ARCHITECTURE GRECQUE
Les Grecs ont jeté un si g’rand éclat dans le monde, ils se sont élevés si haut dans les arts, qu’il est intéressant de rechercher d’où sont venus les éléments de ces arts, par quelle voie ils ont été introduits en Grèce et comment ils s’y sont développés.
Nous avons facilement trouvé en Eg’ypte tous les principes de l’art ég'yplien; mais c’est en vain qu’on chercherait en Grèce les orig’ines de l’art grec. Les constructions pélasg-iqucs ne contiennent aucun élément artistique. Les tombeaux des Pélasg'es ne sont que des monceaux de terre en forme de tumulus; leurs temples n’étaient que des autels ou hiérons se composant d’une g’rande plate-forme à trois dégagés; les sacrifices se faisaient à ciel ouvert. « Dans les temps les plus reculés, dit Pausanias, on rendait les honneurs divins, dans toute la Grèce, à des pierres hrutes qui tenaient lieu de statues (1). « Dans la suite des temps, on plaça des têtes sur ces pierres, usag’e qui s’est conservé principalement pour les Hermès. Puis, lorsqu’on reçut d’Ég’yptc ou d’Etrurie des statues qu’on disait tombées du ciel, on construisit des sanctuaires couverts pour les abriter.
Sur le mont Ocha, un des sommets de PEuhée, existe un petit temple
(1) Liv. VII, cha(». xxu.
d’une simplicité primitive, sans colonnes, couvert par des dalles plates qui s’avancent les unes sur les autres en surplombant (1). Cet antique édifice, de 12 mètres de long“ueur, dont les murs sont d’un appareil grossier, est le véritable type des plus anciens temples grecs.
Les murs du sanctuaire du petit temple de Thémis, à Rhamnus, offrent aussi un appareil cyclopéen. On démolit le mur de face au siècle de Périclès, et on le remplaça par deux colonnes et deux antes. Nouvelle preuve que les anciens sanctuaires avaient un pronaos fermé, mais point de colonnes.
Selon Pausanias : « Le temple d’Apollon, à Még’are, était anciennement en brique. L’empereur Adrien l’a fait rebâtir en marbre blanc (2). » Et pourtant on a cru voir dans cet auteur des témoig‘nag*es en faveur de la vieille hypothèse suivant laquelle la cabane serait le prototype de « V architecture grecque dans toutes ses parties (3) ».
Pausanias parle, il est vrai, de colonnes de bois dans quatre passag*es différents :
1" (L. II, c. vu) : « Les Sicyoniens entourent leurs morts à peu près comme les autres Grecs; mais, lorsque le corps a été par eux couvert de terre, ils l’entourent d’un petit mur, avec des colonnes qui soutiennent un faîte pareil aux frontom des temples. » Et (L. VI, c. xxiv) : « J’ai vu, dans la place publique d’Elis, un temple de la forme suivante : il n’est pas élevé, il n’a point de murs, mais seulement un toit soutenu par des colonnes de bois de chêne travaillé; les g*ens du pays conviennent que c’est un monument sépulcral. » Il s’ag*!! évidemment ici d’une espèce de hang'ar abritant un tombeau et non d’un temple.
2“ (L. V, c. xx) : (( A Élis, en allant du g*rand autel vers le temple de Jupiter, vous trouvez la colonne que les Éléens nomment la colonne d’Œuomaüs... Cette colonne est en bois. On prétend qu’elle faisait partie de la maison d’Œnomaüs. » Ici encore il est question d’une colonne n’appartenant point à un temple, et ce vieux point d’appui vermoulu devait ressembler bien plus à un poteau qu’à une colonne dorique.
(1) Voir un Mémoivc .sur l’ilc d’Euhêc, par M. Lirard, membre de l’Ecole d’Athènes.
(2) Liv. I, cliap. XLii.
(3) Quatremère de Qiiincy, Bictioniviirc, an mot cabane.