LIVRE V. — APPENDICE
leur caractère archaïque produit une monstrueuse discordance et prouve que cet édifice n’est qu’un maladroit plag’iat.
Selon les Düeüanti, « le temple de Némésis, à Rhamnus, peut être « reg^ardé comme un ouvrag’e des plus belles époques de la Grèce. »
Hittorff, en traduisant ce passag-e, renchérit encore là-dessus :
« Il y a, dit-il, une telle conformité dans la disposition du plan, (( dans les proportions g’énérales et particulières de ce temple avec « l’ensemble et les détails du temple de Thésée, à Athènes, que nous (( croyons ne rien hasarder en supposant que ces deux édifices sont « l’ouvrag’e d’un même artiste (1). »
Nous répondrons à tout cela :
1*^ Que le temple de Némésis et le monument de Thésée sont si peu l’ouvrag’e d’un même artiste, que le temple athénien est parfaitement conçu suivant les proportions du mode heptamétrique, tandis que celui de Rhamnus est conçu suivant un mode intermédiaire d’époque postérieure.
2“ Le plan, loin d’être conforme au plan du temple de Thésée, est plus romain que g*rec. Les DUettanti ont même remarqué cette particularité. « Le temple de Némésis, disent-ils, est le seul exemple connu « dans lequel les antes et les colonnes du pronaos se trouvent élevées « sur l’axe des colonnes de la façade. » Nous ferons observer que « cet exemple » est bien en effet « le seul », mais en Grèce, et non en Italie, où, à toutes les époques, les Romains n’ont jamais fait autrement.
Quant à la similitude des détails avec le temple de Thésée, il suffirait de citer, par exemple, la g^rande cymaise qui, à Rhamnus, couronne les faces latérales du temple, et qui n’était point en usagée avant le siècle d’Alexandre.
L’édifice, connu sous le nom de temple d’Apollon Epicurius, à Rassæ , mérite une mention particulière; il jouit d’une g-rande renommée, parce qu’on le confond g’énéralement avec un temple décrit par Pausanias et construit par l’architecte du Parthénon.
(I) Note du cliap. vi, p. 40.
Nous ne croyons pas que le monument publié par Cokerell, puis par Blouet (1), soit celui que Pausanias attribue à Ictinus.
Voyons d’abord le texte g’rec.
« Phig'alie est entourée de montag*nes. Le mont Gotylius est tout au « plus à quarante stades de la ville ; on remarque sur cette montag'ne (I un endroit nommé Bassæ, où est le temple d’Apollon Epicurius, « f/ui est tout en marbre, même le toit. De tous les temples qui sont dans « le Péloponnèse, c’est, après le temple de Tég’ée, celui qu’on admire « le plus pour la beauté du marbre et l'harmonie des proportions. Ictinus, (( rarcbitecte du temple de Phigalie, lïorissait du temps de Périclès et (( a construit le Parthénon d’Athènes. » (Pausanias, Arcadie, liv. VII, (( cliap. XLi.)
Ainsi, le mont Gotylius, où l’on remarque un endroit nommé Bassæ et le temple d’Apollon, « le mont Gotylius est tout au plus à quarante « stades de la ville ».
Or, selon Blouet, « le temple est situé à deux heures et demie de « marche de la ville ».
On admet généralement qu’un piéton fait par heure une lieue de 2,400 toises ou 4,680 mètres. G’est donc, pour deux heures et demie, 11,700 mètres, qui font soixante-trois stades, et non quarante tout au plus.
« Le temple d’Apollon Epicurius est tout en marbre, même le toit. « G’est, après le temple de Tégæe, celui qu’on admire le plus pour la « beauté du marbre. »
Le temple publié par Blouet est en pnerre calcaire.
Pausanias ajoute « qu’on admirait aussi le temple de Phig'alie « pour l'harmonie des pyroportions , et qu’Ictinus en fut l’architecte ».
Nous avons comparé, suivant notre méthode, le prétendu temple de Phig'alie aux monuments doriques du siècle de Périclès, et nous pouvons affirmer que Vharmonie des proportions y fait complètement défaut. La corniche est d’une faiblesse extrême, et les colonnes, au contraire, beaucoup plus courtes que celles du Parthénon et des Propylées, d’où
(I) Expédition de Marée.