‹ Histoire et systématisation générale de la biologieChapitre 12 sur 12 · MÉDICALES · texte numérisé non relu

MÉDICALES

« Toules les altérations organiques, dit Laënnec, me paraissent pouvoir être divisées en quatre grandes classes, savoir :

« 1“ Les altérations de nutrition, les plus simples de toutes, puisqu’elles ne consistent que dans Vhypcrtrophie (accroissement de nutrition), ou dans l'atrophie (diminution ou privation de nutrition) d’un organe ou de quelqu’une de ses parties constituantes;

c( 2“ Les altérations de forme et de position : elles comprennent principalement les luxations et les hernies;

« 3“ Les altérations de texture, produites par un agent extérieur ou par le développement intérieur d’un corps étranger organisé;

4" Les corps étrangers animés, ou les vers et les insectes qui naissent et peuvent vivre dans le corps humain. »

Cette classification est immédiatement suivie des remarques suivantes :

« Quoique tous les modes de lésion organique puissent être rangés dans ces quatre classes, cependant on ne peut nier que, pour y par-

venir, on ne soit quelquefois obligé de faire des rappi oclieinents un peu forces, ou de placer dans une division ce qui, sous certain rapport, appartiendrait également à une autre. D’un autre côté, les alléralions de forme et de position, et même celles de nutrition, n’ofîrent^pas entre elles assez d analogie pour qu’il puisse résulter rien de bien utile de leur réunion systématique. Leurs rapports avec les autres affections des organes auxquels elles appartiennent sont d’un intérêt beaucoup plus grand , surtout sous le rapport de la

médecine pratique Aussi, pour l’exposition

des lésions comprises dans les deux premières classes, la méthode suivie par Morgagni, et qui consiste à examiner successivement toutes les altérations de chaque organe, me semble encore la meilleure. »

Après de tels aveux, il est inutile de réfuter une classification dont la fondation fut, comme on le sait, très-vivement revendiquée par Dupuytren et Laënnec (1).

On peut dire, à l’égard des deux dernières classes, qu’il n’est pas douteux qu’un esprit aussi

l\) ThbUothèque médicale', 1. VllI, p. 96 et 190.

EXPÉRIMENTATION

judicieux que Laënnec n’aurait pas fait difficulté d’accepter entièrement la méthode anatomique s’il avait eu devant lui le tableau d’une systématisation complète de la biologie. Je ferai sentir plus loin, en rattachant l’anatomie pathologique à l’anatomie normale, que les généralités qui se rapportent aux altérations de texture produites par des agents extérieurs sont d’un ordre trèscomplexe, et se trouvent naturellement placées dans l’étude des modifications organiques subies par l’individu considéré dans ses rapports avec le monde extérieur.

Pour terminer l’examen de ce mouvement, dont il est inutile d’envisager ici toutes les directions, je me contenterai de fixer l’attention sur le dernier traité d’anatomie pathologique publié en France, dans lequel on trouve la représentation fidèle de l’état actuel de cette partie de la biologie (1).

Je suis persuadé que les esprits sérieux qui me suivent dans mon travail comprennent que je suis essentiellement dirigé par un pur sentiment historique; aussi, dans mes appréciations sur les

(1) Cruveilhier, Traité d' Anatomie 'pathologique générale Paris, 1849. t. I.

154 IIISTOIRK DR LÀ DIOLOGIF. — 11' PARTIR.

ouvrages actuels, serail-il injuste de me supposer les plus légères passions personnelles. Du reste, ma critique n’est point négative, elle aboutit à une construction ; je fournirai donc matière à un libre examen réciproque.

Le Traité d’Anatomie pathologique de M. Cruveilhier est le plus bel exemple du résultat final de cette scission complète entre l’anatomie normale et l’anatomie anormale insensiblement opérée par la considération soutenue des applications techniques. “Ce traité doit comprendre :

1° L’anatomie pathologique générale;

2° L’anatomie pathologique appliquée;

3° L’anatomie pathologique topographique.

La première partie, seule publiée jusqu à ce jour, va suffire au présent examen, car elle contient les principes généraux de l’étude des altérations.

Plus conséquent que Dupuytren et Laënnec, M. Cruveilhier se dégage entièrement de la base anatomique, et cherche dans l’étude même des altérations les principes d’une classification ; et il arrive à pouvoir coordonner les cas pathologiques comme de véritables espèces zoologiques, en classes, sous-classes, ordres, sous-ordres, genres

EXPÉRIMENTATION

et espèces. Certes, on doit aussi bien clicrcher, dans les classifications, à imiter les zoologistes, qu’à imiter les chimistes dans la’ nomenclature et tes physiciens dans l’expérimentation, mais on peut assurer que, dans le cas présent, une aussi louable imitation a mal servi aux fondements des généralités de l’anatomie pathologique.

En effet, en prenant quelques exemples dans les 17 classes de M. Cruveilhier, nous allons facilement montrer les vices d’une telle coordination.

Il n’est pas contestable que les dénominations dont se sert M. Cruveilhier peuvent donner lieu à des généralités, mais il faut s’entendre sur le degré de généralité. Les principes de la chimie sont moins généraux et plus complexes que ceux de la physique ; ceux de l’astronomie sont dans le même cas à l’égard des principes de la mathématique; et pour prendre un exemple parallèle à la question qui m’occupe, les principes généraux tirés de la considération des organes et des appareils sont d’un ordre moins général et plus complexe que ceux qu’on relire de la considération des éléments anatomiques, des tissus et des systèmes. Or, il s’agit de savoir si les idées générales

lo() HISTOIRK DE LA BIOLOGIE. 11® PABTIE.

qui ressortent de l’étude comparative des solutions de continuité, des adhésions, des déplacements, peuvent servir à baser les principes les plus généraux et les moins complexes de l’anatomie pathologique. Evidemment cela ne peut se soutenir. Quelle idée à la fois générale et simple fera-t-on surgir dans la comparaison entre la solution de continuité d’un os et celle d’une artère (genre des ruptures), entre l’adhésion du tissu cellulaire et une ankylosé [deuxième ordre des adhésions), entre une luxation du fémur, un prolapsus utérin et un encéphalocèle [groupe des déplacements)'^ Les mots so^u/toiis de continuité, adhésions, déplacements, représentent des abstractions sous lesquelles on peut grouper les choses les plus disparates. J’indiquerai plus bas à quel ordre appartiennent les généralités sur les solutions de continuité, les adhésions, etc.; mais à coup sûr personne ne peut espérer de rencontrer dans une pareille classification les principes simples de l’anatomie pathologique générale. Comment apprécier les phénomènes de la solution de continuité la moins compliquée si on ne possède pas sur les tissus au milieu desquels ils se passent des notions d’anatomie normale et pathologique?

EXPÉRIMENTATION

La méprise est si évidente, que je puis me dispenser de pousser plus loin cet examen. Mais qu’on ne s’y trompe pas, cette critique n’aboutit pas à la réprobation définitive de l’ouvrage que j’examine. Elle en change seulement le titre, et je suis le premier à déclarer que le livre de M. Cruveilhier sera d’un grand secours à ceux qui, après avoir étudié les altérations suivant les éléments, les tissus, les organes et les appareils, arriveront à considérer l’organisme, au point de vue statique, dans la partie de la biologie qui doit traiter des rapports de l’homme avec les milieux.

En un mol, ce que M. Cruveilhier considère comme des principes simples, sont des choses d’un ordre très-complexe, et ne peuvent être que le développement d’une base plus générale.

Donc, en rendant à l’anatomie pathologique ses véritables attributions, on voit qu’elle doit être absorbée provisoirement par l’étude de l’état normal, à titre de moyen expérimental. Si la biologie se contentait de considérer l’être vivant sans l’etudier dans ses rapports avec le monde extérieur, on sent que le plan ne permettrait pas de systématiser toutes les lésions venant d’une cause extérieure; lésions plus complexes, moins géné-

1 58 niSTOinE de la biologie. — ir pabtie,

raies, poi'lant sur plusieurs éléments, tissus et organes. Or, tous ces cas viennent naturellement se grouper dans la partie stati({ue de la théorie des milieux.

On voit donc que les véritables perfectionnements à opérer, après Morgagni, Ludwig et Bichat, consistent, pour la partie générale fondamentale, à étendre l’analyse des altérations aux éléments et aux tissus; et, pour l’anatomie pathologique des organes et des appareils, à suivre le plan basé sur le degré de généralité et d’indépendance réciproque exposé ci-dessus; enfin à coordonner , dans la partie anatomique de la science des rapports, toutes les lésions plus complexes se rattachant aux influences extérieures normales ou accidentelles. Telle est la seule marche que je considère aujourd’hui comme la plus progressive à cause du véritable rôle actuel de l’anatomie pathologique, qui est d’éclairer l’étude de l’homme à l’état normal, proposition qu’il me reste à développer pour terminer ce travail.

La subordination de l’anatomie pathologique à l’art de guérir s’est naturellement établie dès les premières époques de la culture de ce procédé anatomique; et si la considération pratique a mis

EXPÊRIMFNTATION.

(les enlraves à son essor, il faut également reconnaître que la pathologie en a retiré d’immenses avantages. Soit qu’on étudie l’anatomie pathologique aux quinzième, seizième et dix-septième siècles, soit qu’on l’étudie au siècle dernier et de nos jours, on ne peut se dissimuler que les résultats positifs n’ont jamais été en rapport avec l’abondance des matériaux accumulés. Cet état de choses tient essentiellement à la prolongation d’une influence qui pendant un certain temps a été progressive, mais qui tend aujourd’hui à paralyser les impulsions générales de l’étude des altérations. H est, en effet, tout naturel qu’on a dû d’abord étudier les altérations d’un organe en vue d’éclairer ses maladies; et les admirables conquêtes opérées ainsi par l’esprit positif sur le domaine imaginaire de la métaphysique médicale nous font justement apprécier une telle direction. Mais personne ne saurait contester que le développement de l’anatomie pathologique comme de toute la biologie ne peut s’effectuer aujourd’hui qu’à la faveur d’un libre essor scientifique, abstraction faite du point de vue de l’art.

L’avortement inévitable de toutes les doctrines médicales aurait dû faire énergiquement sentir

que tout système de pathologie sera prématuré tant que la science de l’état normal ne sera pas solidement constituée dans toutes les parties. Or, puisque 1 anatomie pathologique est un procédé excellent d’expérimentation, pourquoi l’appliquer préalablement à la pathologie, puisque celle-ci dépend de la science de l’état normal, à laquelle précisément l’anatomie pathologique peut porter les plus grands secours? 11 y a là un déplacement de force qui nuit à la fois à l’anatomie normale, à 1 anatomie pathologique et à la pathologie ellemême. Le seul moyen d’activer le mouvement de toutes ces parties, c’est d’appliquer d’abord l’anatomie pathologique à la démonstration de l’anatomie normale, pour préparer enfin un terrain solide aux doctrines médicales.

Ces réflexions me conduisent à signaler ici un vice de direction du même genre dans la culture actuelle de la physiologie pathologique. On peut également reprocher à ceux qui s’en sont le plus occupés d’avoir trop détaché celle élude de la physiologie normale, dont elle est une suite, et de l’avoir trop prématurément appliquée à la démonstration des problèmes de pathologie. Si l’éminent fondateur de la médecine physiologique

EXPÉRIMENTATION

n’est pas arrivé à systématiser l’ensemble de la pathologie, s’il n’a pu en embrasser qu’une partie, on doit peut-être en chercher l’explication dans cette culture isolée de l’anatomie et de la physiologie pathologique.

Sans prolonger davantage cet examen particulier, je me crois autorisé à conclure que toute tendance à cultiver à part l’anatomie pathologique doit être considérée aujourd’hui comme prématurée. La notion de l’état anormal dépend de celle de l’état normal; l’anatomie pathologique doit donc accepter la direction et la méthode de l’anatomie normale, en vue des plus grands bienfaits à opérer dans l’art médical. Ni la physiologie à peine ébauchée, ni la pathologie qui est à faire, ni l’étude incomplète des altérations, ne peuvent fournir les bases d’une classification. Au contraire, l’anatomie pathologique, rattachée cà l’anatomie régulière à titre de procédé expérimental, contribuera indirectement aux progrès véritables de la pathologie. Mais cette appréciation générale ne saurait être considérée comme une protestation définitive contre la culture isolée de l’anatomie pathologique ; et je pense que lorsque la science de l’état normal sera constituée sur de solides

162 HISTOIRE HE LA BIOLOGIE. — n** PARTIE.

fondements, une systématisation particulière de 1 anatomie pathologique humaine et comparée, ainsi que l’ont judicieusement envisagée Otto et M. Rayer, deviendra la hase directe de la pathologie ; mais en attendant, toutes les jeunes intelligences doivent concourir à rétablissement préalable de la biologie.

L’examen que je viens de faire est en quelque sorte de tout point applicable à l’étude des anomalies. Tout en reconnaissant que la culture isolée de la tératologie a très-heureusement développé la culture de celte partie de la biologie, il faut également constater quelle n’a pas fourni à l’étude de l’état normal tous les documents dont elle s’est déjà spécialement enrichie. On a institué en tératologie, comme en anatomie pathologique, des classifications naturelles, et quand on veut trouver l’histoire des anomalies d’un organe, même très-important, le canal alimentaire, par exemple, il faut prendre un traité de tératologie dans vingt endroits différents. Il y a aujourd’hui un moyen immédiat d’animer tous ces ouvrages, c’est de les fondre méthodiquement dans une construction générale. A propos de chaque organe de chaque appareil, on doit étudier les anoma-

expérimentation.

lies relatives au nombre, à la grandeur, à la forme, à la position, à la connexion, à la couleur, à la consistance, etc., et on aura tout à coup un ordre précieux de documents très -propres à conduire à la notion exacte de l’importance relative des organes. Les grands traités de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1), de Barkow (2), de Otto (3), de Vrolik (4), peuvent, d’après cette nouvelle direction , acquérir une remarquable efficacité.

Après l’histoire de cette partie fondamentale du procédé expérimental, il y aurait à examiner les principaux types de l’expérimentation directe ; mais les remarques théoriques faites à cet égard doivent suffire pour diriger les investigateurs. Quant au nouveau terrain d’expérimentation ouvert par la possibilité d’imprimer des modifications aux milieux dans lesquels oscille l’être vivant, on conçoit qu’il ne peut être exploité con-

(1) Histoire des Anomalies de l'organisation, ou Traité de Tératologie. Paris, 1832-183G. 3 vol. in- 8» et allas.

(2) Monstra animalium dupliciaper anatomen indigata, etc. Lipsiæ, 1828-1835, 2 vol. in-4“.

(3) Monstrorum sexcentorum descriptio anatomica. Uralislaviæ, 1841.

(4) Tabulœ ad illusirandam Embnyogenesim hominis et mammalium tam naluralem quam abnormem. Amsterdam, 1843-1849, in-fol.

venablement que par des esprits également fondes sur les notions cosmologiqnes et biologiques, conditions qui ne sauraient être réalisées que par un enseignement systématique des sciences, dont aucune école ne peut aujourd’hui donner le programme (1).

Am. III, — Comparaison.

J’arrive en troisième lieu à l’examen historique du plus puissant procédé de la biologie, la comparaison. Comme c’est particulièrement en anatomie comparée que le développement de ce procédé s’est opéré, c’est surtout à ce point de vue que je vais faire l’examen suivant. On peut assurer aujourd’hui que la physiologie comparée n’est qu’un appendice de l’anatomie comparée, et qu’elle y accompagne l’anatomie à titre de simple développement, comme dans le traité spécial de Galien sur l’usage des parties. Mais la vraie physiologie comparée est à constituer, et le

(1) Rapport à la Société positiviste par la Commission chargée d’examiner la nature et le plan de l’Ecole positive. 2« édition, Paris, 1850.

COMPAUAISON.

plan qui va résiiUer ici de l’appréciation particulière de l’anatomie servira également à la systématisation du point de vue dynamique.

Le procédé comparatif en biologie comprend la comparaison suivant les différentes parties d’un même organisme, suivant l’âge, le sexe, les races et suivant les degrés de la hiérarchie des êtres organisés. Cette dernière extension du procédé qui va plus particulièrement m’occuper ne permet pas de confondre la comparaison en biologie avec la comparaison qui accompagne toute observation, et d’après laquelle on compare les conditions qui dominent un phénomène et les circonstances de son accomplissement. 11 s’agit ici d’une comparaison très-prolongée d’une suite fort étendue de cas analogues, où le sujet se modifie par une succession continue de dégradations presque insensibles. Telle est la véritable idée qu’il faut se faire de la comparaison en biologie.

Avant d’aborder l’étude de cette partie essentielle du procédé, il est indispensable de consacrer ici quelques indications relativement à la comparaison suivant les âges, surtout pour ce qui a rapport aux premières périodes de l’histoire du développement. L’embryologie, comme beauconp

de fractions de la biologie, a eu besoin jusqu’à ce jour de se constituer un domaine spécial pour être mieux étudiée. Maintenant que cette partie du procédé comparatif a reçu un développement suffisant, il faut qu’elle revienne à son tour déverser dans le courant général de la biologie, et il faut reconnaître qu’à sa source on puise les plus précieux renseignements. En effet, un organe ou un appareil étant donné, s’il est important de se demander ce qu’il y a de fondamental à considérer, on conçoit immédiatement combien les évolutions successives de cet organe seront de nature à fournir de lumineux aperçus. L’anatomie normale de l’adulte, pris dans le type le plus élevé, donnera tout le luxe de cet organe et de cet appareil. Déjà l’anatomie pathologique fera voir le degré relatif de gravité des altérations de cet organe, puis les anomalies montreront quelles sont les parties les plus variables, et par conséquent les moins fondamentales'; puis l’histoire du développement apprendra quelles sont les premières parties formées ; enfin l’anatomie comparée , espèce d’organogénie permanente , achèvera cette série de démonstrations. On voit donc qu’il est très-important d’absorber aujour-

COMI'AKAISON.

(l’iiiii celle élude dans la biologie, car elle a vérilablenienl acquis lous les perfeclionnemenls qu’elle pouvail alleindre, cullivée isolémenl, el sa nouvelle époque commencera du jour où elle se mellra au service de la biologie. En allendant que celle subordinalion soit corivenablemenl sentie, il esl indispensable de ciler ici les travaux intéressants entrepris à cet égard par plusieurs occidentaux, tels que Graal’(l), Wolf (2), Baër (3), Ralbke (4), Bischoff (5), Cosle(6), Pouchet (7), Baudrimont et Martin Saint-Ange (8) et quelques autres, el qui peuvent déjà concourir d’une manière efficace aux différents besoins de la

(1) De mulierum Organis. 0pp. omm. Amsterdam, 1705.

(2) De Formalione inleslinorum,da.as Àct. Peiropol., t. XII et XIII.

(3) Epislola de Ovi mammalium et hominis generi. Leipzig , 1827. Trad. dans le Répertoire d’anatomie de Brescliet, Paris, 1829.

(4) Abhandlungen zur Bildungs-und Enlwickelungs Geschichte des Mens chen und der Thiere. Leipzig, 1832.

(6) Traité du Développement de T homme et des mammifères, trad. par Jourdan. Paris, 1843, in-S» et allas.

(6) Histoire générale et particulière du Développement des corps organisés. Paris, 1847.

(7) Théorie positive de T Ovulution spontanée et de la fécondation des mammifères et de l’espèce humaine. Paris, 1847, in-8°, avec allas de 20 planches.

(8) Recherches anatomiques et physiologiques sur le Développement du fœtus, et en particulier sur l’évolution embryonaire des Oiseaux et des Batraciens. Paris, 1850, in-4.

168 lUSTOlIlE DE LA BIOLOGIE. — 11® PARTIE.

démonsl ration anatomique et physiologique.

Après celle courte indication, je passe à l’examen de la partie qui doit principalement faire le sujet de cet article.

En parcourant le petit nombre de travaux historiques exécutés sur l’anatomie comparée, il est facile d’y noter, relativement à l’origine de ce procédé, un mode d’appréciation essentiellement vicieux, consistant, d’un côté, dans la confusion des simples matériaux sur lesquels s’exerce la comparaison avec la comparaison elle-même, d’un autre côté, dans la singulière prétention d’attribuer à tel ou tel individu la création du procédé comparatif. Si du moment où l’on a disséqué des animaux, on avait fait par cela même des comparaisons, nous appellerions, avec Marc- Aurèle Severin, l’anatomie comparée zoolomia democrilea. Mais Démocrite, pas plus qu’Anaxagore, Alcméon ou d’autres, n’ont fait de l’anatomie comparée, et nous pouvons assurer qu’aujourd’hui on peut en dire autant d’un grand nombre de zoolomistes. Quant aux attributions individuelles de création ou d’invention, il faut reconnaître qu’on n’invente pas plus la comparaison qu’on ne crée la contemplation directe. La

COMPARAISON

lt)9

comparaison esl un procédé d’observation de l’esprit liumain, plus complexe que l’expérimentation ou la contemplation directe, et dont l’emploi dépend du degré d’avancement de l’humanité considérée dans son ensemble, ou plutôt comme un seul être. Il faut donc renoncer à trouver les fondateurs de l’anatomie comparée, et ne considérer les principaux types qui se rattachent à ce mouvement scientifique que comme les plus dignes représentants du degré de perfection auquel était arrivée la faculté générale de comparaison, et reconnaître que les conditions individuelles, quoique indispensables, y étaient néanmoins subordonnées aux conditions générales de l’espèce.

C’est dans le grand Aristote qu’on trouve les premiers grands résultats du procédé comparatif appliqué à l’étude des corps vivants. Aristote fait véritablement delà comparaison sur la plus large base qu’il fût possible d’établir avec les recherches de ses devanciers ou de ses contemporains ; et quelle que soit la puissance mentale de ce chef de la philosophie ancienne, on ne saurait douter qu’il ait opéré sur une grande quantité de matériaux. Hii reste, les nombreuses observations citées par

170 JIISTOIUE DE LA UlOLOGIE. — II® PARTIE.

Aristote et empruntées à Syennesis de Chypre, ;p Diogène d’Apollonie, à Polybe, etc., lèvent toute incertitude à cet égard.

L Histoire des Animaux peut être considérée comme un premier essai sur la solution du problème de l’organisation. En elfet, Aristote n’a décrit spécialement que le type humain, et lorsque après il s’engage dans l’étude des animaux, ce ne sont point les individualités qu’il cherche à caractériser, ce sont les organes; et, chose remarquable, dans ses études générales sur les parties extérieures et intérieures, les vues d’ensemble sont toujours rapprochées du type humain considéré comme mesure. La seule disposition qui nuise au caractère philosophique de ce monument scientifique, c’est que la notion abstraite de l’appareil n’est pas constamment tirée de la considération de l’ensemble des animaux; car, outre la division entre les animaux qui ont du sang et ceux qui n’en ont pas (c’eSt-à-dire qui n’ont pas de sang rouge), Aristote limite ces appréciations à des groupes encore plus restreints. Néanmoins à chaque instant des vues d’ensemble se placent à côté de vues plus particulières, et même, dans la deuxième partie du livre iv, Aristote expose,

COMPARAISON

relativement aux organes des sens, des idées générales tirées de l’ensemble de la série zoologique. On ne peut donc pas douter qu’il ait dignement senti une manière de procéder qui n’a pu se systématiser que de nos jours.

Sans avoir recours à de nouvelles citations, il doit j’ester établi, pour tous les esprits qui ont suffisamment étudié l’œuvre d’Aristote, que THistoire des Animaux manifeste deux tendances très -remarquables : d’une part, l’application de l’ensemble des données zoologiques à la démonstration du type humain, d’autre part, l’étude abstraite de l’organisme dominant l’étude des individualités. Ainsi considéré, cet ouvrage constitue à l’égard des précurseurs d’Aristote la systématisation la plus philosophique qu’on pût concevoir. Après cette admirable généralisation, on ne pouvait que s’engager dans la voie largement ouverte, et ce n’était que par de longues séries de nouvelles recherches qu’on pouvait arriver à construire un second édifice. Le commencement de ce nouveau travail se manifeste énergiquement à l’école d’Alexandrie, et les œuvres de Galien nous ont conservé de nombreux témoignages sur les découvertes ultérieures à la grande élaboration

d’Aristole. Mais il faut arriver aux temps modernes pour suivre avec intérêt cette nouvelle accumulation de faits dont la coordination rationnelle ne pouvait s’effectuer que dans notre siècle. Un des événements qui devaient le plus influencer les progrès de l’anatomie comparée est la révolution anatomique effectuée par Vésale. Dans la nouvelle élaboration, comme dans celle d’Aristote, il était important de fixer l’attention sur le type le plus complexe de la hiérarchie zoologique, afin d’établir nettement le terme principal de la comparaison. Cette influence n’a pas été suffisamment sentie par la généralité des historiens; il est néanmoins évident qu’une telle reconstitution de l’anatomie humaine devait avoir sur les recherches comparatives une action aussi progressive que celle qu’on accorde communément à la zoologie et à la physiologie. Sans nous arrêter ici à une indication, même sommaire, des découvertes particulières effectuées dans les seizième et dix -septième siècles, nous arriverons aux auteurs qui ont précédé de plus près le mouvement philosophique du dix-huitième, et nous nous contenterons de renvoyer, pour l’ensemble

COMPARAISON

de ces premiers faits, aux collections de Blaës (t) et de Valentin ,2),qui,sous la division en animaux terrestres, aériens, aquatiques, recueillirent des séries de descriptions particulières. Mais la principale source d’érudition à laquelle il faut puiser pour les seizième et dix-septième siècles et pour la première moitié du dix-huitième, est le grand ouvrage de Haller, dans lequel la portée physiologique de l’anatomie comparée est si dignement appréciée, et où l’on peut déjà, sous la judicieuse direction des vues de Haller, faire un excellent choix de matériaux. En précisant davantage l’ordre de recherches d’où devaient naturellement surgir les premières idées d’une nouvelle systématisation, je désignerai particulièrement Claude Perrault, Daubenton et John Hunter, dont les travaux servirent de fondement aux conceptions générales de Vicq-d’Azir. Le premier, doué d’une grande variété de connaissances, comprit qu’avec les matériaux de son siècle, il était impossible de songer à un travail d’ensemble; aussi se résignat-il à recueillir des faits. Néanmoins, dans lescin-

(1) Analome animalmtn terreslrium variorum, etc. Amsier dam, U)8I.

(2) Àmphytheatrum zootomicum. Gcssoe, 1720.

quante animaux environ dont il a donné la description (1), il compare les animaux les plus analogues, le hérisson et le porc-épic, le loir et la marmotte. Mais dans Daubenlon les descriptions prennent un nouveau caractère, très-propre à en développer les applications. Dans les 182 espèces de quadrupèdes étudiées dans les quinze premiers volumes de I’Histoire des Animaux (2), les détails descriptifs sont assujettis à un plan uniforme, et à propos de chaque espèce, Daubenton ne manque pas, quand il le peut, de décrire le mâle, la femelle et l’embryon. Il est un point sur lequel je suis personnellement intéressé à appeler l’attention : c’est que Daubenton, considérant avec raison les viscères comme la partie fondamentale de l’animal, en a fait l’objet principal de ses recherches ; et tout ce qui a rapport à la situation, à la figure, aux dimensions et proportions de ces organes, est à la hauteur de nos meilleures recherches anatomiques actuelles. John Hunter ne s’est pas tenu, comme Claude Perrault et Daubenton, à l’étude des vertébrés, et dans les 500 es-

(1) Mémoires de l’Académie royale des Sciences, t. III, U', 2‘ et .3® partie.

(?) Histoire naturelle de Buffon. Paris, 1749.

COMPAHAISON.

pèces environ qu’il a anatomisées, on compte, d’après les manuscrits étudiés par Richard Owen, 42 mollusques et 60 espèces d’animaux articulés (1).

Hunfer n’a pas été un simple collecteur de faits, et les nombreux essais de classification qu’il a voulu fonder sur le système nerveux, les organes génitaux, le cœur, le poumon, démontrent assez la tendance philosophique de ses recherches; ses travaux de physiologie manifestent en outre un sentiment bien net de l’importance du point de vue comparatif. On peut placer comme type accessoire, à côté de Hunter, Pierre Camper (2), dont l’habile crayon a si bien rendu les analogies de forme des vertébrés, et qui, par ses recherches d’ostéologie comparée, a jeté tant de jour sur la nature d’un grand nombre de fossiles. Après ces efforts caractéristiques , joints aux travaux particuliers de Douglas, Hovius, Bidloo, Artedi, etc., etc., des vues générales sur l’organisation devaient spontanément se présenter à tous les bons esprits, au moins pour la série des animaux vertébrés.

(1) OEuires complètes de John Hunier, Irad. de G. Bichelot, Paris, 1842, l. IV, Préface.

(2) OEuvres de Pierre Camper. Paris, an XI.

L’un des hommes qui les ont le mieux manifestées est sans contredit Vicq-d’Azyr (1), qui donna d’abord un remarquable développement à la comparaison, suivant les parties d’un même organisme, et qui, relativement à l’ensemble des animaux, posa d’excellentes bases de comparaison, en consacrant la subordination de la vie animale à la vie végétative. J’ai montré néanmoins, dans mon premier travail sur la méthode, que Vicq-d’Azyr, dans son plan d’anatomie, s’était malheureusement écarté des vues judicieuses que renferme son exposition générale. Quoi qu’il en soit, Vicq-d’Azyr, relativement à la partie supérieure de la hiérarchie zoologique, a influencé, autant qu’il pouvait le faire, le mouvement philosophique moderne de l’anatomie comparée. Pour que les conceptions devinssent de plus en plus systématiques , il était nécessaire d’embrasser l’étude des animaux sans vertèbres. Les travaux de Hunter n’avaient pas eu une suffisante publicité; mais, après ceux de Swammerdam, Réauniur, Adanson, Ch. Bonnet, Étienne-Louis Geoffroy, Othon-Frédéric Muller, Lamarck (2), etc.,

(1) loc. cit.

(2) Histoire naturelle des Animaux sans vertèbres, édition. Paris, 183C-1846. 11 vol. in-8°.

COMPARAISON

on pouvait étendre la comparaison à l’ensemble des animaux.

Le terrain étant suffisamment préparé pour un nouvel édifice, il ne s’agissait plus que de rencontrer certaines conditions individuelles. On peut assurer que si la vie de Vicq-d’Azyr n avait pas été si déplorablement abrégée par la maladie, il aurait sans doute accompli très-dignement cette vaste opération ; mais c’est Georges Cuvier qui, après lui, se trouva le plus favorablement placé pour cette édification. La situation qui s’est présentée pour Cuvier a trop de rapports avec les conditions au milieu desquelles Aristote a écrit son Histoire des Animaux pour qu’un grand nombre d’écrivains n’aient pas naturellement établi une comparaison entre le savant moderne et le chef de la philosophie ancienne; le talent même de coordination de Cuvier a conduit les critiques à ce parallèle honorable. Mais si, d’une part, on doit admirer la coordination de Cuvier relativement à l’ensemble des travaux modernes sur la science de l’organisation, d’autre part il serait illusoire de chercher à établir un rapprochement philosophique entre lui et le type éminent de l’antiquité. On ne saurait même contester

178 HISTOIRE DE LA BIOLOGIE. — Il« PARTIE.

que beaucoup de contemporains, ou même des prédécesseurs de Cuvier, n’eussent rempli des conditions mentales plus élevées; et personne aujourd’hui ne doute que Vicq-d’Azyr, Meckel, Lamarck, Oken, Geoffroy Saint-Hilaire, Blainville, n’aient eu une plus grande portée philosophique. Sans amoindrir davantage un type sur lequel les bons esprits sont actuellement fixés, je ferai un court examen du plan de l’anatomie comparée de Cuvier ; et pour éviter une succession d’analyses sur les auteurs qui ont écrit après lui, j’embrasserai dans une seule appréciation parallèle les anatomies comparées de Cuvier, Meckel, Carus, Stannius et Siebold, et les opérations partielles de Lamarck, Geoffroy Saint-Hilaire et Blainville.

Une première critique applicable à l’ensemble de ces essais, c’est qu’aucun d’eux ne s’appuie sur la véritable base de toute anatomie, l’étude des éléments et des tissus organiques. Je ne puis mieux faire que de citer à cet égard l’énergique remarque laite par M. Auguste Comte, dans son Système DE Philosophie positive : « Quelle peut être la rationalité générale de l’anatomie comparée , même étendue à l'ensemble systématique de la hiérarchie organique, lorsqu’on persiste aiijour-

COMPAKAISÜIN,

d’hui à la réduire, comme on a dû le faire autrefois, à la seule élude des appareils, sans lui donner pour base 1 étude préalable de leurs vrais éléments anatomiques? » (T. 111, p. 495.) Meckel, tout en reconnaissant l’importance de cette élude, n’a rien fait pour combler la lacune regrettable laissée par Cuvier, et s’est contenté de baser l’élude des appareils sur des considérations générales relatives aux lois de formation, sujet plus en harmonie avec les tendances métaphysiques de cet auteur. Blainville a reconnu la nécessité d’une telle base; mais le court résumé placé dans le tome I", sur rorgamsadon des animaux^ a été sans efficacité, même à titre de simple indication. Le fondement général de l’anatomie comparée, à part quelques travaux particuliers , reste donc à faire dans son ensemble. Si actuellement j’arrive à considérer le plan de description des organes et des appareils, j’y trouve au plus haut degré le defaut capital que je crois avoir fait sentir relativement à 1 anatomie humaine. Mais ici les résultats sont si fâcheux quant au but de ces ouvrages, qu il est indispensable de revenir sur la réforme capitale que j’ai proposée à propos de la méthode anatomique.

L’anatomie comparée, comme son nom l’indique, se proposant d’établir des rapports entre tous les êtres organisés aQn d’en tirer les lois de l’organisation, il est tout naturel de penser qu’en entrant dans l’étude des appareils il sera rationnel de commencer par ceux qui sontles plus généraux dans la hiérarchie zoologique, et qui tout d’abord permettront de faire saisir ce qu’il y a de plus fondamental dans l’organisation. Il est, en outre, évident qu’en procédant ainsi on entrera de plainpied sur le terrain de la comparaison, car les rapports et analogies à évaluer ressortiront de l’ensemble des êtres organisés. Or que fait-on depuis Cuvier? On commence par l’élude du squelette. On comprend que Cuvier, qui, avec ses idées sur la prédominance des organes de la vie animale, a eu la naïveté de concevoir V existence momentanée d’un üninicil téduit aux appaveils des sensations et de la locomotion^ ait pu commencer par l’élude des os; mais Cuvier n’aurait pas dû trouver des imitateurs. Meckel, qui, bien mieux que Cuvier, a eu le sentiment des généralités, a compris, en commençant la comparaison par le squelette, la nécessité de l’envisager dans toute la série zoologique, et de donner ainsi à cette étude

COMPARAISON

iSi

une généralité qui n’est certainement qu’apparente; car il est impossible d’espérer qu’un jour on arrivera à tirer des principes généraux d’organisation en rapprochant le squelette des zoophytes ou des échinodermes ou des annélides, de celui des vertébrés. Cuvier, en séparant l’étude des vertébrés du reste de la hiérarchie zoologique, n’a pas suivi une marche aussi philosophique que Meckel, mais il a évité par là la confusion naturelle dans laquelle devait tomber Meckel, en voulant poursuivre dans toute la série, sous une même dénomination, des éléments tout à fait différents.

La généralité des organes de la digestion a été parfaitement sentie par Lamarck dans son introduction aux animaux sans vertèbres (1). Carus (2) imite Meckel ; seulement il étudie le squelette après le système nerveux, mais il aboutit aux mêmes confusions. Stannius etSiebold ont fait un excellent manuel d’anatomie des animaux, mais les nombreuses divisions de l’ouvrage ne permettent en aucune manière de lui donner une

(1) Histoire naturelle des Animaux sans vertèbres. Paris 1815. — 2c édition, Paris, 1835, 1. 1, pag. 55.

(2) Traité élémentaire d'Ânatomie comparée, traduit par A, J. L. Jourdan. Paris, 1835.

place dans la philosophie de la science (I). Ils imitent Cuvier et Meckel pour le plan d’étude des appareils.

Ces diverses appréciations relatives à la méthode nous permettent aujourd’hui de concevoir pour l’anatomie comparée un nouveau plan fondamental sans lequel elle ne saurait prendre un essor progressif. En effet , il devient aujourd’hui indispensable de fonder cette étude sur la considération préalable de la comparaison des éléments des tissus et des systèmes , tandis que l’étude des appareils doit être subordonnée dans sa marche au principe de généralité et d’indépendance réciproque, c’est-à-dire que les organes de la vie végétative seront étudiés avant ceux de la vie animale.

Je termine maintenant cette appréciation en examinant la véritable portée philosophique de ces ouvrages relativement aux principes d’organisation qu’ils ont servi à constituer. On peut, sans être taxé d’une grande sévérité, établir aujourd’hui que, dans beaucoup de ces ouvrages, on ne trouve que de la zootomie coordonnée, et très-peu de comparaisons. Celui qui semble avoir

(1) Manuel d’Anatomie comparée, trad. par Spring et Lacordaire. Paris, 1849.

COMPARAISON

eu le sentiment le plus énergique des analogies n’a pu avoir qu’une influence secondaire sur l’anatomie comparative; car ses premières lois zoologiques, parfaitement démontrées pour la partie supérieure de la série , se sont trouvées pour la plupart réfutées par les autres parties de la hiérarchie organique. Oken, d’un esprit plus étendu que Geoffroy Saint-Hilaire , a malheureusement porté dans l’étude de la comparaison un esprit métaphysique désastreux. Aujourd’hui il est possible de concevoir que, sous l’influence de la nouvelle méthode, dont je viens de donner les bases, on arrivera plus positivement à établir les lois fondamentales de l’organisation. Chercher les lois particulières à une portion de la série, c’est violer le principe de généralité , et s’exposer à rapprocher des faits complexes et spéciaux. Ce n’est qu’en constituant successivement, dans l’ensemble des êtres organisés, les éléments anatomiques, les organes et les appareils, et en soumettant cette étude au principe de généralité , qu’on arrivera à saisir de véritables lois. Mais il y a plus : aujourd’hui qu’une saine théorie historique permet de considérer l’humanité comme un seul être , dont les évolutions successives sont comparables

184 niSTOlRE DE LA BrOLOGlE. — H® PARTIE.

à celles de l’individu , je dirai que dorénavant une loi d’organisation ne sera vraiment fondamentale que tout autant qu’elle s’appliquera aux individus et à l’espèce. On dit, par exemple, que l’un des faits généraux de la hiérarchie zoologique est la complication croissante des appareils , à mesure qu’on marche des types inférieurs vers les types supérieurs ; quand on se place au point de vue physiologique, on arrive à mieux caractériser ce fait en disant, que les organes et les fonctions se séparent et se spécialisent d’autant plus qu’on s’élève à des individus plus supérieurs. Or, cette vue est entièrement applicable à l’être humanité, dont les membres, quoique intimement solidaires, constituent un organisme dont les organes et les fonctions sont entièrement séparés , tandis qu’ils concourent à une vie d’ensemble dont l’étude, fondée de nos jours par M. Auguste Comte, sous le nom de sociologie, procède d’une manière aussi positive que la biologie. Cette nouvelle manière de considérer les lois fondamentales de la biologie déterminera, j’en suis sûr, tous les bons esprits à suivre aujourd’hui la seule marche qui puisse faire éviter des considérations trop spéciales, dont l’importance scientifique dé-

COMPAHAISON. 185

pend de l’établissement des principes les plus généraux.

Bien que je ne doive pas examiner ici les classiGcations zoologiques suivies par les auteurs d’anatomie comparée, je ferai néanmoins ici une observation générale qui se rattache au principe que je défends. La biotaxie actuelle, à part les vues plus progressives dues à BlainviUe , est dominée aujourd’hui par des principes qui n’ont pas une suffisante généralité. On conçoit très- bien que, pour les organismes supérieurs , les organes de la vie animale puissent donner matière à des classifications très-naturelles ; mais que, pour établir des coupes fondamentales, on se base sur autre chose que les organes de la vie végétative, c’est ce que l’observation la plus grossière de l’ensemble des animaux ne saurait comporter. Les vains efforts continués depuis Cuvier pour baser la biotaxie sur la considération du système nerveux resteront stériles, quoi qu’on fasse, relativement aux classes inférieures des animaux. Pour établir de grandes divisions naturelles, ce n’est pas sur des organismes spéciaux qu’il faut se baser, mais bien sur ce qu’il y a de plus général comme organisation. Je suis donc

convaincu qu il s’opérera, à l’égard des appareils de nutrition et de génération, un mouvement d’élaboration aussi énergique qu’il l’a été dans ces derniers temps pour les organes de la vie animale, et que de 1 étude approfondie de ces appareils surgiront les principes de la division fondamentale des animaux. Quand on considère , en biotaxie, les perfectionnements remarquables qui ont été tirés de la considération de certaines parties accessoires du tube intestinal , on peut regarder comme suffisamment fondée une semblable espérance relativement aux notions que pourra fournir la comparaison des parties essentielles de ces appareils.

Tels sont les développements que j’ai cru devoir donner sur la partie la plus importante du procédé comparatif. On a pu voir dans la partie historique que deux périodes très-bien caractérisées se sont présentées depuis ses premières évolutions jusqu’à nos jours. Dans chacune de ces périodes, le développement s’est opéré par une succession de vues de détails de plus en plus homogènes, et aboutissant à une systématisation, représentée, pour la première période, par Aristote, pour la seconde, par les ouvrages de notre

NOMENCLATURE

siècle, dont l’éminent Blainville nous paraît le mieux résumer toute la philosophie.

Je crois avoir fait comprendre finalement que, pour accomplir une nouvelle révolution, il fallait réformer la méthode, et la baser sur une saine appréciation des phases déjà parcourues. J’ai déterminé de cette manière, aussi sûrement qu on peut le faire aujourd’hui, la marche qu’on doit imprimer à la culture de l’anatomie comparée.

Art. IV . — Nomenclature.

Pour terminer ce qui est relatif aux procédés , j’ajouterai un dernier développement accessoire relatif à lanomenclature; moyen beaucoup moins important que les précédents, mais qui, malgré son application restreinte, mérite quelque attention.

Déjà, à propos de la méthode générale de la biologie , j’ai fortement insisté sur la variété d’aspect qu’offrent les diverses parties de cette science. Cette remarque doit être essentiellement rappelée à propos du procédé que je vais examiner, afin de ne pas imaginer la possibilité d’établir un système unique de nomenclature. Mais

on conçoit qu’en variant les bases du procédé, il sera possible d’établir, pour les points principaux, des principes généraux, sans avoir néanmoins la perspective d’y porter la même rigueur que dans la science qui nous offre à cet égard un si bon type. 11 y a en effet dans la notion de composition qui domine toute la chimie, et dans fe dualisme des combinaisons, de quoi expliquer le développement remarquable qu’a si heureusement acquis la nomenclature chimique. Or, les phénomènes biologiques par leur plus grande complexité se prêtent beaucoup moins c\ l’application de cet artifice logique , et tandis que, en chimie, le nom d’un composé résume en quelque sorte son histoire, au contraire, eu biulogie , le nom d’un organe, par exemple, ne peut, dans tous les cas, donner qu’une faible partie des notions qui s’y rattachent.

Malgré le désordre actuel de la nomenclature anatomique, on trouve, à part quelques opérations systématiques que j’examinerai plus loin, les symptômes généraux d’une tendance spontanée vers la meilleure direction qu’il s’agit uniquement de régler aujourd’hui. On rencontre, en effet, suivant qu’on étudie la nomenclature des éléments, des

NOMENCLATURE

tissus, des systèmes, des organes, des appareils, un ensemble de dénominations que le vrai caractère du sujet a naturellement inspirées.

La nomenclature des principes immédiats, trop exclusivement dirigée par les chimistes, a suivi la fortune de la chimie organique, et beaucoup d’expressions traduisent déjà cette influence. C’est par là que la biologie devait surtout se prêter aux empiétements de cette science préliminaire ; mais l’insuffisance des médecins excuse jusqu’à un certain point cette tentative d’absorption ; et comme en définitive les chimistes sont en général fort peu biologistes, toute crainte sérieuse doit cesser, lorsque, surtout, on reconnaît dans la génération actuelle un besoin très-caractérisé de connaissances générales qui fera successivement cesser le désordre et l’inquiétude manifestés aujurd’hui dans les sciences complexes. A l’égard donc de la dénomination des principes immédiats, on ne doit pas redouter l’intervention des chimistes ; il faut au contraire espérer que, sous leur influence, cette partie de la nomenclature se réglera parfaitement, puisque nous avons commencé par reconnaître la propriété particulière de la chimie pour l’emploi de ce procédé.

Les éléments anatomiques, particulièrement étudiés dans notre siècle, ont reçu, en général, des dénominations tirées de leur principal caractère anatomique, et cette tendance doit être évidemment consacrée et réglée. Les mots cellule, globule, fibre, sont au vrai point de vue statique, et une très-courte expérience les a déjà rendus usuels. Mais une telle manière de procéder devait nécessairement rencontrer des difficultés. Lorsque, en effet, on a voulu dénommer des substances complexes, comme la matière cérébrale, par exemple, on s’est trouvé contraint à employer plusieurs mots pour désigner des éléments qui paraissent également essentiels ; et en attendant que le tissu nerveux soit mieux étudié, nous sommes obligés de dire la substance grise, la substance blanche, les tubes nerveux, etc. Mais les progrès de l’anatomie générale tendront sans doute à simplifier ces dénominations.

Les tissus ont été naturellement dénommés d’après les éléments qui les composent. Quand le tissu est simple, le nom même de l’élément, avec la désinence eux, caractérise le tissu : on a formé ainsi les mots fibreux, celluleux, nerveux, contilagineux, osseux, etc. Cette règle doit être

NOMENCLATURE

généralement suivie. Quand le tissu est composé, on combine dans les mots les noms des éléments composants, en terminant le premier par o et le second par eux, et on dit fihfo-celluleux, osléofibreux. A l’égard de cette combinaison, je proposerai d’établir un principe quant à l’ordre dans lequel on place les deux mots. On pourrait convenir que le nom de l’element dominant sera placé le premier et qu’on écrira alternativement tissu fibr O- celluleux, on \.is?,\icellulo- fibreux, selon que la fibre ou la cellule dominera dans la composition du tissu.

Les systèmes dénommés bien avant les éléments et les tissus ont dû naturellement être désignés d’après le nom général des organes qu’ils servaient plus particulièrement à former: des mots os, nerf, on a fait système nerveux, système osseux ; il serait sans doute désirable que la désinence du nom d’un système fût différente de celle du nom d’un tissu, et si, par exemple, la terminaison aire, plus usuelle pour désigner le système cellulaire,élail générale,cela offrirait quelque avantage ; mais à l’égard de certains systèmes, cette règle serait subversive, en ce sens qu’elle bouleverserait un langage profondément établi en anatomie. Cette

192 fnSTOlHE DE LA BIOLOGIE. 11* PARTIE.

observation ne doit donc pas être prise comme une prescription absolue ; seulement le développement incessant de l’anatomie générale pourra peut-etre la mettre a proGt. A l’égard de l’emploi même du mot système, il est important de faire ici une remarque : dans beaucoup de cas cette expression est employée comme synonyme d’appareil ou pour désigner des portions d’appareil ; c’est ainsi qu’on dit : système cérébro-spinal, système veineux, système artériel. On peut aujourd’hui faire très-bien disparaître cette acception du mot système, sans troubler l’exposition anatomique ; on peut même assurer qu’on y gagnerait plus de clarté. Le mot de système, depuis la grande élaboration de Bichat, ayant reçu une signification déterminée, on doit éviter aux esprits une confusion qui tend à altérer la véritable notion des différents degrés de l’analyse anatomique. Je proposerai donc de réserver rigoureusement le mot système pour désigner l’ensemble d’un tissu composant, abstraction faite des organes qu’ü sert à former.

En résumé, le point de vue qui domine la nomenclature des éléments, des tissus et des systèmes, est assez homogène, sauf les irrégularités qui

NOMENCLATUUE.

tiennent à la marche suivie dans le passé pour le développement de cette partie préliminaire de l’anatomie. En passant aux organes et aux appareils, nous allons voir le point de vue statique subir, dans la nomenclature, une modification très-notable. Comme on rencontre des séries d’organes appartenant à un même système et ayant une destination analogue, je vais montrer comment le procédé de la nomenclature a pu recevoir dans plusieurs parties une application systématique très-heureuse.

Trois considérations ont dominé naturellement à toutes les époques dans les dénominations d’organes : la forme, la situation, \erôle. La forme, très-propreà diriger la nomenclaturedeséléments, a conduit pour les organes à des expressions trèsvagues, par suite de la nécessité de recourir à des comparaisons presque toujours inexactes, et, bien que le langage actuel doive faire respecter un bon nombre de ces expressions, il en est, au contraire, qu’on doit tout à fait abandonner, d’autant plus que des synonymes plus significatifs sont venus les remplacer dans quelques cas.

La situation a déterminé des expressions plus heureuses que la considération de forme, mais

194 HISTOIRE DE LA BIOLOGIE. — u' PARTIE.

cette nouvelle influence était subordonnée aux progrès mêmes de l’anatomie. La situation prise comme base de nomenclature par Cbaussier, pour la dénomination des muscles, a conduit à un perfectionnement très-beureux dans l’étude spéciale de ces organes: il faut dire que le sujet particulier de la myologie se prêtait admirablement à cet artifice; il s’agissait en effet de dénommer un grand nombre d’organes ayant une desliuation analogue et ayant la même composition ; seulement il fallait saisir le caractère essentiel de chacun d’eux; or, les muscles représentant la partie active de l’appareil locomoteur et les os la partie passive, le fait le plus important à déterminer était, comme Cbaussier l’a très-bien senti, le point d’attache des muscles. Ce point de vue simple a suffi pour imprimer à la nomenclature une efficacité très-remarquable; car, outre la notion statiquequi résulte du nom du muscle, on a encore son appréciation dynamique. Ce procédé particulier a donc eu un intérêt d’autant plus puissant que, du temps de Cbaussier, il régnait encore une très-grande confusion dans la description des muscles. Bien que la considération de situation domine assez généralement la nomenclature des vaisseaux

NOMENCLATURE

et des nerfs, cependant une étude particulière de ces organes y amènera des perfectionnements ultérieurs; mais il faut reconnaître que le développement de la physiologie aura à cet égard une influence désirable. Dans la dénomination des nerfs, par exemple, la nomenclature actuelle donne relativement à la direction de certains nerfs des notions que la physiologie seule pourra vérifier d’une manière positive.

J’arrive en troisième lieu à la considération du rôle de l’organe sur lequel on a basé un grand nombre de dénominations. Lorsque l’action d’un organe est clairement déterminée, on peut en tirer dans quelques cas une base excellente de dénomination ; mais la grande complexité des fonctions, d’une part, et le vague qui existe, d’autre part, dans beaucoup de cas, quant aux fonctions elles-mêmes, rend cette considération trop incertaine. 11 faut donc, en résumé, chercher plutôt dans la situation la direction, les rapports, le principe le plus général pour la nomenclature des organes, afin de conserver encore à cette étude son vrai caractère statique.

Les appareils ont été particulièrement étudiés au point de vue physiologique, et ta physiologie a

clalure pathologique, qui, sous prétexte de servir à l’etablissement de l’ordre en pathologie, peut être considérée comme profondément anarchique. Quand l’anatomie normale et pathologique n’est pas solidement fondée, quand la physiologie normale et anormale est à peine ébauchée, de quel droit vient-on subordonner brutalement tel ordre de phénomènes à tel genre d’altération ? Toute tentative de ce genre est aujourd’hui prématurée. Peut-on se méprendre sur le vague des particules hyper, hypo, pan, poly, mono, etc., ou des désinences sténosie, ectasie, sclérosie, malaxie, diastasie, etc., en pathologie? et pense-t-on que leur signification soit aussi bien déterminée que le sont en chimie les particules hyper, hypo, sesqui, per, ou les désinences ique, eux, ure? Cela ne peut tromper personne. Quand l’auteur de l’Onomapalhologie fonde le succès de sa nomenclature sur celui de la nomenclature chimique, il prouve qu’il méconnaît la différence essentielle qu’il y a entre le degré de complexité des phénomènes chimiques et des phénomènes biologiques ; mais il oublie surtout que l’établissement de la nomenclature chimique a été subordonné à un développement préalable de cette science, et alors même

NOMEKCLATÜRE.

que la biologie serait aujourd’hui comparable à ce qu était la chimie du temps de Lavoisier, on pourrait encore considérer la nomenclature pathologique comme devant avoir peu d’efficacité, puisque les maladies ne sauraient être suffisamment définies par leur siège. Enfin on peut adresser à la nomenclature de M. Piorry un dernier reproche, c’est que, si elle était acceptée, elle servirait à développer la déplorable divergence qui existe aujourd’hui sur les plus simples problèmes de pathologie. M. Piorry pense qu’il y aurait avantage à servir cette anarchie par une nomenclature élastique propre à désigner tout ce que l’on voudrait. Je pense que ce nomenclateur restera seul de son opinion.

Ces développements suffiront pour le moment à la direction générale qu’on doit donner en biologie à la nomenclature, et feront éviter les écueils d’une aveugle application, dont la biologie pourrait souffrir si on s’obstinait à y confondre la vraie nature des phénomènes, par l’emploi rigoureux d’un procédé essentiellement propre à la chimie.

Ici se termine donc la série des prescriptions théoriques que comporte le mouvement actuel de

la biologie et les documents relatifs à son histoire. Je vais essayer d’en résumer l’ensemble dans les conclusions suivantes.

CONCLUSIONS

La biologie, comme les sciences qui lui ont servi de préambule, prenant à son tour un libre essor théorique, doit finalement servir de base à quatre arts principaux : la médecine , la chirurgie, l’éducation et la zootoxie. Bien que toutes les parties de la biologie doivent concourir au perfectionnement de ces arts, cependant chacun de ceux-ci affecte plus particulièrement des rapports avec telle ou telle partie de la science. Malheureusement , dans la pratique on se borne le plus souvent à l’étude de ces principes théoriques correspondants : les médecins cultivent plus ou moins la physiologie; les chirurgiens développent surtout leurs connaissances anatomiques; les classificateurs se bornent à envisager l’extérieur des êtres vivants; enfin l’art de cultiver les animaux n’est soutenu que par un très-petit nombre de règles. Les désavantages et les dangers

CONCLUSIONS

d’une telle spécialisation dans les vues théoriques ressortent d’eux-mêmes. Si les classificateurs avaient des idées arrêtées sur la relation des appareils, l’étude de l’enveloppe extérieure des êtres vivants pourrait leur suffire; mais ce sentiment ne peut être aujourd’hui que très-borné : aussi trouve-t-on, particulièrement dans cette classe de praticiens, un défaut complet de notions précises sur la subordination de l’animalité à la végétalité ; on peut même constater dans les plus belles coordinations une insuffisance très-marquée pour l’arrangement des espèces inférieures , par suite de la trop grande exagération donnée aux appareils de relation.

Les chirurgiens ont puisé, dans l’anatomie, des procédés habiles et une grande sûreté; mais ils sont devenus téméraires; et c’est la physiologie qui, dans beaucoup de cas, servirait à les tempérer.

Les médecins, bien moins favorisés, sentent depuis fort peu d’années le lien étroit des phénomènes pathologiques avec les phénomènes normaux, et la physiologie, sur laquelle ils ont tant besoin de s’appuyer, commence à peine son ère positive.

Enfin la culture des animaux devrait se fonder

essentiellement sur la théorie des milieux, dont le cadre est à peine tracé, et se trouve par conséquent abandonnée aux inspirations pratiques.

La première réforme à accomplir dans un tel milieu, c’est qu’un art biologique quelconque soit dominé par l’ensemble des principes théoriques déduits de l’étude systématique des êtres vivants. Il faut, en un mot, que les praticiens sachent tout ce qu’ils doivent savoir pour motiver l’ensemble de leurs déterminations techniques.

Mais ce n’est pas seulement en vue de perfectionner les arts dont je viens de parler que la biologie doit être développée, c’est encore comme préambule de la sociologie, afin que le médecin puisse enfin aspirer noblement à ce sacerdoce philosophique qu’il a si vainement rêvé jusqu’à ce jour.

Pour avoir à tous égards une grande portée spirituelle, il a toujours manqué deux choses aux médecins : d’une part, une saine éducation scientifique qui ait préparé leur cerveau à tous les genres de conceptions ; d’autre part, un sentiment profond de la science finale destinée par sa réaction à discipliner l’ensemble des sciences, et la biologie en particulier.

CONCLUSIONS

Si la génération actuelle, éclairée d’ailleurs par une révolution qui dure depuis plus de soixante ans , voulait bien se pénétrer de ces vérités, on verrait bientôt s’organiser un nouveau pouvoir spirituel capable de régler la transition actuelle, et c’est de la classe médicale que surgiraient, sans doute, les principaux éléments de la réorganisation des opinions et des mœurs.

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