LIVRE I". — CHAPITRE IL
La durée des règ’nes y est exprimée en années, mois et jours; et, de loin à loin, les séries de rois sont interrompues par des résumés qui supputent les années.
11 ne faut point s’étonner de ce titre de dieux donné aux premiers souverains de rÉg’ypte. Cet ancien usag'e de diviniser les rois s’est perpétué tant qu’a duré la relig*ion ég*yptienne. Le musée de Turin possède un décret en faveur du roi Horus, de la xviiL dynastie, analog’ue au décret gravé sur la pierre de Rosette en faveur de Ptolémée Epiphane. Plusieurs inscriptions attestent qu’Aménophis et Rliamsès le Grand avaient des prêtres attachés à leur temple longtemps après la mort de ces divins Pharaons. Cette coutume était générale sous les rois grecs (1), et rien ne prouve que ce fCit alors une innovation. Enfin, les empereurs romains furent divinisés à leur tour. Ainsi, tandis que nous constatons, d’une part, qu’un certain nombre de dieux portaient le titre de roi, nous voyons, d’autre part, des Pharaons se parer du titre de « dieux bienfaisants » . C’est que ces deux mots, dieu et roi^ étaient presque synonymes dans l’ancienne Egypte; l’écriture hiératique emploie même, pour l’un et l’autre mot, un déterminatif commun; si bien que, d’après les textes, on pourrait dire à la lettre que les Égyptiens, à toutes les époques de leur histoire, n’ont été gouvernés que par des dieux.
Par un hasard providentiel, le Canon hiératique, presque entièrement perdu pour les premières dynasties de rois, a conservé, au contraire, la partie la plus obscure et la plus contestée de la chronologie égyptienne. Un grand fragament, échappé à la destruction , donne le résumé du temps écoulé depuis la fondation de la monarchie élective jusqu’à Horus, fils d’Osiris, avec un second résumé du temps écoulé depuis Horus jusqu’à Ménès, fondateur de la royauté héréditaire. LTn autre fragment du même papyrus, où se trouvent les noms des sept premiers des douze dieux dont parle la Vieille Chronique , lesquels noms, comme nous venons de le dire, sont précédés du titre roi, et suivis de la durée de chac[ue règme, un autre fragmienC disons-nous, permet
(I) Voir l’inscription de Rosette.
d’assig-ner une date à chacun de ces personnag’es, et de vérifier ainsi
l’assertion de Diodore de Sicile.
ün compte d’Alexandre le Grand à Ménès, suivant
Manéthon 5,441 années.
Le temps écoulé depuis le règ*ne de Ménès jusqu’à celui d’Horus, d’après le second résumé du Canon hiératique, est de 4,628 —
Durée du règ’ne de Seth (Typhon), prédécesseur
d’Horus 29 —
Durée du règ*ne d’Osiris, prédécesseur de Typhon. . 34 —
Soit de la l" année du règ*ne d’Osiris à Alexandre. 10,132 années.
Et, selon Diodore de Sicile, « plus de dix mille ans ». Sans doute Diodore connaissait exactement ce chiffre; mais, ne voulant faire qu’un abrég*é de l’histoire d’Ég’ypte, il donne toutes les dates en nombres ronds. Le premier résumé du Canon, qui donne le temps écoulé depuis la fondation de la monarchie élective jusqu’à Horus, le fixe à 1,103 ans, ce qui reporte cette fondation à la plus ancienne date que nous connaissions, l’an 11504 avant l’ère chrétienne (1). Hérodote donne une date qui se rapproche beaucoup de celle-ci. Voici ce qu’il rapporte : « Ce que les prêtres de Jupiter (Ammon) avaient fait à l’ég*ard d’Hécatée, l’historien qui a vécu avant moi, ils l’ont fait ég’alement pour moi. Ils me conduisirent dans une vaste salle, où ils me firent voir une suite de colosses de bois, au nombre de trois cent quarante-cinq; chaque g’rand prêtre ayant soin d’y placer son imag’e de son vivant. En me les comptant tous, à commencer par celui qui était mort le plus récemment, ils me firent remarquer que chacun de ces personnag’es avait succédé à son père, sans interruption, jusqu’au dernier. Or, ajoute-t-il, trois cents g’énérations font dix mille ans, en comptant cent ans pour trois g’énérations, etc., » ce qui donne 11,500 ans depuis le premier g’rand prêtre jusqu’à l’époque où Héro-
(i) ChronoL des rois d’Éyyple, p. 21HÎ.