DEUXIÈME PARTIE
De Ménès au déluge, pendant une période de trois mille ans.
giiapitrp: premier.
MENÉS, iMEMPIIlS.
Bien que l’histoire ne nous ait conservé aucun détail sur l’obscure période théocratique, toujours est-il que ce mode de g’ouvernement n’a point jeté d’éclat sur le pays et qu’il n’avait pas ses sympathies, puisque Ménès s’est acquis une g*loire immortelle en le renversant.
Ses brillants succès, comme chef de l’armée ég’yptienne, lui facilitant l’accès au pouvoir, Ménès rétablit l’ancien ordre de choses, auquel il apporta d’heureuses modifications. « Homme remarquable, doué d’une âme élevée, il fut, parmi les lég'islateurs dont la mémoire s’est conservée, celui qui a rendu le plus de services à la vie sociale (1). » Les principaux chang’ements introduits par lui furent d’abord l’hérédité de la couronne et l’adoption officielle de l’année de
(1) Diod. de Sic., liv. I, clia[). xciv.
trois cent soixante-cinq jours, a II montra ensuite à préparer les tables des repas, les sièges pour s’y placer, à les couvrir de riches tapis, en un mot, il introduisit dans la manière de vivre le luxe et la magaiificence (1). »
Son fils Athotbis, qui lui succéda, fit bâtir le palais des rois à Memphis.
Manéthon et Diodore de Sicile, qui nous ont fourni les principaux faits du règne de Ménès, ne disent point qu’il fut le fondateur de Memphis. Hérodote n’étant pas d’accord sur ce point avec les deux historiens précités, nous allons examiner son récit, qui ne nous paraît pas aussi éloigné de la vérité qu’on pourrait le supposer d’abord.
« Ce que je vais dire actuellement sur l’histoire des Egyptiens, dit-il, je ne l’ai appris que d’eux, et je le rapporte, en y ajoutant seulement quelques circonstances que fai pu observer de mes propres yeux. » Nous devons donc, dans ce qui suit, discerner ce qui est rapporté ôliaprh les Egyptiens des propres observations de l’auteur.
« Les prêtres disent, poursuit Hérodote, qu’entre autres travaux, Ménès fit construire les levées qui garantissent Memphis des inondations. » Ainsi à cette époque, suivant le témoignag’e même des prêtres égyptiens, le sol de Memphis était au-dessous des hautes eaux du Nil. Comme il est impossible de supposer que la ville ait été, dès l’origine, établie ainsi, cette précieuse assertion, loin de contredire ce qui précède, prouve au contraire la très-haute antiquité de Memphis. On était dans l’usag’e, en Égypte, de fonder les villes sur des tertres factices, afin de les élever au-dessus des inondations; et, quelque supposition que l’on fasse, on ne saurait admettre qu’une ville ait été bâtie au-dessous du niveau des hautes eaux. Or, depuis les vieux rois originaires de Memphis, dont nous avons parlé plus haut, jusqu’à Ménès, il s’était écoulé plus de deux mille six cents ans. Le sol de la vallée du Nil s’élevant en moyenne de cent vingt-six millimètres par siècle dans la Haute-Egypte, et de cent vingt seulement au droit des ruines de Memphis (2), nous aurions, pour deux mille six cents ans, un exhaussement
(Ij Diud. de Sic., liv. 1, chap. xlv.
{i) Giraud, Descr. de l’Ê(jypte,i. XX, p. 110, Edit. Panckouckc.