LIVRE VII. — CHAPITRE V
sumer qu’il était consacré à ta protectrice d’Athènes. Pour qu’il ne reste aucun doute à cet ég*ard, le rapport des inspecteurs cliarg’és d’examiner le temple alors inachevé désig’ne le Pandroséion comme attenant au mur de l’ouest qui portait les quatre colonnes eng’ag’ées. L’on sait, en outre, qu’il fallait descendre pour passer du temple de Minerve dans celui de Pandrose. Le temple de Minerve était donc à l’orient et au sol supérieur (1). »
Le système de proportion adopté pour l’Érechthéion s’élève peu audessus du mode ennéamétrique. L’ordre du portique hexastyle du
temple de Minerve Poliade a de hauteur 9 modules 1/4; celui du
portique tétrastyle du temple de Pandrose : 9 modides 1/3.
Nous croyons entrevoir, pour la première fois, l’emploi simultané de deux modules d’orig’ine diverse : l’entre-colonnement du portique hexastyle a précisément la proportion nommée systyle par Vitruve, c’est-à-dire qu’il a juste (/é’î/.r diamètres.
Nous ferons observer un autre fait non moins important. L’entrecolonnement du portique tétrastyle étant de deux diamètres et un peu plus de deux tiers (2 diam. 09), les colonnes de ce portique sont, comme on voit, beaucoup moins serrées que celles du temple de Minerve. 11 est donc évident qu’ici l’on s’est affranchi de la g’êne causée jadis par la distribution des trig-lyphes, et qu’on a établi la règle suivante, généralement observée par la suite :
Plus les colonnes sont nombreuses sur la façade d'un temple ^ plus elles doivent être serrées.
Cette règle en a enfanté une autre qui est sa conséquence naturelle, et selon laquelle les colonnes les plus serrées doivent être les plus sveltes.
Or, les colonnes relativement serrées du portique hexastyle ont de hauteur neuf diamètres et un tiers ; celles, plus distantes l’une de l’autre, du portique tétrastyle n’ont que huit diamètres et trois quarts, même un peu moins (8 diam. 737).
Ainsi donc, les colonnes dont les entre-colonnements sont les plus
(1) Beulé, l’Acrop. d’Athènes, t. Il, p. 231 à 234.
larg-es ont leur diamètre plus fort eomparativement à leur hauteur. C’est là justement la plus ancienne application connue de ce principe cité par Vitruve : « quil faut augmenter la grosseur des colonnes en raison de ce que l'on fait les entre-colonnements plus ou moins larges. » (Livre III, chap. II. )
La raison cju’en donne Vitruve est trop subtile. Perrault la rejette et dit avec justesse : « La nécessité de g’rossir les colonnes, à mesure qu'on les éloig’ne l’une de l’autre, est fondée sur ce que la plus g’rande charg’e qui est soutenue, demande quelque chose de plus fort qui la soutienne. »
Ces deux règ’les, nouvelles alors, ne sont point applicables à l’ancien dorique, et c’est peut-être le plus ga-and défaut de cet ordre, si admirable d’ailleurs.
La partie la plus remarquable de la décoration de l’Érechthéion est sans contredit la frise cjui court sur ses quatre côtés et sur le portique du nord. Stuart aurait pu l’indiquer dans sa restauration des façades, puisqu’il savait cjue le temple de la Victoire, qu’il appelle temple d’Ag'laure, était orné de fig-ures ; de plus, il avait trouvé la preuve qu’un ornement semblable existait au temple situé près de l’Ilissus. Connaissant ces antécédents, il aurait dù pressentir que des flg’ures sculptées avaient aussi existé dans la frise de l’Erechtliéion, que sa nudité fait paraître trop g-rande, et, en l’examinant de près, remarquer les trous de scellement qui ont servi à ag'rafer des fig’ures sur le marbre noir d’Éleusis.
Ce g’enre d’ornement est d’ailleurs le même que celui de la frise dorique dont on a simplement supprimé les trig'lyphes et relié les métopes, ce qui explique et justifie la persistance des proportions doriques dans l’entablement ionique. Cette observation a d’autant plus d’importance que, selon la doctrine de Vitruve, la hauteur de la frise ionique doit être subordonnée à son ornementation.