‹ Histoire et théorie de l'architectureChapitre 93 sur 296 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

ÜIIAPITHE III.

« Notre Saint-Père m’a mis un g'rand fardeau sur les épaules en me charg-eant de la construction de Saint-Pierre; j’espère toutefois ne pas y succomber. Ce qui me rassure, c’est que le modèle que j’ai fait plaît à Sa Sainteté et a le sutfrag’e de beaucoup d’habiles gens. Blais je porte mes mes plus haut : je voudrais retrouver les belles formes des édifices antiques. Mon vol sera-t-il celui d’Icare? Vitruve me donne sans doute de grandes lumières, mais pas autant qiiil m’en faudrait. »

Il fallait en effet avoir étudié Vitruve pour voir dans le temple de Cora un ordre toscan .

Cependant on considère, en général, ce monument comme étant d’ordre dorique, et l’on explique les proportions sveltes des colonnes et de l’entablement par une certaine combinaison de perspective. L’édifice étant situé sur un plateau élevé et de peu d’étendue, on prétend que les colonnes sont vues en raccourci, et que leur proportion se trouve ainsi ramenée vers les conditions ordinaires. Ce système n’est pas soutenable; car, s’il était admissible, il s’ensuivrait qu’un édifice bien- proportionné, vu à distance, cesserait de l’être lorsqu’on s’en approche, ce qui heureusement n’existe pas. D’ailleurs la plupart des temples grecs, et avant tout le Parthénon, sont dans une situation élevée fort analogue à celle du temple de Cora; et l’on n’a pas encore remarqué, ce nous semble, que leurs puissantes colonnes changeassent de proportion selon le point de vue.

En comparant le temple d’IIercule à Cora avec celui d’Albe et au portique du Camp des Soldats, il est facile de voir tout d’abord qu’il a été conçu dans son ensemble suivant le système toscan. Ainsi, il est élevé sur un larg’e stylobate, et les fondations des colonnes sont cylindriques, comme au temple albanais; les colonnes ont des bases, ce qui n’existe point pour l’ordre dorique; ces colonnes ont huit diamètres et deux tiers de hauteur, proportion éminemment toscane, puisqu’à Albane les colonnes ont un peu plus de neuf diamètres; les cannelures ne sont point, comme nous l’avons vu plus haut, un ornement étrang’er à l’ordre toscan; mais un mode qui semble appartenir plus spécialement à cet ordre, est de ne les creuser, comme ici et au Camp des Soldats, qu’à partir du tiers environ de la hauteur des colonnes; le chapiteau est

moins toscan que celui des colonnes que nous venons de citer, mais il l’est plus que le chapiteau du portique des Écoles.

L’entablement a de hauteur un peu moins d’un module ou diamètre et demi ; celui du Camp des Soldats un peu plus d’un diamètre, proportions fort rapprochées , et toutes deux bien loin des proportions doriques. Cette lég*èreté de rentahlement, ainsi que nous l’avons déjà fait observer, est d’ailleurs en harmonie avec Félég’ance des colonnes.

Le trait le plus caractéristique, peut-être, est dans la mince épaisseur de l’architrave, laquelle a moins d’un tiers de diamètre en hauteur (1). Cette extrême maig-reur d’un membre exig'eant de la force, dans un édifice construit en piei’re, ne devait être supportable que pour des yeux accoutumés à voir des architraves de bois.

En résumé, le temple de Cora n’a de g-rec que les détails de l’entablement et du chapiteau. Mais sa partie inférieure et toutes ses proportions sont parfaitement toscanes. On peut le désig’ner, si l’on veut, sous le nom de dorico-toscan .

La partie la plus intéressante de l’ordre toscan est sans contredit son entablement de bois, et c’est malheureusement ce que nous connaissons le moins. Toutefois, le portique du Camp des Soldats, à Pompéi, pourra peut-être jeter quelque lumière sur ce point.

« Lorsque l’on commença à débarrasser cet édifice des cendres sous lesquelles il était enseveli, dit Mazois, on eut l’attention d’en rétablir une partie, avec un soin particulier, en conservant tous les fragments pour les replacer, ou les imiter, si l’on ne pouvait les faire servir encore. La charpente et la menuiserie calcinées furent soigneusement restituées dans leur ancien état, d’après ces indications; aussi la coupe que l’on voit, pl. III, peut-elle être regardée comme la restauration la plus authentique qu’il soit possible de faire. » (Tome III, p. 14.)

Voici d’abord ce que dit Vitruve là-dessus :

«On mettra sur les colonnes des pièces de bois jointes ensem-

ble, afin qu’elles fassent un assemblage qui soit de la hauteur que demande le module de l’ouvrag’e, et qu’étant ainsi jointes elles égalent la

(I) Bien eulenclu, comme conslnicüün, rarchitrave et la Bise ne forment qu’une seule assise

Temple d'Hercule à Cora.

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