LIVRE IV. — CHAPITRE I
ne permet g-uère de supposer des colonnes intermédiaires, car, selon Vitruve, on mettait deux colonnes entre les antes seulement lorsque le temple avait plus de vingt pieds de larg’eur (1), c’est-à-dire plus de six mètres. On voit sur des vases peints et sur un bas-relief antiques des petits édifices de cette espèce; la plupart, il.est vrai, sont des fontaines publiques. Quoi qu’il en soit, ce monument rappelle, par l’exiguïté de ses dimensions, le temple que Romulus fît bâtir sur le mont Capitolin en l’honneur de Jupiter Férétrien, et qui existait encore en partie du temps de Denys d’Halicarnasse. Selon cet auteur, « il n’avait pas tout à fait quinze pieds par le côté le plus long (2). »
Or, la longueur totale du petit temple albanais est de. . . 6™, 09
et, sans le pronaos 4“,90
15 pieds grecs égalent 4™, 63.
Nous tenons à constater ce fait de l’existence des temples de petites dimensions dans la haute antiquité étrusque, parce qu’elle vient à l’appui d’une opinion que nous nous sommes formée en étudiant celte époque primitive.
Ce que nous appelons en termes de charpenterie une ferme est d’une composition trop compliquée, trop savante pour remonter à une haute antiquité. Les anciens, même à l’apogée de l’art, ne paraissent pas avoir fait usage de demi-fermes dans les combles en appentis. Ainsi, les portiques du Camp des Soldats, dont la charpente carbonisée a été retrouvée dans la cendre du Vésuve (3), et tous les portiques de Pompéi en général, étaient couverts par des chevrons seulement. Il en était de même aux portiques des temples périptères de la Sicile, et sans doute aussi à tous les anciens temples grecs.
Lorsqu’on voulait de larg’es portiques isolés, couverts à deux égouts, un rang de colonnes médiales supportait le faîtage. Quant aux pronaos et aux sanctuaires des temples, nous croyons que, primitivement, leur profondeur n’excédait pas la portée d’un faîtag’e.
Plusieurs chambres de tombeaux étrusques taillés dans le roc, où
(1) Ibid., lili. IV, cap. iv.
(2) Antiquités romaines , liv. Il, chap. ix.
(3) Voir: Mon. de Pornpci, par Mazois, vol. III, pl. iv.
l’on a imité, dans le plafond, les eombinaisons d’un eomble en bois, nous ont transmis d’ailleurs l’imag’e fidèle de ee g*enre de eonstruetion. Cette décoration peut avoir été empruntée à de simples habitations, mais certainement aussi à la cella des plus anciens temples. Les dimensions de certaines chambres sépulcrales, où le plafond a reçu cette décoration, approchent même des proportions des petits temples. Dans un tombeau italico-g’rec taillé dans le tuf à Canosa, la chambre principale a 2“', 97 de larg-eur sur 3”, 89 de long-ueur (1) ; la g’rosseur du faîtag-e figairé, étant de 0“,38, est larg*ement en proportion avec cette partie. Dans le temple albanais précité, la portée du faîtag’e (3”, 93) n’excède celle-ci que de 4 centimètres.
Il est évident qu’avec des bois plus g’ros le même système de construction s’appliquerait à des espaces plus g-rands.
Dans la structure du temple toscan décrit par Vitruve, on élevait sur le poitrail servant d’architrave un petit mur, tenant lieu de frise, sur lequel posaient les bouts des chevrons. Ce petit mur en maçonnerie, dont on a retrouvé un exemple à Pompéi, est complètement étrang’er au système de construction; il chargée inutilement, même nuisiblement le poitrail, et n’a pu être imaginé que pour donner plus de digmité à l’œuvre en imitant la frise d’un autre ordre.
Nous pensons donc que cette complication n’a été introduite qu’à une époque comparativement récente, mais que dans l’orig'ine les chevrons posaient directement sur le poitrail.
Nous citerons à l’appui de cette opinion un bas-relief publié par Micali (2). Le fond de ce bas-relief est entièrement occupé par la représentation d’un temple toscan. Or, dans ce temple, les chevrons posent d’une part snr un faîtag’e dont la tête est apparente, de l’autre sur une architrave plate qu’ils débordent; et « ils avancent, comme le dit Vitruve, aussi loin qu'il est nécessaire pour mettre les murailles à r abri (3). »
Cette combinaison simple s’est perpétuée traditionnellement jus-
(1) Institut Archéoh, vol. I, pl. xuii.
(2) Mon. inediU, pl. xxii, n“ I.
(3) Yitnive, liv. IV, cliup. ii.