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CHAPITRE IX

l’ordre ionique, cinquième époque. ÉCOLE IONIENNE.

Le Temple d Apollon Duhjméen, à Milet.

« Milet et Épbèse étaient les deux meilleures et les plus eélèbres villes des Ioniens ; l’ancien oracle d’Apollon Didyméen ne le cédait en importance qu’à celui de Delphes. Il fut brûlé par l’ordre de Xerxès, de même que les autres temples des Grecs, excepté celui d’Epbèse. Les Brancbides (prêtres d’Apollon) livrèrent les trésors de cet oracle au roi des Perses, et le suivirent dans sa fuite, de peur d’être punis de leur sacrilég’e trabison. Alexandre les punit ensuite de cette trahison, en détruisant la ville que Xerxès leur avait accordée pour demeurer dans la Sog’diane, et en les faisant passer tous au fil de l’épée.

« Milet essuya des malheurs pour avoir fermé ses portes à Alexandre, qui la prit par force, sort qu’il fit essuyer de même à la ville d’Halicarnasse (1). »

Dans la suite, les Milésiens bâtirent un autre temple, mais il est peu probable, d’après ce qui précède, que ce fût sous le règme d’Alexandre. D’ailleurs ce temple eut pour architecte, selon Vitruve(2), Péonius, Épbésien, le même qui, avec Démétrius, termina le temple de Diane à Epbèse et succéda par conséquent à Métag-ène , succes-

(1) Strabon, liv. XIV, p. 634, 633.

(*2) Liv. VII, préface.

seur lui-même de son père, Gtésiphon. Ceci permet d’entrevoir un temps assez long* entre la fondation du premier temple et celle du second. Nous croyons donc le temple d’Apollon Didyméen de date postérieure au règ*ne d’Alexandre, c’est-à-dire postérieure à l’an 323.

Quoiqu’il en soit, ce temple, selon Strabon , « surpassait tous les <( autres en g’randeur; mais les Milésiens furent oblig’és de le laisser « sans couverture , à cause de cette énorme grandeur. L’enceinte « du temple, continue Strabon, ornée en dehors et en dedans par un « bois mag’iiifique, peut contenir la population d’un bourg*. C’est dans « des chapelles particulières que l’on conserve tout ce qui sert au « culte. . . Ce temple est décoré par de somptueux ouvrages des anciens « artistes (1) » .

Pausanias se trompe en affirmant que « le temple de Diane (( d’Ephèse est le plus grand de tous les édifices connus (2) ». Les ruines de Milet prouvent, au contraire, que Strabon est dans le vrai lorsqu’il dit que le temple d’Apollon Didyméen « surpassait tous les « autres en g’randeur » .

Cet immense édifice, en elîet, était diptère et décastyle avec vingt et une eolonnes sur chaque long* côté; le diamètre de ces colonnes est de 2 mètres, tandis que celui des colonnes d’Éphèse n’est que de 1“,83, et ces colonnes sont seulement au nombre de huit sur la façade.

Les premiers voyageurs qui observèrent les ruines du temple de Didymes, dans les temps modernes , ne trouvèrent qu’un écroulement complet. Spon et Wheler, en 1672, tracèrent une esquisse du monument.

Cbandler et Revett, en 1769, puis M. Tessier, en 1835, ont publié des détails et un essai de restauration.

Enfin, M. Albert Thomas, déjà cité, entreprit en 1873 des fouilles qui lui permirent de faire une nouvelle restauration, beaucoup plus complète que les précédentes. Cette intéressante étude fut envoyée à l’Institut en 1875, avec un mémoire explicatif.

(1) Liv. XIV, p.

(2) Liv. IV, clui|>. XXXI.

LIVJIE Vil. — CHAPITHE IX.

Selon M. Thomas, lorsque les travaux furent arrêtés, «ce n’élait pas seulement la toiture qui manquait à rédifîce : il restait encore beaucoup à faire. Sur tout le côté sud, sur la façade postérieure , et à l’extrémité du côté nord, les colonnes n’étaient qu’épannelées. Sur la façade principale même, la plupart des bases étaient à peine dégrossies » .

Pausanias avait donc judicieusement observé que ce monument « n’était pas terminé (1) », et, malgré son laconisme, Pausanias, sur ce point, est plus clair que Stral)on. Les Milésiens « furent obligés », non pas « de laisser leur temple sans couverture », puisqu’il devait être hypèthre, mais de le laisser inachevé « à cause de son énorme grandeur » , sans doute parce que l’argent destiné à son exécution n’était pas proportionné à l’importance de l’entreprise.

« Ce n’est pas seulement par sa grandeur, dit M. Thomas, que le temple de Didymes présente une importance capitale; son caractère particulier de temple-oracle lui donne un intérêt tout spécial. Les dispositions ordinaires ont dû y être profondément modifiées pour se cemformer à des nécessités religieuses devant lesquelles tout devait plier. La destruction complète des sanctuaires analogues de Delphes et de Claros ne nous laisse aucun espoir d’étudier ces modifications ailleurs qu’à Didymes.

« Ici le naos n’est pas divisé, comme on le fait ordinairement. Il se compose de trois parties :

« 1“ D’un pronaos, orné de trois rangées de chacune quatre colonnes ;

« 2” D’un œkos. Dans les temples ordinaires, une porte donne directement accès du pronaos dans le sanctuaire; mais à Didymes il existait une pièce intermédiaire. Les prêtres seuls pouvaient pénétrer dans l’intérieur; les personnes qui venaient consulter l’oracle restaient en dehors du sanctuaire et ne voyaient ce qui s’y passait qu’à travers la. porte ouverte pour la circonstance. Il fallait donc ménager, pour ceux qui venaient interrog’cr et supplier, une place ayant vue sur le

'Ij Paus., liv. Vin, cliap, v.

sanctuaire et séparée du monde extérieur. Cette place était celle que nous venons d’indiquer, et à laquelle les Grecs ont donné le nom de oi'Mç.

« 3“ D’un cidyton\ remplaçant le naos ordinaire. En revanche, il n y avait point d’opisthodome. Ce vaste sanctuaire a 56“,40 de longueur sur 24“,98 de larg'eur. Neuf antes, en g*uise de contre-forts, font de chaque côté saillie de 85 centimètres sur le nu des murs. Au fond, ces antes sont au nombre de trois, et sur le mur de face ils sont remplacés par deux demi-colonnes eng’ag'ées qui flanquaient les deux cotés de la porte. Aux ang'les sont des antes en équerre. Tous ees antes s’appuyaient sur un soubassement continu. Le sol de l’adyton était beaucoup plus bas que celui de l’oekos, et un escalier rachetait cette différence de niveau.

« Le sanetuaire était bypètbre, et la disposition du plan ne comporte ni colonnes, ni saillies sur les murs, ni avancements pour des portiques intérieurs. Au fond de l’adyton sont les trois deg'rés sur lesquels étaient portés la base de la statue et l’édicule qui l’abritait (1). »

Selon Vitruve, le g’enre diptère doit avoir dix-sept colonnes latérales, mais il le suppose octostyle. Suivant un autre principe du même auteur , « la proportion d’un temple doit être telle que sa larg’eur soit la moitié de sa long’ueur (2) ». Pour le pseudodiptère, le nombre des colonnes latérales est en effet de quinze; mais pour le diptère, ég’alement octostyle, Vitruve en admet deux de plus. On peut donc , dans certains cas, selon Vitruve même , donner à la long’Lieur des temples plus du double de leur larg’eur.

C’est ce qu’avaient déjà fait Gallicrate et Ictinus au Partbénon pour un périptère octostyle.

Les architectes du temple d’Apollon, à Milet, ont adopté le même principe. Pour un temple décastyle ayant en long-ueur le double de sa larg’eur (en mesurant d’axe en axe des colonnes d’angle), le nombre des colonnes, sur les cotés, serait de dix-neuf. Ce nombre a été porté à vingt et un, et c’est d’autant plus raisonnable qu’avec dix colonnes

(1) AlJj. Tlioiiias, mémoire in'éoité, ijiljliütli. d» l'Eculc des Jjcaux.-arts.

(2) L. IV, clmp. IV.

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