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CHAPITRE V

d’imitateurs et qui, selon nous, n’en devait point avoir. Nous avons vu, à Samos, qu’on avait orig’inairement divisé l’échine du chapiteau ionique en vingT oves. Ce nombre fut par la suite porté à ving't-quatre, chaque ove correspondant à une cannelure, ainsi qu’on le voit aux deux petits temples athéniens et à l’intérieur des Propylées. Or, l’ar-

Fig. 88, — Chapiteau des colonnes de l’Ereclithéion (Temple de Pandrose).

chiteete de l’Érechthéion a imaginé de pousser la division de la circonférence de l’écliine jusqu’au nombre trente-deux, d’où il résulte des oves d’une extrême petitesse et par conséquent d’une hauteur insuffisante. Il a donc ajouté au dessus un tore orné d’entrelacs, et dans chaque intervalle on remarque encore des ]ietits trous où étaient enchâssés des métaux de couleurs variées (1).

Déjà du temps de Périclès, selon Plutarque, ses ennemis l’accusaient d’employer l’argent des alliés « à dorer et parer Athènes comme une femme coquette, couverte de pierreries (2) ».

Que disaient donc les Athéniens lorsque les colonnes consacrées à la grave et chaste Minerve étaient coquettement parées comme des courtisanes ?

« Quand on compare, dit Beulé, le chapiteau ionique des Propylées avec celui de l’Erechthéion, avec les tresses, le rang de perles, les spi-

(1) M. Tétaz en a relrouvé deux ou |ilacc: ils édaient alternativciucut rouges et Ideus.

(2) Vie de Pcriclé>t, 12.

raies compliquées, le g*org’erin charg-é d’ornements , on apprécie mieux encore sa belle simplicité (1).»

La g’râce virile, nous la retrouvons dans les volutes de l’Ereclithéion, mais la finesse des sculptures, poussée jusqu’au raffinement, n’est pas en harmonie avec l’admirable ampleur de ces memes volutes, non plus qu’avec les cannelures. Le g'org’erin semble avoir été inventé pour éviter une comparaison directe et immédiate entre ces dernières et la division mesquine des oves.

En résumé, les earactères partieuliers des monuments ioniques de l’école attique sont d’avoir : dans la base des colonnes, une g’rande scotie; dans le chapiteau, un abaque fort et dominant, des volutes puissantes; dans l’entablement, une g'rande frise ornée de fig'ures sculptées, une eornicbe semblable à la corniche dorique moins les mutides, une g“rande cymaise rég’nant sur les frontons seulement, comme dans les temples doriques, et non sur les façades latérales, ainsi qu’on l’a fait depuis.

Les œuvres de l’école ionienne, que nous allons analyser maintenant, ont un caractère très-différent.

(I) L'Acrop. d’Athènes, 1. I, |i. 172.

CllA PITRE VI.

l’ordre ionique. CINQUIÈME ÉPOQUE. SIÈCLE d’aLEXANDRE.

ÉCOLE IONIENNE. MONUMENTS DE l’aSIE 3IINEURE.

Le temple de Diane, à Èphèse.

Nous avons déjà dit, mais très-brièvement, que le temple de Diane à Éphèse a été reconstruit huit fois. Les quatre premiers temples furent détruits par le feu. Le cinquième était encore debout sous le règ'ne de Servius Tullius à Rome. A l’époque où il fut construit, antérieurement à l’an 557 avant notre ère, l’ordre dorique était seul en usag’e.

« Le sixième temple fut établi sur un emplacement autre que remplacement des temples précédents. Peut-être un tremblement de terre avait-il renversé le cinquième, si l’on en jug-e par le soin que prennent les Epbésiens de chercher un sol que ne puissent ébranler des mouvements souterrains, et ce sol est au milieu d’un marais (t). »

A quelle époque fut fondé ce sixième temple ? Est-ce quelques années seulement ou longtemps après l’an 557 ? Nous l’ignorons. 11 n’est donc pas impossible qu’il eût été aussi d’ordre dorique. Toutefois, si sa fondation date du v" siècle (avant J. -G.), il se peut qu’on y ait employé pour la première fois l’ordre ionique, mais nous n’en avons point la preuve. Le seul fait certain, c’est que cet édifice fut brûlé à son tour l’année de la mort de Socrate, l’an 400 avant J. -G. (2).

{ I) BeiiUy Fouilles et dccouv., t. If, p. 3ii, 3i-5.

{■}) Eusch. Piunpli., ('Hiron. Can., t, I, p. 234.

HISTOIRE ET THEORIE DE Iv AR CHITECTURE.

Le septième temple fut donc élevé postérieurement à l’an 400, alors que l’Erechthéion était achevé et que l’ordre ionique avait atteint ses derniers perfectionnements dans l’Attique. A peine consacré, ce monument fut brûlé par Erostrate, la nuit même de la naissance d’Alexandre, l’an 356. « Un tel désastre eut dans l’univers autant de retentissement que la construction du temple,

« Après l’incendie d’Erostrate, il fallut recommencer pour la huitième fois la consiruction du temple. L’indig'nation causée par un acte insensé fut telle, que les femmes elles-mêmes firent le sacrifice de leurs parures, tandis que les hommes aliénaient de leurs propres biens : en outre, on tira un profit considérable de la vente des colonnes épargmées et des matériaux. En vain Alexandre offrit plus tard de se substituer aux Ephésiens dans cette entreprise : on lui répondit par un refus flatteur, en protestant «qu’il n’était point juste qu’un O dieu élevât des temples à d’autres dieux (1)».

Pline dit textuellement ; « Le temple entier a 425 pieds de long* et 220 de larg’e, faites par autant de rois, hautes

de 60 pieds. De ces colonnes, trente-six sont sculptées ; une l’a été par Varchitecle qui présida à l'ouvrage fut Chersiphron (2). »

Cet architecte, cité à la suite de Scopas qui florissait du temps d’Alexandre, est bien le même que le CtésiqjJion de Vitruve : l’un des deux noms est évidemment altéré. Vitruve, plus explicite que Pline sur ce point, nomme quatre architectes ayant dirigé les travaux du même édifice. « Il n’y a en Grèce, dit-il, que quatre temples qui soient bâtis en marbre. Le premier est le temple de Diane à Ephèse, d’ordre ionique, commencé par Gtésiphon, natif de Candie, et son fils Métagène, et achevé par Démélrius, servant de Diane, et par Péonius, Ephésien (3j. »

Selon le même auteur : « Le temple de Diane d’Ephèse, ordonné par Ctésiphon^ est diptère... Le diptère est octostgle^ tant â la face d’entrée

(I) Renié, Fouilles et décotiv., 1. II, p. 349. (■2) llisl. nntur., livr. XXXVI, c, xxi, I, 2. (3) Liv. VII, pi'él’ace.

LIVüE VII. — CHAPITRE VI.

qu’à la face opposée, et il a deux rang’s de colonnes tout à l’entour (1). »

« Dans le temple d’Éplièse, la statue de Diane est en bois de cèdre, de même que les lambris des planchers pour lesquels ce bois est employé dans tous les temples de quelque importance (2). »

Vitruve donne aussi des détails intéressants sur «l’invention ing’énieuse que Ctésiphon employa pour transporter les colonnes qui devaient servir au temple de Diane. Cet architecte, dit-il, ayant àamener les fûts de ces colonnes depuis les carrières où on les prenait jusqu’à Ephèse, et n’osant pas employer les chariots comme moyen de transport, parce f[ue les chemins traversaient un terrain peu solide, et qu’il craig’uait que la pesanteur du fardeau ne fît enfoncer les roues, s’y prit de cette manière :

« Il assembla quatre pièces de bois de quatre pouces en carré, dont deux, les plus courtes, étaient jointes en travers avec les deux autres, qui étaient d’une longnieur ég’ale au fût de chaque colonne. 11 enfonça aux deux bouts de chaque colonne des boulons de fer faits à queue d’hirondelle et les y scella avec du plomb, ayant eu le soin de mettre dans les pièces de bois transversales des anneaux de fer, dans lesquels les boulons entraient comme dans des moyeux. De plus, il affermit sa machine en y attachant aux deux bouts des liens de chêne, en sorte f[Lie, lorsque les bœufs tiraient, les boulons tournaient avec tant de facilité dans les anneaux, quêtons les fûts des colonnes roulèrent aisément sur la terre jusf[u’à leur destination.

«Sur le modèle de cette machine, Métag’ène, fils de Ctésiphon. en fit une autre pour amener les aiœbitraves et aulres parties de l’entablement. Elle était composée de roues de douze pieds ou environ, et il enferma les deux Ijouts des arclulraves dans le milieu des roues. 11 y mit aussi des boulons et des anneau.x de fer, en sorte que, lorsque les bœufs tiraient la machine, les boulons mis dans les anneaux de fer

' I) Liv. lll, c. I. Viti'uvo ne donne pas ici le noniJ.iro des colonnes sui' les façades latérales comme il l’a fait pour les auti'es genres de temples, mais il l'indéjuc ailleurs, ainsi rpie nous le verrons par la suite.

(2) Vitr., liv. 11, c. IX.

faisaient tourner les roues. C’est ainsi que les architraves, qui étaient enfermés clans les roues comme des essieux, furent traînés et amenés sur place, de même cpie les fûts de colonne (1).» •“

Pline complète ces détails des moyens extraordinaires de construction employés alors, par le récit d’un système emprunté aux Eg’yptiens : « Le g’rand prodig’e dans cette entreprise, dit-il, c’est d’avoir élevé si haut les architraves; il ( Chersiphron ou Ctésiphon) en vint à bout avec des sacs pleins de sable, cju’il dressa en un plan incliné dépassant le sommet des colonnes; puis il vida peu à peu les sacs inférieurs, et les architraves vinrent insensiblement s’asseoir à leur place (2).

« Les portes du temple étaient en bois de cyprès, et, cjuatre cents ans après leur construction, elles semblaient encore neuves.

« Dans le sanctuaire, on remanpiait d’abord la statue de la déesse, bien connue par de nombreuses représentations, avec ses mamelles multipliées et tous les animaux dont l’antiquité se plaisait à couvrir la g’aîne égyptienne qui formait son corps. A côté de la statue, conforme à la tradition, il y avait d’autres imag'es de Diane, plus récentes, de mains diverses, la Diane chasseresse surtout. L’idole proprement dite était cachée à la multitude par un rideau richement brodé, couvert sans doute d’ornements assyriens, de même que le rideau d’Olympie (Paus. V, xii). Ce rideau ne se tirait que lorsque la foule était rassemblée, silencieuse, et au sig’nal de la trompette sacrée (3).

Nous ne savons qui, le premier, a eu l’idée de faire de Ctésiphon le créateur de l’ordre ionique, et de lui attribuer par conséquent la construction du sixième temple. Deulé s’est trompé lorsqu’il a développé cette hypothèse que ne justifie aucinie autorité. Tout ce qu’ont dit Vitruve et Pline sur cet architecte, au contraire, est parfaitement d’accord et se rapporte au huitième temple de Diane d’Piphèse. C’est bien ce dernier temple, contemporain du tombeau de Mausole, qui a été mis au rang’ des sept merveilles, et ee n’est pas la plus récente,

(1) Vitr., liv. X. c. VI.

(2) lïtët. )iatur., liv. XXXVl, c. xxi, 2.

/3) Beulé, Fouilleti et décuav., 1. Il, [i. 332.

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