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CHAPITRE V

SAINT-PIERRE DE ROME, d’aPRÈS BRAMANTE.

Devant terminer notre histoire théorique par un essai de reproduction du projet de Bramante, pour la basilique de Saint-Pierre de Rome, nous croyons qu’il est indispensahle de justifier avant tout ce célèbre architecte sur un point important. Est-il vrai qu’il ait donné aux piliers du dôme une superficie insuffisante pour supporter le poids de l’édifice, et que ses successeurs ont eu raison d’en aug’inenter considérablement la surface?

D’abord, on sait que le sol était très-mauvais et t[ue c’était la seule cause qui rendit alors d’une nécessité absolue la reconstruction de l’ancienne basilique. Ensuite, selon Patte (1), « tous ceux qui ont donné des descriptions de Saint-Pierre s’accordent à dire que Bramante construisit cet ouvrag’e avec la plus g’rande précipitation, sans laisser presque d’empattement sous les fondements de ses piliers, et même sans leur donner de liaison , soit entre eux , soit avec les autres parties des fondations. » Les lézardes qui se sont manifestées dans les piliers du dôme ont donc une autre cause que l’insuffisance de leur superficie.

Parmi les ég’lises où l’on a imité Saint-Pierre de Rome , celle qui se fait le plus remarquer par la hardiesse de la construction, est sans contredit Sainte-Geneviève de Paris, dont on a fait un Panthéon. Le savant constructeur Rondelet a publié sur cet édifice, construit par

(1) Auteur d’un mémoire sur les objets les plus importants de V architecture.

Souffïot, un intéressant mémoire auquel nous empruntons les passag’es suivants :

« La solidité d’un édifice tel que le Panthéon français dépendait de trois conditions principales ; 1“ de la fermeté du sol; 2° de la bonne construction des ouvrag-es; 3° des dimensions à donner aux murs et points d’appui.

« On ég'alisa d’abord le fond qui se trouve un bon sable, et l’on observa surtout le plus g'rand soin à construire le massif g'énéral sous les quatre piliers du dôme; il fut exécuté tout en libag'es. Enfin on est parvenu à former sous le dôme , ainsi que sous le reste de l’édifice, un sol parfaitement solide.

« Quant à la seconde question concernant la bonne qualité des constructions, on a adopté, pour les parties inférieures, un système vicieux qui, malheureusement, a été suivi jusqu’à 48 pieds de hauteur au-dessus du sol... La méthode vicieuse que l’on a suivie, en construisant les piliers, consiste à démaig’rir le lit des pierres jusqu’à 4 à 5 pouces près de leurs parements, et à les poser sur des cales. Il résulte de cette manière de creuser le lit des pierres, que lorsque le tassement, occasionné par la charg’e supérieure, vient à se faire, tout le poids se porte sur la partie la moins susceptible d’être comprimée.

« Il nous reste à parler de la troisième condition relative aux dimensions des murs et points d’appui , par rapport à la chargée et aux efforts qu’ils ont à soutenir.

« Le mur de la tour du dôme n’a que 3 pieds 3 pouces d’épaisseur; cependant il soutient trois g-randes voûtes (1), et il a résisté à tous les efibrts de la poussée et même au tassement inég’al que les piliers ont éprouvé par leur mauvaise construction.

« Les piliers du dôme sont en pierre dure du fond de Bag’neux. Les points d’appui d’un édifice n’étant pas faits pour s’écraser sous la charg’e qu’ils ont à soutenir, en ne prenant que la moitié du poids sous lequel celte pierre s’écrase, et ayant ég’ard à toutes les circon-

(I) Nous faisons oljscrvcr (j-ue la première coujjolc porte sur les colonnes engagées. Le mui', à la naissance des trois coupoles, a en réalité la onzième partie du diamètre intérieur du dôme. * Voyez notre lig. 123, ci-contre. * Ce diamètre est de 61 pieds de roi.

LIVHE IX. — CHAPITRE V.

stances qui peuvent en diminuer la force, on trouvera que la superficie de chaque pilier du dôme du Panthéon français, y compris les colonnes eng’ag’ées qui y tiennent, étant de 131 pieds (13”, 83 siiper-

Fig. 123. — Parallèle des coupoles de S'-Pierre de Rome et de S"-Geueviève à Paris,

fîciels)^ s’ils étaient assez bien construits pour équivaloir à des piliers d’une seule pièce; on trouvera, dis-je, que, d’après les expériences faites avec ma machine, ils seraient assez forts pour porter chacun un poids de 27,329,220 livres; et, comme leur chargée n’est que de

7,449,980 livres, il en résulte qu’ils seraient près de quatre fois plus forts qu’il ne faut (1). »

Gomme on le voit, à Sainte-Geneviève ainsi qu’à Saint-Pierre, les accidents survenus aux piliers ont été produits par des vices de construction et non par l’insuffisance de surface de ces mêmes piliers.

Un parallèle g'rapliique fera comprendre à première vue jusqu’à quelle exag’ération on a porté les dimensions des piliers supportant le dôme de Saint-Pierre. (Voyez notre fig*. 123, ci-contre.)

Dans ce parallèle entre le dôme de Bramante et celui de Soufflot, supposé de même diamètre :

Le pilier de Soufflot (n“ 1) qui n’avait dans l’origine que 13“,83,

aurait, exécuté à l’échelle de Saint-Pierre. . 62 ”,72 de superficie.

Le même pilier consolidé par Rondelet (n“ 2,

teinte claire) aurait . 93”, 00 —

Le pilier du plan en croix latine, d’après

Bramante (n° 3), aurait 128”, 16 —

Le pilier de la première étude de Bramante (2) (n“ 4, teinte noire) aurait 138”, 00 —

Enfin , le pilier de Michel- Ange (n“ 4 , teinte claire) a 270“ superficiels.

Passons maintenant aux projets de Bramante pour Saint-Pierre.

M. le baron Henry de Geymüller, architecte, a publié, en 1875, un très-intéressant ouvragée intitulé : « Les projets primitifs pour la basili- « que de Saint-Pierre de Rome par Bramante , Raphaël Sanzio, Fra « Giocondo, etc. »

Nous lisons dans son introduction : « ... Après que nous eûmes découvert une partie des projets primitifs, nous vîmes apparaître, derrière le temple actuel, comme transfigairé , un autre édifice splendide, le Saint-Pierre de Bramante.

a Les projets primitifs pour la basilique de Saint-Pierre, c’est-à-

(1) Pages 30 à'OO,

(2) Planclie 3 de l’ouvrage de M. le jjaroii de Geymiiller.

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