‹ Histoire et solution des problèmes métaphysiques [microform];Chapitre 94 sur 148 · LA LIBERTE FONCTION DU NOUMENE · texte numérisé non relu

LA LIBERTE FONCTION DU NOUMENE

phénomènes est réelle, ou elle n'est qu'une apparence attachée aux phénomènes. Dans la première hypothèse, deux phénomènes contradictoires ne peuvent pas être une même affection du même sujet, il faut qu'ils diffèrent par le temps ; il ne se peut donc pas qu'un phénomène appartenant à ce sujet, et qui dépend de ses antécédents — c'est le cas de la causalité, mécanisme de la nature, — soit chez lui la même affection qu'un phénomène indépendant de ses antécédents — tel que le veut la causalité par liberté, — Le même serait affirmé et nié du même, en même te?nps, sous le même rapport, aux termes de la formule logique de la contradiction. L'union de l'être nouménal et de l'être phénoménal dans le même sujet, auteur du même acte, emporte cette conséquence. L'un est dans le temps, l'autre est hors du temps, la contradiction ne peut être levée qu'à la condition de nier la réalité de ce rapport de temps. La réalité de la loi naturelle, sous sa forme de causalité mécanique de la nature, tombe du môme coup.

Ou Kant ne s'est pas rendu compte de la contradiction, mais cela doit paraître peu probable, ou il ne lui a pas convenu d'exprimer sa pensée tout entière sur la nature du temps et des phénomènes. Quoi qu'il en soit, il prit pied de cette théorie pour essayer une réponse à l'objection, la plus grave, dit-il, qu'on eut adressée à la Critique de la Baison pure^ et échapper au reproche d'avoir « nié en théorie, et affirmé pour la connaissance pratique, la réalité objective des catégories appliquées aux noumènes », et d'avoir soutenu» le paradoxe de se considérer comme un noumène, en tant que sujet libre, et comme phénomène, en sa conscience empirique, relativement à la nature ». La difficulté lui semble écartée par cette raison : qu'il n'entend point que cet « usage suprasensible des catégories » amène « aucune extension de la connaissance suprasensible » ; il ne sert que

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28i LA PHILOSOPHIE CRITIQUE

pour un usage pratique ; et Kant avoue et déclare que la réalité du monde intelligible n'est pas ainsi fournie par la spéculation, en théorie, et qu'elle ne saurait l'être; qu elle n'est vraiment donnée que par le principe de la moralité, duquel dépend la reconnaissance de la liberté. « Seul, le concept de la liberté nous permet de trouver, sans sortir de nous-môme, l'inconditionné et l'intelligible réclamés par le conditionné et le sensible. Notre raison, grâce à la loi pratique suprême inconditionnée, se reconnaît l'être (c'est sa propre personne) qui a conscience de soi comme appartenant au pur entendement, et détermine comme tel son activité. On comprend pourquoi, dans tout le pouvoir de la raison, il n'y a que le pouvoir pratique qui puisse nous transporter ainsi au delà du monde des sens et nous fournir un ordre et une liaison suprasensibles, qui pour cela môme ne peuvent être étendus qu'autant qu'il est tout juste nécessaire pour le pur point de vue pratique » {Crit. d. l. R. prat., 1. I, ch. III).

Ce transport du phénomène au noumènc, qui devait avoir, selon Kant, l'usage pratique pour borne, est un acte si peu pratique, qu'il exige, on vient de le voir, la considération d'un seul et même fait comme libre hors du temps, et nécessité dans le temps, et cela, bien que ce dernier aspect soit justement celui où l'homme pratique envisage sa liberté, — quand il y croit. Et il a fallu, pour remplacer ce libre arbitre supprimé, supposer, tout en prétendant « ne fournir aucune extension à la connaissance suprasensible, » l'existence d'êtres hors du temps et de l'espace î De tels êtres étaient déjà requis pour faire l'office de substances et de causes agissant dans l'espace, et expliquer la sensibilité ; ce sont maintenant les personnes, et non plus les communes entités du réalisme, qu'il s'agit de transporter dans le monde nouménal, sans toutefois qu elles aient

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