DESCARTES. L'AME ET LE CORPS
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religieuses, qui s'ajoutaient à tout ce que la force du dogme orthodoxe lui commandait de ménagements pour des formules consacrées très imposantes, et munies d'une haute autorité traditionnelle. Le dogme de la prescience divine des futurs contingents, par exemple, était dans ce cas, qui n'est pas bien loin d'impliquer à lui seul tout le système du panthéisme théologique (XXllI). C'est ainsi que des doctrines capitales, telles que celles de l'âme, ou de son individualité, du libre arbitre, et de la distinction du vrai et du faux ne répondent pas, dans les explications qu'en donne Descartes, au sens net et absolu que leurs premiers énoncés portent avec eux, et sur lesquels se sont fondés les jugements erronés de la plupart des historiens de la philosophie.
On ne saurait imaginer des déclarations plus nettes que celles de Descaries touchant l'âme, son existence, son essence, sa distinction d'avec le corps : « De cela seul que je connais avec certitude que j'existe » — [Cogito ergo sum) — « et que cependant je ne remarque point qu'il appartienne nécessairement aucune chose à ma nature, ou à mon essence, sinon que je suis une chose qui pense, je conclus fort bien que mon essence consiste en cela seul que je suis une chose qui pense, ou une substance dont toute l'essence, ou la nature, n'est que de penser. Et quoique peut-être, ou plutôt certainement (comme je le dirai tantôt), j'aie un corps auquel je suis très étroitement conjoint, néanmoins pource que, d'un côté, j'ai une claire et distincte idée de moi-même en tant que je suis seulement une chose qui pense, et non étendue, et que, d'un autre, j'ai une idée distincte du corps, en tant qu'il est seulement une chose étendue et qui ne pense point, il est certain que moi, c'est-à-dire mon âme, par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement et véritablement distincte de mon corps, et qu'elle
peut (Hre, ou exister sans lui » [Méd. métaph,^ VI, 18).
Ailleurs, « Nous connaissons manifestement que nous sommes par cela seul que nous pensons, et par conséquent que la notion que nous avons A^ notre ànte ou de notre pensée, précède celle que nous avons du corps, et qu'elle est plus certaine, vu que nous doutons encore qu'il y ait au monde aucun corps, et que nous savons certainement que nous pensons.
« Par le mot de penser, j'cnlends tout ce qui se fait en nous de telle sorte, que nous l'apercevons inmukliatement par nous-mêmes; c'est pourquoi non seulement entendre, vouloir, imaginer, mais aussi sentir est la même chose ici que penser. » Descartes mentionne, pour complément de la délinition de l'entendement, des notions a priori, qu'il n'a pas' prétendu nier, dit-il, en établissant le premier principe de sa méthode, mais qui « ne nous font avoir la connaissance d'aucune chose qui existe », Cette dernière observation est exacte^ et fondamentale en ce qui concerne les relations d'ordre universel auxquelles nous rendons aujourd'hui le nom aristotélicien de catégories. Descartes, en cette partie de ses principes, montre un esprit nominaliste, ou intellectualiste, ti'ès décidé {Les princip. d. L phil., I, 8-10,
48 sq.).
Il ressort de la démonstration de l'âme distincte du corps que Y âme, la chose qui pense, et le ?7ioi sont la même chose. Ce moi comprenant des suites de phénomènes de pensée, dont Descartes énumère les espèces, constitue un être complexe, donné empiriquement dans le temps, et il est individuel à ce titre, c'est-à-dire empirique toujours, grâce aux distinctions que l'expérience permet de constater entre cet être et d'autres êtres qui lui sont plus ou moins sen^blables, et toute la multitude des objets qui ne sont pas ses propres représentations. Mais tout s'arrête là et nous n'apprenons rien