DES OBÉLISQUES
On a beaucoup discouru sur la sig’nification relig’ieuse ou politique des obélisques en Eg’ypte. Les uns y ont vu des g*nonions, les autres des monuments funéraires, etc. La découverte de Champollion peut jeter un jour nouveau sur cette question.
L’obélisque est représenté dans les textes sacrés : 1” comme caractère fîg'uratif, c’est-à-dire exprimant l’objet dont il présente l’imag’e; 2“ comme caractère symbolique exprimant l’idée Amman, et avec les sig’nes complémentaires, Amman-Ré, roi des dieux. Le surnom est exprimé tantôt par Limag-e même du dieu Pliré, le Soleil, tantôt par le seulement. Les obélisques étaient ordinairement dédiés à Ammon et quelquefois au dieu Pbré, qui n’est qu’une abstraction du Grand Etre. Pline est bien près de la vérité en disant que ces monolithes étaient consacrés au Soleil (1),
Un tombeau érig’é sous la iv® dynastie, contenant une inscription où l’obélisque est employé comme caractère d’écriture, prouve que son usag’e remonte à une très-haute antiquité.
Quant à l’orig-ine de ces monuments, peut-être la trouverait-on par analog'ie en se rappelant que la plupart des anciens peuples ont adoré des pierres. Pausanias dit positivement que « dans les temps les plus reculés, tous les Grecs en g-énéral rendaient des honneurs divins à des pierres brutes qui leur tenaient lieu de statues w. Il y avait encore de son temps, « au milieu de la place publique de Pharès, des pierres carrées nombre de trente; les Pbaréens leur rendaient un culte et
il J Pline, lib. .XXXVI, cap. ix.
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dormaient à chacune d’elles le nom de quelque divinité (1) ». Pausanias ajoute que « la statue de Jupiter Mélichius et celle de Diane Patroa étaient faites sans aucun art, car Jupiter Mélichius ressemblait à une pyramide, et Diane à une colonne (2) ». — « Il y avait sur la place publique de Tég*ée un autel dédié à Jupiter Téléius, avec sa statue de forme carrée (3). » Enfin, ce qui se rapporte encore mieux à notre sujet, « on remarquait à Még“alopolis une statue à'Ammon de la même forme que les hermès carrés (4) », Les Grecs, en admettant chez eux le dieu ég’yptien, lui ont-ils emprunté sa forme primitive? Nous n’osons l’affirmer, mais c’est probable.
Quoi qu’il en soit, les obélisques sont devenus, avec le temps, des monuments commémoratifs. Accouplés devant le frontispice des temples, et jamais isolés comme chez les modernes, leur mission fut d’en transmettre la dédicace à la postérité.
Ces monolithes confirment un fait sing-ulier, que nous avons déjà remarqué dans le dessin des fig’ures et dans les colonnes. Ce fait, de nature à étonner l’esprit, est que l’art, en Egypte, semble marcher à rebours. Tandis qu’en Grèce les édifices parviennent successivement à rélég*ance, suivant l’ordre naturel des choses, chez les Egyptiens, au contraire, les colonnes les plus sveltes, les lig’nes les plus harmonieuses, sont aussi des plus anciens âg’es; et les proportions lourdes, partout ailleurs caractéristiques de l’enfance de l’art, sont, sur la terre des Pharaons, le produit de la décadence. Ceci nous paraîtrait moins étrang’e si nous réfléchissions que les plus anciens monuments épargnés par le temps, en Egypte, sont postérieurs de six mille ans à l’enfance de la civilisation. Ce que nous considérons comme les premières productions de l’art ég'yptien en est presque l’apog-ée.
Les obélisques viennent démontrer à leur tour que les proportions les plus élég’antes sont aussi les plus anciennes. C’est ce que prouve le tableau suivant, où ils sont classés selon l’ordre chronolog*ique, et où,
(1) Liv. Vit, cliap. XXII.
(2) Ihid., liv. II, cliap. ix.
(3) Ibid., liv. VIII , cliap. xlviii.
(4) Ibid., liv. VllI, cliap. xxxii.