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ORIGINE DES ARTS

Chez les Ég'yptiens, écrire et peindre sont synonymes, et l’ancienne lang’ue n’a qu’un seul et même mot pour exprimer ces deux idées. C’est qu’en effet, le système liiérog-lyphique ne se composant que d’imag’es, écrire et peindre (ou dessiner) ne sont chez eux qu’une seule et même chose. A l’invention de l’écriture remonte donc tout naturellement l’invention du dessin. Le premier, ou plutôt les premiers Hermès, car il y en a plusieurs, appartiennent, par conséquent, au sujet que nous traitons. Nous nous emparons d’autant plus volontiers de ces personnag’es, véritablement historiques, qu’ils sont, ce nous semble, d’un intérêt g’énéral; c’est la source primitive d^où découlent toutes les connaissances humaines.

Les Eg’yptiens comptaient, suivant Manéthon (1), quatre Hermès. Ce fait est pleinement confirmé par les monuments. Les imag’es de ces quatre Hermès, accompag’nées de leurs attributs, couvrent les parois du temple de Dakkeh , en Nubie. L’un de ces personnag’es tient un caducée, comme l’Hermès g’rec, le Mercure des Romains.

Il est utile de rappeler ici qu’en Ég’ypte, non-seulement l’écriture biérog’lypbique est complexe, mais aussi que plusieurs g’enres d’écriture étaient en usag’e. 11 n’est pas vraisemblable que ces diverses complications soient l’œuvre d’un seul bomme. La raison veut, au contraire, que la méthode la plus simple ait été inventée d’abord, et que le développement de la civilisation ait enfanté des perfectionnements succes-

l'I) (lil.r pnr Le Syncelle, Chronoqr., p. 720.

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sifs. Les écritures ég'yptiennes peuvent se diviser en quatre classes (1), et c’est précisément le nombre des personnages honorés comme inventeurs de Fart de fixer graphiquement la pensée. 11 est, par conséquent, très-probable que l’invention de chacune de ces classes appartient aux quatre Hermès que nous venons de citer.

Le musée de Turin possède un très-ancien et très-précieux monument. C’est un autel en granit noir qui contient sur son fût cylindrique, outre la légende du roi qui le fit ériger, vers l’an 3200 avant J.-G., une longue nomenclature de ces personnages que les Egyptiens nommaient dieux terresfxes [^) ». Les plus anciens de ces dieux, mortels (3), » sont rang’és par ordre chronologique, et l’on y trouve précisément les noms des quatre Hermès.

L’Hercule égyptien, Kaï, s’y trouve aussi, placé au milieu des Hermès, et un passag’e de Diodore de Sicile, qui donne la date de ce personnag’e, nous permet de fixer approximativement l’époque de ceux qui l’entourent. Diodore nous apprend en effet que « l’Hercule grec est né d’Alcmène de dix mille ans après l’Hercule égyptien (4) » .

Alcée, ou l’Hercule grec, est antérieur d’une génération (ou trente ans) à la prise de Troie, laquelle est de l’an 1183. L’Hercule égyptien remonte, par conséquent, au moins à l’an 11213 avant notre ère (5).

Nous comptons, de cette date au règne de Phtha, 291 ans.

C’est pendant cette période que vécurent les deux premiers Hermès, nommés sur les monuments : Pahetnofré et Arihosnofré. Les annales d’une nation ne pouvant guère s’étendre au-delà, de l’invention de l’écriture, il est permis de croire que Pahetnofré, le plus ancien des Hermès, est d’une époque voisine du premier roi divinisé.

Il paraît, d’après Manéthon, que ces primitives annales, si vénérables par leur antiquité extraordinaire, étaient de véritables monuments.

Elles se composaient de « stèles conçues en dialecte sacré, et gra-

(1) 1“ Système figuratif; 2“ système symbolique; 3° système plionétique ou alphabétique ;- 4“ écriture hiératique.

(2) Diodore de Sic., liv. I, chap. xm.

(3) Ibid.

(4) Liv. I, chap. xxiv.

vées par le premier Hermès, en caractères hiérog'raphiques, puis traduites (ou plutôt transcrites) en caractères hiérog'lyphiques par Ag'athodæmon, le troisième Hermès, et déposées en des livres dans les sanctuaires des temples de l’Egypte (1) ».

Il est difficile de savoir au juste ce qu’étaient ces premiers caractères hiérographiques inventés par Pahetnofré. Quoi qu’il en soit, toujours est-il que les sig*nes purement idéog’raphiques , c’est-à-dire n’ayant aucun rapport direct avec les sons des mots de la lang’ue parlée, mais représentant chacun une idée distincte, ont dù évidemment, dans l’orignne, constituer seuls l’écriture hiérog'lyphique, comme on l’a observé aussi pour l’écriture chinoise.

Les Eg’yptiens disaient qu’« Hermès fut le premier qui observa l’harmonie produite par les voix et les sons naturels (2) ». Or, le nom du second Hermès, Arihosnofré, sig’nifie, selon Champollion : « celui qui produit les chants harmonieux (3) ». Nous devons donc reconnaître en lui l’inventeur de la musique.

Après Arihosnofré apparaît dans l’histoire l’Hercule ég'yptien, à qui l’on attribue les premiers travaux entrepris pour rég’ulariser les inondations périodiques du Nil.

On rapporte, én efîet, « que, vers le temps de l’année où l’astre de Sirius commence à se lever (époque à laquelle le Nil a la coutume de g’rossir), le Iteuve, renversant dans sa fureur toutes les barrières, inonda la plus g-rande partie de l’Ég'ypte, où il fit de g*rands ravag’es. Mais Hercule, qui sut accomplir tant de pénibles entreprises, s’empressant d’employer la force de son bras pour arrêter ces ravag’es, combla promptement les déchirures que les eaux avaient faites dans les rives du fleuve, et le força, par les canaux qu’il lui creusa, à rentrer dans son premier lit (4) » .

(1) Uodicace de Maiiétlioii à Ptolémée Pliiladelphe, citée par Le Syiicelle, Chronogr., p. 72.

(2) Diodore de Sic., liv. I, chap. xvr.

(3) Trad. de Cliampollioii,ief</’es d’Égypte, p. 14!) : Arihosnofré est un nom composé de

trois mots égyptiens conservés dans la langue copte : Api, fnc, facite; 2(jOC, canticiim; iioqpe^ honum. »

(4) Diodore de Sic., liv. I, chap. xix. La phrase soulignée est tirée du Scoliaste d’Apollonius de Rhodes, qui rapporte le même fait. V. 1230 à 1253, liv. IL

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