CHAPITRE VL
Le temple de la Concorde, à Agrigentc.
Cet édifice a conservé ses colonnes extérieures et ses deux frontons, ce qu’il doit à sa conversion en église au xv° siècle. Les savants pensent que c’est un des temples somptueux érigés, selon Diodore de Sicile (1), par les Agrigentins après la célèbre bataille d’Himère, laquelle date de l’an 480 avant notre ère. Or, Agrigente est la dernière cité importante élevée en Sicile par les Grecs. Elle ne fut fondée que l’an 580, 155 ans après Syracuse, 71 ans après Sélinonte.
Le temple de la Concorde, d’après la proportion et le caractère de ses détails, est bien certainement très-postérieur au temple de Neptune, à Pæstum, et aux autres temples du même mode. Rien ne s’oppose donc à ce que ce soit un des monuments érigés à Agrigente, selon Diodore, un siècle après la fondation de la colonie.
Nous avons la bonne fortune de rencontrer pour la seconde fois un exemple de vieux dorique étudié par des architectes pensionnaires de l’Académie de France à Rome. M. Delannoy a envoyé, en 1830, de trèsbons dessins du temple de la Concorde, à Agrigente (2). Le même travail a été fait par M. Raltard en 1836. D’après ces études, comprenant l’état actuel complet de l’édifice, nous allons constater que le mode hexamétrique parfait y a été rigoureusement observé.
La hauteur de l’entablement et de l’abaque, selon M. Delannoy, est
de 3“', 220, ou 2 modules.
Cette hauteur multipliée par 2 serait de. . . 6"', 440, ou 4 —
La hauteur de la colonne, moins l’abaque,
est, selon M. Delannoy, de G"*, 435,
Selon M. Raltard, de 6™, 445,
Et, en moyenne, de. . : 6"’, 440, ou 4 —
Les caractères de postériorité de ce monument sont principalement : l’architrave, à peine plus haute que la frise et fortement en surplomb
(1) Liv. XI, cliap. XXV.
(2) Ces dessins sont à la ])ibliotIiè(iuc de l’Ceolc des licanx-arts.
sur les colonnes ; le chapiteau, moins haut et surtout moins saillant que les anciens; les colonnes serrées, diminuées du haut de 2/9 seulement, mais affaiblies à leur hase, ce qui leur donne la proportion de 4 diamètres 3/4 et explique ou même justifie le retour au nombre ving^t pour les cannelures. Malg'ré cette proportion, dépassant en élég-ance toutes les colonnes du mode hexamétrique (moins celles du temple F, qui sont dans des conditions exceptionnelles) il y a harmonie entre l’entablement et les colonnes, parce que, celles-ci étant plus serrées que de coutume, l’ensemble de l’édifice a moins de larg*eur comparativement à sa hauteur, et, par conséquent, chaque point d’appui moins de charg'e à supporter. Ce qui nous semble le plus remarquable, c’est que, sans sortir du mode hexamétrique et sans même le modifier, on a obtenu une nouvelle nuance de style, moins grave, moins imposante que l’ancienne, mais plus élégante.
En résumé, tout en observant la règle principale, on a évidemment voulu, dans ce monument, donner plus d’élégance à l’ensemble et aux détails, d’où il résulte qu’il se rapproche beaucoup, comme caractère, des âges suivants.
Nous ferons principalement observer dans le tableau ci-contre la proportion des entre-colonnements, mesurée d’axe en axe des colonnes, moins les colonnes d’angde, toujours plus serrées. La cote moyenne est bien peu au-dessus de deux modules, et nous avons trouvé le temple de la Concorde en harmonie, bien qu’il n’ait que 1 944 d’axe en axe des
colonnes et un diamètre de 0'"°‘*-,896. 11 est évident qu’en augmentant proportionnellement ces deux dimensions on obtiendrait une harmonie fort analogue. Ainsi : l™°‘^-,944 : 2‘"°‘'-,000 :: 0’"°‘'-,8960 : 0'"“‘’‘,9218 : (1). Ceci nous révèle un principe fondamental important que nous retrouverons dans d’autres modes ; la hauteur totale de l’ordre est égale à trois entre-colonnements (d’axe en axe).
(Ij A Pæstum : 110: 2‘"'>‘'',0ÜU :: 0'’>"‘'-,OG7 : 0103.