CHAPITRE IX
sur la façade, la cella, qui doit avoir une long’ueur proportionnée à sa larg-eur et n’a point de portiques latéraux , se trouve élarg'ie de deux entre-colonnements.
Le pronaos avait une larg’eur de 24”, 98, qui font juste 80 pieds gTecs^ et « était orné de trois rang-s de colonnes » (y compris celui qui est ordinairement entre les antes).
Cette disposition extraordinaire, qui ne s’était point jusqu’ici rencontrée dans les temples antiques , offre un intérêt tout particulier. Elle n’était point, à ce qu’il paraît, aussi inusitée qu’on le pourrait croire, puisque Vitruve indique une disposition fort analogue.
Il dit, en effet (livre IV, c. iv) : « Si le temple a plus de 20 pieds (( de large, il faut, entre les antes, mettre deux colonnes... S’il a plus (( de 40 pieds de large, il faudra mettre des colonnes en dedans au (( droit de celles cjui so7it entre les antes, et leur donner autant de hauteur « qu'à celles du devant; mais leur grosseur doit être diminuée, de sorte « qu’elles ne soient grosses que de la neuvième partie de leur liau- « teur, si celles du devant sont de la huitième; ou, si elles étaient de « la neuvième ou dixième, il faudrait diminuer les autres à propor- « tion. »
Le temple de Didymes, qui « a qdus de quarante pieds de largeur est donc conforme au principe cité par Vitruve, puisqu’il a « des « colonnes en dedans de celles qui sont entre les antes », et rien ne prouve, selon nous, qu’on n’y ait point observé le principe tout entier, en (( diminuant la g-rosseur de ces colonnes», c’est-à-dire en les faisant corinthiennes. Quoi qu’il en soit, il est certain que cette seconde partie de la règde vitruvienne a été parfaitement observée au temple de Jupiter, à Œzani. Cet édifice est du genre pseudodiptère-octostyle, avec pronaos et posticum ayant chacun deux colonnes entre les antes. Les colonnes extérieures, d’ordre ionique, ont une proportion de neuf diamètres quatre-vinqt-cinq centièmes de hauteur. Les quatre antes et les colonnes intermédiaires, d’ordre corinthien, ont autant de hauteur que celles du dehors , inais leur grosseur a été diminuée, de sorte qu’elles ont, proportionnellement, dix diamètres cinquantecinq centièmes.
Les colonnes qui entourent le temple de Didymes sont aussi d’une proportion presque corinthienne : ces colonnes ont neuf diamètres sept dixièmes de hauteur, ce qui est très-exag*éré pour un ordre ionique.
Le remarquable pronaos de ce temple offre plus d’une analog*ie avec les propylées d’Athènes; de plus, imité ou non, il ressemble beaucoup aux pronaos des temples ég’yptiens, et a été conçu évidemment en vue de supporter un plafond de marbre. Cette conception ne se trouvant point dans les temples romains, Vitruve n’a pu la connaître qu’en compilant les livres des architectes de l’école ionienne. C’est donc une tradition dont l’autorité est incontestable et, l’on ne saurait, dans une restauration, se dispenser d’en tenir compte. Cependant M. Thomas, sans la moindre preuve, a donné à ses colonnes du pronaos les mêmes proportions et les mêmes chapiteaux qu’aux colonnes du double portique. Les fouilles ne l’y ont point autorisé, puisqu’il a constaté dans son mémoire « qu’aucun frag’ment de chapiteaux n’a été retrouvé » . Un demi-chapiteau corinthien , encastré dans un mur, — ce qui l’avait préservé de la destruction g-énérale, — a été dessiné et publié par Chandler et Revett. « Aujourd’hui il n’en reste aucune trace (1). » M. Thomas croit que ce chapiteau appartenait à l’une des deux demicolonnes formant la décoration intérieure du sanctuaire. C’est trèsprobable; mais rien ne s’oppose à ce que les eolonnes du pronaos aient eu des chapiteaux semblables et la proportion corinthienne.
Les entre-colonnements du temple d’Apollon à Milet sont tous ég’aux. La façade principale, selon M. Thomas, mesure d’axe en axe des colonnes d’ang'le : 47“,78 , dont la neuvième partie est de 5“,31 ; le diamètre étant de 2 mètres, l’entre-colonnement est presque pycnostyle : il a 1 diamètre et deux tiers (précisément l''‘“”,655).
C’est le plus étroit que nous ayons vu dans les monuments d’ordre ionique. A Priène, où cette proportion est de 1 diamètre et trois quarts , « les plinthes des hases sont ég’ales à l’espace qu’elles ont entre elles ». Nous croyons que ce principe était alors g’énéralement respecté, au moins dans son esprit, c’est-à-dire que l’espace entre les
(I) Nous donnons ce cbajnteau liv. VIR, clia|i. n.