‹ Histoire et théorie de l'architectureChapitre 73 sur 296 · LIVRE III. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE VI

sphinx en pierre, distants les uns des autres de ving-t coudées ou un peu plus.

« Après les sphinx, on trouve un grand propylée; puis, en s’avançant plus loin, un second; puis un troisième. Au reste, le nombre des propylées n’est pas déterminé, non plus que celui des sphinx; il varie dans les différents temples, de même que la longueur et la largeur des dromos.

« Au-delà des propylées s’élève le 7mos, contenant un pronaos et un sêcos (le sanctuaire): le premier, d’une dimension considérable; le second, de grandeur médiocre. Ce 7iaos ne renferme point de statue, ou du moins, s’il en renferme, elles représentent quelque animal et non des figures humaines.

« De chaque côté du pronaos, s'avance ce qu'on appelle les ptères (ailes) ; ce sont deux murs dont la hauteur est égal'e à celle du temple ; leur éloignement l’un de l’autre est d’abord un peu plus considérable que la largeur du soubassement du naos; puis elles s’étendent en avant sur une ligne déclinée jusqu’à cinquante à soixante coudées. Les parois de ces ptères sont couvertes de grandes figures sculptées en anaglyphe, semblabes aux sculptures tyrrhéniennes ou aux trèsanciens ouvrages g’recs(l). »

On peut ajouter à la description de Strabon ce passage de saint Clément d’Alexandrie :

« Tels sont les temples des Égyptiens: des bois sacrés, de longs portiques, des vestibules spacieux vous y conduisent ; d’innombrables colonnes en supportent le plafond élevé; les murailles, revêtues de pierres précieuses et de riches peintures, jettent de toutes parts un éclat qui vous éblouit. Rien ne manque à cette magnificence. Partout de l’or, partout de l’argent, partout de l’ivoire. Vous vous étonnez justement que les Indes et l’Éthiopie aient pu, pour y suffire, produire assez de richesses. Cependant le sanctuaire se cache encore à vos regards sous de longs voiles de pourpre brodés d’or et de pierreries (2)... »

(1) Strabon, liv. XVII, § xiii.

(2) Le Pédagogue, liv. III, chap. ii.

Selon Gliampollion, on commençait toujours la construction des temples par le sanctuaire ; on y ajoutait ensuite le pronaos ou salle hypostyle, puis les ailes, etc. Nous suivrons le même ordre.

Les g-rands teuiples ég’yptiens s’écartent des temples g'recs beaucoup plus que les petits. Le Parthénon ne serait en Ég-ypte, par son deg*ré d’importance et mérite artistique à part, qu’un temple de second ordre.

Ainsi le sanctuaire, composé chez les Grecs d’une simple cella à laquelle s’adjoint quelquefois un opisthodome ou trésor sacré, prend chez les Eg’yptiens de très-g’rands développements. Cette partie du temple est nommée adrjton (a^uxov) dans l’inscription de Rosette, et sêcos (xrrzoç) par Strabon. Ce nom de sêcos, que l’on donnait à l’ensemble, paraît s’appliquer plus particulièrement à une cella de grandeur médiocre, située ordinairement au centre du corps de bâtiment principal. Cette cella esi entourée d’un assez g-rand nombre de pièces plus petites dont elle est séparée par une g’alerie de communication qui l’isole de tous côtés. Dans les temples d’une certaine importance, une salle dont le plafond est soutenu par des colonnes vient s’interposer entre la cella et le pronaos.

Les statues étaient rares dans les sanctuaires, excepté dans ceux des spéos ou temples souterrains. Là, au contraire, elles sont nombreuses et placées dans des niches. On plaçait souvent dans les sanctuaires des chapelles monolithes en g’ranit ; cette espèce de naos contenait peut-être le symbole du dieu, c’est-à-dire l’imag'e de l’animal qui lui était consacré, mais non l’animal vivant. Les sanctuaires ne sont ni éclairés ni aérés; aucune disposition de pureté et de salubrité n’y a été prise, par conséquent aucun animal n’y saurait vivre. Les animaux sacrés qu’on entretenait à Memphis, à Héliopolis, etc., étaient une exception et devaient occuper une localité appropriée à leur usag’e. L' Apiéon, ou demewe d' Apis, ne ressemblait à aucun autre temple, du moins quant au sanctuaire, qui était véritablement une étable. (Hérodote dit : « L’étable où l’on nourrit Apis. »)

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