui se distingue de ce vaste corps, en cela seulement qu'il en détermine tous les modes possibles, en qualité d'auteur immanent de ses transformations et de son évolution. On reconnaît à ces termes ce qu'était déjà, chez Anaximandre, puis chez Heraclite, ce que sera chez Spinoza la natiira naiuram opposée à la natiira natiirata, avec une métaphysique également réaliste, seulement plus abstraite.

Les différences entre ces systèmes, au sujet de l'infini, par exemple, ne touchent pas l'idée de la nature divine et de son mode d'action. Il s'agit toujours d'un Inconscient. Les stoïciens en prennent chez Heraclite le modèle; ils réduisent l'un des deux principes agents : Polemos, au concept de la nécessité du mal, corrélatif du bien, et donnant tout son développement à l'autre : Zeiis Logos (V), père de toute harmonie, générateur d'un

monde parfait. L'œuvre et les attributs de ce dieu sont exaltés dans une hymne célèbre du philosophe Gléanthe en des termes qui conviendraient à la définition d'un véritable créateur. Le langage théiste de ce disciple de Zenon se retrouve dans Técrit de l'empereur Marc-Aurèlc, quatre siècles plus tard, avec des traits tels qu'en pourrait inspirer la foi en une Providence divine attentive aux intérêts des particuliers ; en sorte que la piété stoïcienne s'approche dans sa forme du sentiment qui conviendra à l'époque où la foi devra s'adresser à un dieu de volonté et d'amour. Cependant c'est bien toujours la nature, ce n'est pas la conscience, qui est le sujet de la personnification suprême consacrée par la philosophie stoïcienne ; c'est la nature, dont par un souverain précepte, elle recommande l'imitation à l'homme, et qu'elle déifie, en s'alliant à la religion populaire par la reconnaissance d'un culte des éléments symbolisés. L'éther, sous le nom d'Athéna, l'air, de Héra, le feu, d'Héphaistos, etc., tous unis dans la vie universelle sous le nom de Zens qu'on supposait dérivé de Zoé, la vie, étaient les objets de ce culte.

La psychologie, chez les stoïciens, semble au premier abord, en s'éloignant du réalisme platonicien des idées, se prêter, — et ce serait la première fois dans Tantiquité, — au sens moderne de l'idée, comme pure représentation mentale ; car c'est bien dans Thomme lui-même qu'ils voyaient le siège de l'idée, ils n'en faisaient pas un sujet supérieur propre, donné en soi. Mais ils ne laissaient pas d'en faire un sujet : un sujet corporel, objet lui-môme du sujet corporel plus compréhensif qui est le corps humain. Tout est corps, selon cette théorie : le corps humain se perçoit luimême et perçoit les impressions qu'il a reçues dans certaines de ses parties, par l'opération d'une autre partie. Pour se figurer cette relation, il faut se rappeler

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