DES PYRAMIDES, ET, EN GENERAL, DES TOMBEAUX
'( On doit chercher rorig*ine des pyramides dans les eroyanees relig’ieuses sur la résurrection, ou le dog*me partout établi du retour à une autre vie. Il n’y a que la puissance d’une telle opinion qui soit capable de rendre aussi importante qu’elle le fut dans l’antiquité la pratique des tombeaux. De là, chez les Eg’ytiens, ce soin particulier de la conservation des corps, et de là ces énormes édifices ou ces profonds souterrains qui semblaient en devoir être les éternels g*ardiens. Le même esprit, quoique avec moins de g'randeur apparente, se retrouve chez les Grecs et les Romains. S’ils n’entassèrent pas pour leurs tombeaux d’aussi hautes montag’nes de pierres, ils en firent toujours les édifices les plus solides et les plus durables que leur architecture ait produits (1). »
On a dit que les tombeaux creusés dans les montag'nes de la nécropole thébaine avaient fait naître l’idée des pyramides. Il est facile de constater cependant que la fondation de Thèbes est postérieure aux «■randes pyramides de près de dix siècles, et que les premiers rois orig'inaires de cette capitale apparaissent einq cents ans après sa fondation. Les pyramides sont, par conséquent, antérieures aux plus anciens tombeaux thébains d’au moins mille cinq cents ans (2).
Les pyramides n’ont donc point emprunté leur forme aux mon-
(1) Quatremère de Quincy, Dictionnaire d’architecture, au mot Mausolée.
(2) Fondation de la grande pyramide, en 4975 av. J. -G.
Fondation de Thèbes, vers l’an 4000
Première dynastie thébaine, commence en 3516
Tombeau d’Aménophis (Memnon), le plus ancien de date certaine . 1757
tag’iies de la nécropole thébaine, comme on l’a dit (1), et il faut chercher ailleurs le principe orig-inel de ces monuments.
Rappelons d’abord que, suivant Diodore de Sicile, « les Eg-yptiens mettaient peu d’importance au temps pendant lequel ils jouissaient de la vie, mais en attachaient une très-g’rande à faire vivre après leur mort la mémoire de leurs vertus. En partant de cette idée, ils reg'ardaient leurs habitations, pendant la durée de leur existence, comme de simples hôtelleries où l’on ne fait de séjour qu’en passant, tandis qu’ils appelaient les tombeaux demeures éternelles, parce que les morts doivent habiter éternellement dans le monde inférieur. Ainsi ils s’occupaient beaucoup moins de l’arrang-ement de leurs maisons que de celui de leurs tombeaux, pour lesquels ils déployaient un luxe excessif (2) ».
Le programme de ces antiques sépultures est tout entier dans ces deux mots : « demeures étemelles. » De là l’idée d’un édifice qui pût braver à toujours les injures du temps, de là la forme qui offre le plus de stabilité et le g*enre de construction qui assure le plus de durée : la forme pyramidale et la construction massive. Les pyramides remplissent admirablement toutes les conditions de ce prog'ramme.
Sans doute la forme conique eût rempli tout aussi bien ces conditions; mais ces demeures éternelles étaient soumises à une croyance qui domine dans le Rituel funéraire : le séjour des morts dans l’Occident. Cette croyance exig’e une forme indiquant les quatre points cardinaux. La base carrée, pouvant seule remplir ce but, devait être choisie de préférence. Peut-être aussi les rois qui élevèrent ces antiques sépulcres ont-ils voulu, par une orientation exacte, transmettre à la postérité un témoig'nag'e de leurs connaissances asti’onomiques à cette époque.
Le tumulus, eng’endrant la forme conique, ne saurait être le principe des pyramides, ainsi que plusieurs l’ont avancé (3). Ce principe réside principalement dans les raisons que nous venons de déduire.
(1) Voir Nestor L’hôte, Lettres écrites d'Éyypte, p. 148 à 153. Cette liypotlièse a été reproduite par M. Gaillabaud dans son Hist. de l’art monumentul. Voir aussi Bict. d’arcli. de Quatreniére, au jnot Tombeau, p. 585.
(2) Diod. de Sicile, liv. I, cliap. li.
(3) Entre autres, Quatremère de O'iiney, Bict. d'arch., au mot Tombeau, ]). 585.