CHAPITRE PL
de trois mètres douze centimètres. Mais ceci n’est qu’un minimum, car la fondation de l’antique cité peut remonter plus haut, et même jusqu’à Phtha, qui en était le dieu protecteur. Le lit du fleuve s’élevant dans la même proportion que la vallée, ces observations précises expliquent clairement pourquoi, du temps de Ménès, la ville consacrée à Phtha courait le risque d’être submerg'ée. Cet état de choses était fort précaire, et le dang-er, aug’mentant de siècle en siècle, devait à la long’ue devenir intolérable. C’est sans doute ce qu’a pensé le roi Uchoréus, qui vivait près de deux mille ans après Ménès, puisqu’il jug’ea nécessaire de reconstruire entièrement Memphis. C’est ainsi du moins que nous interprétons le passage de Diodore de Sicile, qui attribue à Uchoréus la fondation de cette ville (1). Il faut en effet ou rejeter entièrement cette assertion ou l’entendre de cette manière, car Manéthon atteste de plus en plus l’existence antérieure de Memphis, qui, depuis Ménès, a fourni cinq dynasties de rois (2).
Des édifices importants, tous postérieurs à la ville fondée à nouveau par Uchoréus, viennent à l’appui de la version de Diodore. Ainsi, trois siècles après cette nouvelle fondation, « Mœris construisit les propylées du temple de Phtha, situés du côté septentrional, qui l’emportaient en magnificence sur tous les autres. » Beaucoup plus tard, Rhamsès le Grand « fit élever, en avant du même temple, diverses statues d’une seule pierre; deux desquelles, la sienne et celle de sa femme, avaient trente coudées de hauteur, et les quatre autres, qui n’avaient que vingt coudées, étaient celles de ses enfants (3) ». La statue de Rhamsès a été découverte dans les ruines de Memphis. C’est un monolithe en granit rose, ayant, en effet, au moins trente coudées de hauteur. Deux autres propylées furent successivement ajoutés au temple de Phtha sur les faces orientale et occidentale (4). Enfin, Psammétichus mit la dernière main à l’édifice « en faisant construire les propylées qui regardent le midi; il fit élever aussi la cour où l’on nourrit Apis lorsqu’il apparaît.
(1) biod. de Sic., liv. I, cliap. L.
(2) Les III'’, IV'’, vi”, VII'’ et viii'’. Üclioréus est de la ix'= dynastie, originaire d’Héraclée. biod;, iLid., chap. nn
(3) Ibid., diap. LVii, et Hérod ., liv, II, chap. ex.
(i) Hérodote, liv, II, chap; cixi et cxxxvi.
Cette cour était située en face des propylées. Un péristyle, dont les murs étaient couverts de fîg'ures sculptées, rég*nait autour, et était soutenu, au lieu de colonnes, par des colosses de douze coudées de haut (1). »
Uchoréus avait sans doute, suivant Fusage, élevé un sanctuaire au dieu éponyme de la ville qu’il reconstruisait ; or, en comptant le temps écoulé depuis ce roi jusqu’à Psammétichus, on trouve que l’édification du temple de Phtha, avec tous ses compléments, a duré plus de trois mille ans. Et ceci n’a rien qui doive nous surprendre, car nous rencontrerons en Ég-ypte plus d’un fait analog’ue.
Les successeurs immédiats d’Athothis, fils de Ménès, n’ont élevé aucun édifice remarquable, excepté Ouenephès, quatrième roi de cette dynastie, qui éleva la plus ancienne pyramide dont il soit fait mention dans l’histoire. C’est très-probablement la g’rande pyramide de Sacquara, que Ghampollion croyait plus ancienne que celles de Memphis. Ouenephès étant monté sur le trône en 5653 avant J. -G., l’antiquité de ce monument remonterait à plus de sept mille cinq cents ans.
(1) Hérodote, liv. II, chap. clih.