LA MÉTAPHYSIQUE ÉLÉATIQUE M
des nombres, mais d'ordre géométrique en ce cas. Cette hypothèse rend compte de la théorie platonicienne de la création des âmes, en observant que Platon devait, dans cette imitation de la doctrine pythagoricienne, substituer en partie aux nombres les idées (VII).
L'institut pythagorique de Grotone, société aristocratique et presque théocratique qui fut persécutée et détruite à l'époque des luttes et des victoires des partis démocratiques de la Grande-Grèce, avait sans aucun doute une religion et un cuUe, mais dont les rapports avec la doctrine métaphysique de son fondateur ne pouvaient être que vagues. Le gouvernement de Zeus, l'existence et l'action des démons, la transmigration des âmes, la fonction du prêtre, enfin l'ascétisme, ou plutôt un genre d'observances d'un caractère profondément hellénique, tendant àl'ordre et àlabeauté,se rattachaient
tout au plus par des symboles à la doctrine des nombres. La secte pythagoricienne ne laissait pas de se présentée, à son origine, comme en possession d'un système universel des phénomènes cosmiques et des destinées humaines, ramené à son principe. Au contraire, la seconde des deux doctrines qui eut pour méthode la réalisation des notions pures, et qui se produisit presque parallèlement a la première, dans la Grande-Grèce, l'éléatisme, en ramenant toute existence à l'Être pur, qui est aussi FAbsolu, nia tout à la fois le monde de la multiplicité et du changement, les phénomènes comme n'étant que des apparences, et le dieu, en tant que la conception de la divinité impliquerait la ressemblance de l'homme. Xénophane, en des textes formels d'un poème, qui subsistent encore, dit que Dieu est un, éternel, immuable; qu'il est étranger à toute forme humaine, mais tout entier vue, ouïe et pensée, et gouvernant par l'esprit toutes choses. Il est, d'une autre part, établi par
des témoignages irrécusables que ce philosophe appliquait à ridée de l'Être, en des formules où n'apparaît pas ridée de Dieu, un jugement qui rend ridentificaiion des deux idées inévitable : toutes choses ne sont qu'un, et se résolvent en une seule nature partout semblable à elle-même. On a donc conclu au panthéisme de Xénophane ; mais faut-il entendre que, selon lui, le monde, réduit à la nature de l'Un, était cette unité divine elle-môme qui est éternelle et immuable, et dont la pensée universelle doit dès lors se replier toute sur elle-même, en sorte que notre monde phénoménal soit un système d'apparences fugitives dénuées de réalité? ou faut-il supposer que le vrai sens de cet antique panthéisme est un dédoublement de la nature divine, tel, que Dieu, éternel et immuable en sa substance, serait constitué, sous un autre aspect, par l'universel devenir des phénomènes, dont il gouvernerait le cours ? Ce dernier système ne serait rien de moins que le Spinosisme, avec, en plus, une règle divine des choses, incompatible avec l'immutabilité. C'est déjà trop d'attribuer une théorie qui d'un seul et même tout immuable fait le tout des choses qui changent au fondateur de la doctrine éléatique de l'Absolu, au maître de Paruiénide. Xénophane a certainement exposé en style poétique ridée même que son disciple a rendue en style plus abstrait, quoique dans un poème encore.
Dans les termes de Parménide, l'Etre est un, sans origine, parfait, et sans changement d'aucun genre, car le changement de l'Être ne pourrait se faire que pour aller au non Etre, et le non tire n'est pas. L'Etre est limité, l'infini ne pouvant être que toujours incomplet et imparfait (principe pythagoricien qui ne fut pas toujours admis dans la suite de l'école) ; et il réunit dans son unité la pensée et l'objet de la pensée, parce que, en dehors de l'Être il n'y a rien. La pensée est la pensée