‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiques [microform];Chapitre 65 sur 148 · LA THÈSE DE L'ÉTERNITÉ SIMULTANÉE · texte numérisé non relu

LA THÈSE DE L'ÉTERNITÉ SIMULTANÉE

enfin par Boèce en des termes que le moyen âge a résumés sous le nom d'éternité simultanée {tota simiil). Le thomisme surtout l'a faite sienne, mais elle lui a survécu, et on la trouve fréquemment mise en avant, depuis Fénelon, et répétée dans la chaire, pour l'éblouissement d'un public ignorant auquel elle donne des profondeurs métaphysiques une idée insondable.

Plotin a défini la vie infinie en ramenant à l'unité et immutabilité de la deuxième hypostase considérée en soi les principes qui doivent en descendre divers et changeants pour constituer le monde émané : « En opérant la synthèse des principes du monde intelligible pour n'en former qu'une vie unique, on supprime leurs difl*érences, on considère leur durée inépuisable, l'identité et l'immutabilité de leur action, de leur vie et de leur pensée, pour lesquelles il n'y a ni changement ni intervalle. Quand on contemple ainsi ces choses, on contemple l'éternité, c'est-à-dire une vie permanente en son identité, qui possède toujours toutes choses présentes... Cette vie contient toutes choses à la fois comme en un seul point, sans qu'aucune d'elles s'écoule... L'éternité peut donc être définie la vie qui est actuellement infinie, parce qu'elle est universelle et ne perd rien, puisqu'il n'y a pour elle rien de passé, rien de futur... C'est ce qu'on entend parla vie actuellement infinie » [Ennéades III, vn). Il y a dans cette définition une contradiction latente, en ce que l'idée de l'absence de tout changement et de toute différence entre le passé, le présent et le futur est la négation implicite de l'idée de la vie, laquelle n'est ni ne se peut penser sans la succession.

Boèce, qui prit de Plotin la théorie du destin et de la Providence, résuma à merveille cette conception, contradictoire en soi, de la vie éternelle réduite au point

et à l'instant : interminabilis vitœ tota simul et jyerfecta

possessio. L'opposition directe des termes tota et simtd à interminabilis détruit la pensée qu'elle semble exprimer; car interminabilis ne signifie rien s'il n'exprime l'idée de l'écoulement du temps, et cette idée, c'est que la vie ne possède pas ses moments simultanément. Il est vrai que la définition de Plotin, s'appliquant àla sphère de l'Intelligible pur et des idées éternelles, était plus 'éloignée encore de l'idée de vie que la définition de Boèce. Boèce, quoique n'étant peut-être pas chrétien, pensait, lui, à une réelle personnalité divine, et pouvait se représenter, au moins verbalement, la connaissance des choses dans l'esprit divin comme assimilable à la vision que Dieu aurait de toutes, comme si elles lai étaient présentes. La suppression de ce comme fait tout le mystère du dogme de l'anéantissement du temps : « Si vous voulez penser cette présence par laquelle Dieu connaît distinctement toutes choses vous y parviendrez mieux en vous la représentant comme la science d'un fait qui est toujours là {numquam deficientis instantiœ) que sous la forme d'-une prescience telle que celle d'un futur. Il suit de là qu'il faut plutôt la nommer providence que prescience ». Ces derniers mots de Boèce transportent assez clairement la difficulté, de la question de la perception en Dieu à celle de l'action de Dieu, ou du temps à la cause. En ce cas, Dieu connaîtrait les choses futures bien plutôt parce qu'il s'en connaît d'avance et de tout temps Vauteur (Providence absolue), que parce qu'il les voit présentes encore bien qu'elles soient futures. Nous arrivons ainsi formellement au panthéisme théologique, ce qui ne doit pas nous étonner.

Boèce était mis sur la voie de cette analyse et de ces définitions, par l'examen assez étendu auquel il s'est livré [Consol. phil., V) de l'objection : Comment est-il possible que des événements prévus par Dieu comme

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