LE COLISÉE
Le théâtre de Marcellus offre le second exemple (1) d’un ordre dans des conditions tout exceptionnelles. Les colonnes, eng*ag*ées dans des pieds-droits d’arcades, y font l’office de contre-forts, ce que nous avons déjà vu au Tabularium; mais ici l’édifice, devant avoir nécessairement plusieurs étag’es, a fait naître l’idée de plusieurs ordres superposés. On a bien, au g'rand temple de Pæstum, un exemple g’rec de superposition d’ordre, mais le second ordre est très-subordonné au premier ; d’ailleurs, les deux colonnes ne formant qu’un seul et même point d’appui, il n’y a, en réalité, qu’un seul étag’C. Aussi, le théâtre romain, avec ses nombreux escaliers sous les g'radins, ses trois étag'es de portiques donnant accès à toutes places, est-il non-seulement une combinaison des plus ing’énieuses, mais encore une création toute romaine.
Nous touchons ici à une des questions les plus importantes de l’art. Chez les Grecs, chaque ordre d’architecture ayant un caractère particulier très-accentué, il est impossible de superposer ces ordres, de nature diverse, sans produire la plus choquante discordance de style. Aussi les Grecs ont-ils superposé le dorique au dorique. Les Romains eux-mêmes superposaient le corinthien au corinthien.
Il a donc fallu, dans les portiques à plusieurs étag’es ornés des divers ordres d’architecture, afin d’obtenir l’unité de style dans l’ensemble, modifier sensiblement ces ordres.
Une autre condition importante résulte de cette nouvelle disposition. Les Grecs, n’employant qu’un seul ordre dans la décoration extérieure de leurs édifices, ont pu pousser la finesse des détails jusqu’à
(1) Nous passons sous silence le théâtre de Pompée, qui peut-être offrait précédemment la même combinaison, parce qu'il est trop ruiné pour jeter quelque lumière sur la question.