CHAPITRE VI
Pronaos.
Strabon, qui sans cloute pensait aux temples grecs, dit que le naos ég’yptien contenait « un pronaos d’une dimension considérable et un sêcos (sanctuaire) de g'randeur médiocre » . C’est que chez les Grecs le pronaos n’est qu’un vestibule, tandis que chez les Ég’yptiens c’est la pièce principale du temple.
Une intéressante inscription lue par Champollion dans la salle hypostyle du Rhamesséium nous fait connaître le nom et l’usag’e de ces grandes salles. Voici ce que dit la dédicace :
« Rhamsès a fait exécuter ces constructions en l’honneur de son père Am mon, roi des dieux ; il a fait construire la grande salle d assemblée, en bonne pierre blanche de g’rès, soutenue par de g’randes colonnes à chapiteaux imitant des fleurs épanouies, flanquées de colonnes plus petites à chapiteaux imitant le bouton de lotus tronqué, salle qu’il voue au seig’neur des dieux la célébration de sa panégyrie gracieuse. »
« Ainsi donc, ajoute Champollion, les salles liypostyles, qui donnent aux temples ég’yptiens un caractère si particulier, furent véritablement destinées à tenir de grandes assemblées relig’ieuses, c’est-à-dire ce qu’on nommait des panég’yries ou réunions g’énérales. La forme du caractère hiérogdypbique exprimant l’idée panégyrie représente une salle bypostyle avec des siég’es disposés au pied des colonnes (1). »
Cette disposition exceptionnelle ne se voit que dans les g*rands temples de Thèbes, principalement au temple d’Ammon à Karnac, où elle paraît avoir été imag’inée afin de pouvoir éclairer directement les trois nefs centrales de la salle bypostyle. Vitruve avait sans doute connaissance de C('tte remarquable invention lorsqu’il décrivit ce qu’il appelle justement ; Salles égyptiennes.
« Les g’randes salles ég’yptiennes, dit-il, ont des architraves sur les colonnes et, sur les architraves, des planchers qui vont des colonnes
(1) Lettres d’Égypte, p. 272.
Ui HISTOIRE ET THÉORIE DE L’ARCHITECTURE.
jusqu’au mur d’alentour. Ces plancliers sont pavés et font une terrasse découverte. Ensuite, sur l’architrave et à plomb des colonnes d’en bas, on élève un autre ordre de colonnes, plus petites que les premières, sur lesquelles il y a d’autres architraves et les planchers en plafond. Enfin entre les colonnes d’en haut on place les fenêtres (1). »
Il existe à la vérité une différence radicale entre les deux salles, mais cela tient uniquement à la nature des matériaux employés de part et d’autre. La salle romaine ayant des planchers en bois, les deux rang’ées centrales de g*randes colonnes, indispensables pour soutenir le plafond de pierre d’une salle hypostyle, deviennent inutiles avec le système de construction indiqué par Vitruve, et il ne reste plus qu’une différence de style et d’étendue.
C’est surtout par son étendue que la salle hypostyle du temple d’Ammon à Thèbes est extraordinaire. Son immense plafond, soutenu par cent trente-quatre colonnes, dont douze de g’randeur colossale, couvre une superficie de cinq mille mètres. Les douze colonnes centrales ont 3 mètres 57 centimètres de diamètre, et les colonnes latérales 2 mètres 71 centimètres.
Cette vaste salle a été érig’ée vers le milieu du xviU siècle avant nçtre ère par Séthos L'*', treizième roi de la xviif dynastie (2).
(1) Liv. VI, chaj). v.
(2) Séthos U'' (Méiamouii) régna de l’an 1062 à l'an 1638.