CHAPITRE IV
Diodore fait observer avec raison que plusieurs des actions d’Hercule s’appliquent mal au temps où les Grecs font naître leur Aleée;
« mais qu’elles s’adaptent parfaitement, comme les Ég-yptiens l’affirment, à l’époque de la première orig-ine des hommes. Ainsi, dit-il, la massue et la peau de lion ne peuvent convenir qu’à l’Hercule antique, paree que, dans le temps où il vécut, l’art de fabriquer des armes avec les métaux n’étant pas encore inventé, les hommes ne se servaient que de bâtons pour repousser leurs adversaires, et n’avaient, pour se mettre à l’abri des eoups de leurs ennemis, que des peaux de bêtes. Alcée fut par la suite appelé Héraclès ou Hercule, non parce que sa g-loire vient de Junon, mais parce que, dig'ne émule des travaux de l’antique Hercule, il hérita à la fois de sa célébrité et de son nom. Enfin, ce que les Eg’yptiens racontent s’aceorde avec la renommée qui, de temps immémorial, s’est conservée parmi les Grecs, et suivant laquelle Hercule purgea la terre des animaux qui l’infestaient, tradition que l’on ne peut cependant appliquer à l’Hercule qu’ils font naître seulement une génération d’hommes avant la guerre de Troie, puisque alors la plus grande partie de la terre était civilisée, l’agriculture pratiquée, que des villes existaient et que beaueoup de contrées se trouvaient déjà peuplées d’une foule d'habitants. Mais ee premier pas en faveur de la civilisation des peuples se place bien plus naturellement dans les temps reculés où les hommes étaient encore exposés à la fureur d’un grand nombre d’animaux sauvages, et surtout dans l’Egypte, qui touche à des régions plus élevées et encore ou désertes, ou habitées par des bêtes féroces. 11 était donc tout naturel qu’Hercule, qui regardait eette contrée comme sa patrie, après avoir employé son bras à la purger des monstres, ait livré ensuite la terre aux travaux des agriculteurs, et mérité, par un tel bienfait, de participer aux honneurs divins (1 ). »
Ap rès Phtlia et ses successeurs, formant la première dynastie, trois rois (2) régnèrent en Egypte pendant quatre-vingt-six ans (3). Ces rois
(1) Diodore de Sic., liv. I, cliaj). xxiv.
(2) Atmou, Tlioé et Thorré.
(.3) De l’an 10017 à l'an lOoOl av. .I.-C.
furent considérés comme des incarnations successives du dieu Phré (le Soleil). Diodore place en effet le Soleil parmi les dieux terrestres. Dans la suite, un usag-e analog-ue devint g-énéral; l’incarnation ne fut plus l’attribut de l’autorité suprême, mais on se dit Fils du Soleil, et c’est ce que sig-nifîe le titre de Pharaon, porté par tous les rois d’Ég-ypte.
Immédiatement après ces trois rois commence le règ-ne d’Ag-atbodæmon, le troisième Hermès. C’est lui qui, comme nous l’avons vu plus haut, transcrivit en caractères hiérog'lyphiques les stèles de Pahetnofré, le premier Hermès, lesquelles étaient en caractères hiérographiques; ceci nous porte à croire qu’Ag’athodæmon a puissamment modifié et perfectionné l’ancien système g*rapliique.
Afin d’apprécier la part qui peut lui appartenir dans cette gnande invention, il est bon d’exposer brièvement ici quelques faits qui éclairciront ce point important.
On a cru longtemps « que l’écriture ég’yptienne, dite hiérog’lypliique, ne représentait nullement le son des mots de la langue parlée; que tout caractère hiéroglyphique était le signe particulier d’une idée distincte ; enfin, que cette écriture ne procédait à la représentation des idées que par des symboles et des emblèmes (1) » : Champollion a complètement détruit ces erreurs.
« L’écriture sacrée égyptienne, dit-il, comptait trois classes de caractères bien tranchées :
« 1” Les caractères figuratifs, qui expriment précisément l’objet dont ils présentent l’imagée;
« 2“ Les caractères symboliques, qui expriment les idées abstraites par des images d’objets physiques ayant des rapports avec les objets àe'A idées qu’il s’ag’issait de rendre graphiquement;
U 3“ Les caractères qdionétiques ou signes de son, les plus importants, qui représentent, non des idées, mais des sons ou des prononciations, et dont la série constitue un véritable alphabet (2). »
Les Égyptiens ont dù naturellement commencer par le système le
(I) Champollion, Gmmin. éyypt., inlrod., p. vij.
(i) Ibid., p. 23, 27.