‹ Histoire et théorie de l'architectureChapitre 28 sur 296 · LIVRE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III

L’inhumation simple a produit les tumulus; la combustion des corps a fait naître l’idée de tombeaux à plusieurs étag*es, en imitation des bûchers; l’embaumement exig-eait des sépulcres d’un caractère particulier, appropriés aux croyances psycholog’iques de l’Eg’ypte.

Thèbes, nous le répétons, a été fondée long-temps après les grandes pyramides. Les rois orig-inaires de cette capitale, trouvant dans le voisinag-e une chaîne de montag-nes qui formait, pour ainsi dire, une série de pyramides naturelles, durent concevoir facilement l’idée d’y creuser leur chambre sépulcrale. La topographie de cetle partie de l’Egypte se prêtait peu d’ailleurs à la construction de pyramides. Ainsi, loin que les tombeaux de Memphis aient puisé leur principe originel dans ceux de Thèbes, ce seraient plutôt ces derniers qui auraient imité les pyramides.

La forme quadrilatère, donnée aux plus anciennes tombes des Pharaons, a permis, avons-nous dit, d’indiquer les quatre points cardinaux; cette forme peut aussi avoir été adoptée pour atteindre un autre but. Les rois qui ont élevé les grandes pyramides paraissent avoir voulu établir un étalon des mesures en usage dans l’Egypte.

Le système métrique égyptien, ayant exercé son influence sur certaines proportions monumentales, lesquelles ont ensuite été adoptées par les Grecs, doit nécessairement entrer dans notre domaine. Nous allons donc essayer de fixer avec exactitude ses principaux éléments.

Selon Platon : « Tboth avait découv^ert la science des nombres, la géométrie, le calcul et ks mesures (1). » On peut donc espérer que l’étude des monuments laissés par les Égyptiens y fera retrouver exactement leur système métrique.

Il est naturel à l’homme de faire servir ses pieds, ses bras, sa taille, au mesurage des objets qui sont à sa portée. On l’a donc fait dès l’origine de la civilisation ; on a même imposé aux mesures les noms des parties du corps. Ainsi on appela coudée la mesure comprise entre le coude et l’extrémité de l’index; cette mesure se divise en & palmes ou largeurs de main, le palme en 4 doigts. La coudée comprenait par

(I) Platon, in lUixdro.

conséquent 24 doig’ts. Plus tard, on admit le rapport de 2 à 3 entre le pied et la coudée, bien que ce rapport n’existe pas dans la nature, et seulement pour la facilité des calculs; le pied se divisait en 4 palmes et en 16 doig’ts. Enfin, toujours pour la même raison, on supposa systématiquement que la stature, wommée orgye, comprenait juste 4 coudées ou 6 pieds, et l’on conserva les noms des premières mesures quand celles-ci furent assujetties à un système rég’ulier.

100 pieds formèrent un plèthre ;

6 plèthres, 600 pieds, ou 400 coudées firent un stade.

Lorsqu’on eut fait en Ég’ypte, sans doute pour les besoins de l’astronomie et de la g’éogi’rapliie, une mesure du deg’ré terrestre, on eut l’idée d’en déduire les mesures itinéraires et même les mesures usuelles, pour les fixer sur une base invariable. Ce fait, qui n’était point de nature à périr parce qu’il était assez honorable au g’énie de l’homme pour être conservé dans ses annales, nous est attesté par un ancien écrivain sur l’astronomie : «On rapporte, dit Achille Tatius, (( que les Egyptiens, les premiers, mesurèrent le ciel et la terre, et inscri- (( virent leurs découvertes sur des stèles pour en transmettre la (( mémoire à leurs descendants (1). »

Les coudées trouvées dans les tombeaux et celles g’ravées sur les nilomètres nous ont, toutefois, révélé l’existence d’une mesure particulière, connue des anciens sous le nom de coudée royale, laquelle ne se rattache pas au système sexag’ésimal, mais qui paraît avoir été en usag’e dans plus d’un cas. Elle servait certainement à mesurer la crue du Nil. Cette mesure se composait de 7 palmes, et était divisée en 28 doig’ts, c’est-à-dire qu’elle avait un palme de plus que la coudée commune et naturelle; elle était, par conséquent, avec celle-ci dans le rapport de 7 à 6.

Les Eg’yptiens semblent avoir voulu transmettre à la postérité, par des monuments plus durables que des stèles, les découvertes dont parle Achille Tatius. Selon Diodore de Sicile : « Chaque côté de la base de la seconde pyramide est stade » et « chaque côté de la base

(I) AcliiUe Tntius , Pf'ffTO., [>. 121.

Page 1