GRANDS MONUMENTS
Stèle dé Naram-Sin (vers 3.750 av. J.-C). — Ce monument, découvert en 1898, est le plus beau morceau d'art chaldéen qui, jusqu'à ce jour, ait été retrouvé. Le roi Naram-Sin, suivi de ses neuf grands vassaux, poursuit dans les montagnes boisées ses ennemis vaincus. L'inscription du grand roi est presque eflFacée, mais dans le peu qu'il en reste se trouve le nom du monarque. Cette stèle fut enlevée de Ghaldée par le roi susien Ghoutrouk Kakhounté (vers 1.100 av. J.-G.) qui la rapporta dans sa capitale et fit graver l'inscription qu'on voit sur la figuration de la montagne.
Obélisque de Manichtou Sou (vers 3.800 av. J.-G.). — Ce bloc de dacite, transportéégalement de Ghaldée à Suse par le roi Ghoutrouk Nakhounté, porte une très longue inscription juridique, titre de propriété relatif à des domaines sis en Ghaldée près de la ville de Kich. Ce monument est le plus important en son genre. La pierre dont il est fait
avait été apportée du (Haut-Euphrate) pays de Mâgan par les Ghaldéens.
Stèle de Hammourabi (vers 2.000 av, J.-C). — Ce monument n'est à proprement parler ni une stèle, ni un obélisque; sa forme irrégulière tient à ce que le texte qu'il devait porter étant très long Tartiste avait ménagé le plus possible la matière et s'était contenté de dégrossir le bloc et de le polir.
Au sommet on voit le dieu Ghamach assis remettant au roi, son serviteur, Hammourabi le stylet à l'aide duquel il gravera les lois sous l'inspiration divine. C'est ainsi que Jeovah remit à Moïse les tables de la loi.
Ces lois comprennent presque tout le code civil des Ghaldéens du xx® siècle avant notre ère. Une faible partie (à la base du monument) a été eflfacée, soit que les lois qu'elle renfermait eussent été prorogées, soit que le roi qui s'en empara eût voulu y ajouter son propre nom. Il est à remarquer que toute la partie de la juridiction relative aux impôts manque dans le code ; peut-être se trouvait-elle dans la partie effacée.
Bien que découverte à Suse cette stèle n*est pas élamite; elle fut gravée en Chaldée pour la ville de Sippar et les lois sont rédigées en langue sémitique. Un roi susien, probablement GhoutroukNakhounté l'enleva de cette ville et l'emporta comme trophée.
Get exemplaire des lois de Hammourabi n'était pas unique à Suse, car nous retrouvons fréquemment des fragments d'un monument semblable portant les mêmes textes.
Lions de marbre. — II est impossible d'assigner
une date précise àcesdeux monuments, ils ornaient le temple du grand dieu Ghouchinak dans les ruines duquel ils ont été trouvés, en 1904. Leur âge est certainement très élevé si nous en jugeons par le caractère de la sculpture on peut sans crainte d'erreur les faire remonter au xl« siècle au moins.
Vasque de Idadou Chouchinak, patési de Suse vers le xxxviii® siècle avant notre ère. Ce monument surtout est remarquable par le texte qu'il porte.
Textes lapidaires proto-anzanites. — Nous possédons trois de ces textes dont la lecture n'est pas encore complètement faite. Ils sont accompagnés d'inscriptions en langue sémitique n'ayant, semblet-il, rien de commun avec les textes proto-anzanites. Le mieux conservé est celui gravé sur une table en forme de losange ornée d'une tête de lion. Ce monument remonte à une très haute antiquité, au XLe siècle au moins avant notre ère. Il montre qu'à cette époque il existait en Elam deux systèmes d'écriture répondant sûrement à deux langues différentes; ces deux systèmes semblent procéder d'une même origine, celle des hiéroglyphes; mais alors qu'en Chaldée le développement se fit rapidement il semble avoir été plus lent en Elam où les idéogrammes subsistèrent.
Colonne de briques de Choutrouk Nakhounté. — Placée dans Tembrasure d'une fenêtre de notre, galerie, cette colonne a été remontée avec les matériaux rapportés de Suse. Elle se trouvait dans le temple de Ghouchinak, en assez bon état de conservation pour qu'il fût possible de replacer dans le même ordre les divers éléments. Chaque brique porte une inscription de fondation, la même
sur toutes les briques, au nom du roi Choutrouk Nakhounté, grand bâtisseur des temples susiens.
Koudourrous. — Ce sont des titres de propriétés gravés sur de gros galets de calcaire ovoïdes; ils portent les emblèmes des divinités sous la protection desquellesla pièce juridique estplacée. Les koudourrous sont très nombreux à Suse. Autrefois on n'en connaissait que cinq ou six, dont le Caillou Michaux de la Bibliothèque nationale. Suse en a déjà fourni plus de vingt, soit entiers, soit en fragments; parfois même ils ont été préparés mais inachevés et ne portent pas de textes. Tous les koudourrous datent de la période où les rois cosséens régnaient sur la Chaldée (du xw au x' s. av. J.-C). Ils avaient été déposés dans les temples chaldéens d'où les rois élamites les transportèrent à Suse.
Lions en terre émaillée, — Nous ne possédons malheureureusement plus que des fragments de ces superbes objets d'art qui ornaient à Suse le temple de Chouchinak. Leur mode même de construction s'opposait à leur transport. L'ouvrier élamite avait d'abord construit en brique et terre un massif présentant grossièrement la forme d'un lion couché, puis avec de Targile il avait modelé les détails de l'animal. Le tout avait été émaillé et cuit sur place.
Lors de leur découverte, en 1904, ces lions étaient déjà renversés et brisés, il ne restait que les deux têtes qu'on peut voir exposées dans notre salle. Je les pense de quelque peu postérieurs au x° siècle environ av. J.-C, époque à laquelle Tusage de l'émail semble s'être introduit dans le pays.
Statue de bronze de la reine Napir Asou, femme d'Ountach Gai (vers le xiv® siècle av. J.-C). Cette statue, dont malheureusement la tête manque, représente la reine, debout, les mains jointes ; elle porte une longue inscription fournissant ses noms et ses titres.
On ne connaissait jusqu'ici aucun bronze de cette importance remontant à une époque aussi reculée. Cette statue est remarquable par son exécution artistique, mais elle l'est aussi par le côté technique du travail. Fondue en creux sur une épaisseur de 2 cm. 1^2 environ, elle fut ensuite remplie par une seconde coulée, en sorte que son poids dépasse 1.750 kilogrammes dans l'état où elle se trouve actuellement. Elle fut découverte en 1903.
Colonnes de bronze, — Ces objets ne sont pas, à proprement parler des colonnes, mais bien des barrières qui probablement protégeaient une statue divine ou un sanctuaire. Les inscriptions qu'ils portent au nom du roi Chilhak in Chouchinak (vers le x* siècle av. J.-C.) sont en langue anzanite : elles prouvent qu'ils étaient placés horizontar lement; Tune de ces barrières, la plus courte, porte les amorces de sujets qui jadis la surmontaient et qui ont été brisés. La fonte de ces deux pièces sans soufflures est un tour de force de praticien.
Table de bronze, — Cette table, jadis supportée par cinq personnages debout, était, par l'une de ses extrémités, encastrée dans la muraille ou dans le socle d'une statue, deux serpents en bordaient les contours. Cet objet a beaucoup souffert du pillage de Suse par les Assyriens ; il fut attaqué à coups de masses, dont on voit encore les traces ;
tout ce qui pouvait être brisé fut séparé et emporté. Il ne resta que la partie que nous possédons et dont les Assyriens ne purent se charger.
Bas-relief de bronze, — De même que la table de bronze, ce monument a beaucoup souffert du pillage de Suse : nous ne possédons que la partie qui a résisté au marteau. Fondu en plein, de 3 à 4 centimètres d'épaisseur, ce bas-relief représente une théorie de personnages, séparés entre eux par un long texte en langue anzanite au nom de Ghilhak in Ghouchinak. Le registre inférieur porte des arbres figurés à la pointe. Nous ne savons rien de la place qu'occupait ce bas-relief dans le temple; peut-être ornait-il le piédestal d'une statue.
Ces quatre monuments sont tous de Tépoque de Chilhak in Ghouchinak (x* siècle) et faisaient probablement partie du même sanctuaire.
Lion achéménide de bronze, — Ge bel objet appartient à une époque beaucoup moins ancienne que ceux qui précèdent ; par sa facture, il est aisé de se rendre compte qu'il fut fondu vers le v* siècle avant notre ère sous la dynastie achéménide de Perse; il pèse 100 kilogrammes environ, il est muni d'un anneau et semble avoir servi de poids.
Osselet de bronze, — Ce curieux objet est étranger à la Perse; fondu avec les armes ramassées sur un champ de bataille, il fut offert à l'Apollon didyméen par Aristagoras, l'inscription boustrophédon en grec archaïque qu'il porte, en fait preuve. Enlevé par Xerxès, lors du pillage du temple de Didyme par les Perses, il fut envoyé à Suse avec le reste du butin et déposé dans la citadelle, (ancien acropole des Elamites) où nous l'avons trouvé en 1899.
Je ne m'étendrai pas plus longuement sur les grands monuments, me contentant de signaler au visiteur les principaux. Les collections renferment, en grand nombre, les stèles, statues, cornes d'albâtre, fragments de bas-reliefs, etc., mais, chacun de ces objets portant une étiquette explicative, je ne crois pas devoir insister davantage.