‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiques [microform];Chapitre 59 sur 148 · CHAPITRE XXIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIÏ

LES DEUX DOCTRINES DE L'ORIGINE DU MAL

x\prèslaqiiestiondelanalurcdeDitHi,collederorigino des âmes vient immédiatement et amène avec elle celle de l'origine du mal, parce que toutes les âmes sont souffrantes : et toute douleur est la souffrance d'une âme. Omnis natura ingemescit.

La doctrine platonicienne des Idée^ et des âmes n'avait trouvé que dans l'hypi )tlièse de la chute des dmea une vue générale qui répondit au problème de Torigine d'un ordre de créatures auquel pût se rattacher l'espèce humaine en ses qualités morales, avec l'explication des maux et des peines dont elle est accablée, tandis que les individus sont possédés d'une idée constante du bien qui devait être, à laquelle rexpériencc donne le démenti. Le concept de la substance psychique était sorti, pour la religion et pour la philosophie, des plus anciennes imaginations mythologiques. L'idée de la chute avait un Fondement dans les mythes de la haute antiquité, communs à plusieurs nations, qui ont trouvé leur forme hellénique dans la révolte des Titans, suivie de leur punition dans le Tarlare. Le polythéisme, les cosmogonies, les traditions fabuleuses des familles favorisaient la croyance à l'unité physiologique originaire des hommes et des dieux. La doctrine de l'émanation ne s'éloignait donc pas de l'esprit de l'antiquité grecque, mais plutôt le traduisait philosophiquement en plaçant dans le troisième degré de la descente de l'Un, celui qui conduit de FAme du monde aux âmes individuelles, un péché originel, une tentation à laquelle elles auraient cédé plus ou moins, et qui aurait eu pour conséquence

une division et un classement des formes des êtres, dieux, esprits, hommes et animaux de toutes espèces, et, pour loi de transformation selon les mérites, la métempsychose. En ce qui touche le péché et la punition, on reconnaissait encore là la démiurgie du Timée\ mais l'émanation, en substituant au mythe démiurgique une évolution descendante, rattachée au premier principe, pouvait remettre la doctrine qui avait séduit jadis Pythagore et Platon sur la voie du panthéisme brahmanique, d'où peut-être elle était jadis venue jusqu'à eux.

La question de l'origine des âmes et du mal se présentait au christianisme sous des termes bien différents, au moins du côté de la tradition judaïque. Là, dans la haute antiquité, il ne s'était pas agi d'âmes séparables des corps, mais d'hommes terrestres punis ou récompensés par leurs dieux. L'œuvre des prophètes répandit chez les juifs l'enseignement de l'unité de Dieu et de la loi morale. Puis les emprunts au mazdéisme introduisirent la doctrine de la résurrection des corps et de la rétribution après la vie. Ce fut aussi, avec la loi d'amour substituée à la loi rituelle et au formalisme judaïque, le thème principal du messianisme de Jésus. L'Apôtre des nations enseigna la corruption et la mortalité naturelle de l'homme, la rédemption, la résurrection par la foi, et ne mentionna point de peine autre que la mort pour le pécheur. Le péché originel était, à ses yeux, le vice inhérent à la nature animale de l'homme, vice hérité du proloplaste, en ce sens, qu'il est commun à ceux de la race, tout ainsi qu'il a été le fait de l'ancêtre. Si l'Église eût suivi la doctrine pauliniste, au lieu de l'interpréter grossièrement, et même à la fin dans un sens odieux, le problème de l'origine première de l'inclination au mal serait resté dans le recul obscur de la création de l'âme, où l'Apôtre n'avait

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