CHAPITRE VII
l’ordre ionique. CINQUIÈME ÉPOQUE. SIECLE
d’aLEXANDRE. — ÉCOLE IONIENNE.
Le Tombeau de Mousole.
Le tombeau de Mausole fait naturellement suite au temple d’Éplîèse. Ces deux monuments sont contemporains, ayant été commencés immédiatement, l’un après l’incendie d’Erostrate, en 35G, l’autre après la mort de Mausole, en 334. Nous retrouvons Scopas au Mausolée et nous avons surtout la bonne fortune d’y rencontrer deux architectes cités par Vitruve. Les frag'inents nouvellement découverts permettant de restituer avec certitude l’ordre du portique, nous pourrons enfin, pour la première fois, comparer Vitruve avec les auteurs auxquels il a fait des emprunts, et peutêtre éclaircir quelques passag'es obscurs de son livre.
(( Le tombeau de Mausole était cité par les anciens comme une des merveilles du monde. Artémise, veuve d’un roi de Carie, nommé Mausole, avait voulu élever à Halicarnasse un monument fastueux de sa douleur. Elle avait invité les artistes les plus célèbres du temps. Satyrus et Pbytéus en furent les architectes. Sur un soubassement plus long* que larg*e, ils construisirent un édifice entouré de trente-six colonnes que surmontait une frise sculptée. Scopas avait exécuté les bas-reliefs de l’est, Briaxis ceux du
nord, Timothée ceux du midi, Léocharès ceux de l’ouest. La reine mourut avant que cette g’rande entreprise fût achevée : les artistes n’en continuèrent pas moins, par émulation plus que par intérêt, ne voulant pas laisser leur chef-d’œuvre incomplet. Un cinquième sculpteur rivalisait avec eux, car, au-dessus du péristyle, s’élevait une pyramide formant 24 degœés, au sommet de laquelle était un quadrig-e de marhre : Pytliis était l’auteur de ce quadrig-e. Depuis le sommet du g-roupe. jusqu’au sol, on mesurait 140 pieds de hauteur (1).
« Ce monument existait encore au xv® siècle, et son caractère funéraire l’avait sans doute sauvé des fureurs des iconoclastes. Les barbares du moyen àgœ furent moins scrupuleux, après qu’un tremblement de terre eut renversé le sommet de l’édifice. En 1402, les chevaliers de Saint-Jean s’emparèrent d’Halicarnasse et firent bâtir une forteresse sur la péninsule qui domine le port. Le Mausolée fournit quelques matériaux pour cette construction. Les revêtements de marhre semblent avoir été enlevés d’abord pour faire de la chaux; plus tard, lorsque le château eut besoin de réparations ou d’additions, on enleva ég*alement les marbres du sommet et les pierres qui formaient noyau; mais on fit surtout des dég*âts qui ensevelirent une partie de l’édifice. Ainsi, en 1472^ lorsque Cepio visita Halicarnasse, il ne trouva que des vestiges apparents du Mausolée; mais de nouveaux besoins les firent rechercher et détruire.
<( L’ouvragœ de Guichard contient une relation triste, mais trèscurieuse, de ces dévastations des chrétiens... Guichard tenait cette relation de l’éditeur de Pline, d’Alechamp, auquel le commandant de la Tourette avait raconté que le g-rand maître de l’Ordre l’avait envoyé à Halicarnasse en 1522 avec d’autres chevaliers, afin de restaurer le château ;
« Les chevaliers eurent besoin de chaux et jug’èrent très-pro- (( près à en fabriquer certaines marches de marbre blanc qui
(U Pline, liv. XXXVI, c. iv, 18. Trad. de Renié.