Histoire étrange d'une fille du monde
Quoiqu'on fût à la veille de l'automne un orage avait passé sur le pays ; mais le soleil s'était couché dans la pourpre des derniers nuages. Le ciel allait resplendir d'étoiles ; sur la terre
mouillée, mais chaude encore, on entendait au loin chanter les faucheurs d'avoine et les faucheurs de regain qui s'en revenaient souper aux fermes voisines.
Une paysanne chantait d'une voix fraîche la vieille chanson :
Mes yeux me disent qu'elle est belle, Mais mon c cur ne me le dit pas.
C'était tout près du château d'Ormoy, un château Louis XIII, bâti en briques rouges encadrées de pierres blanches, avec des ailes en ruines, çà et là mal réparées. Le parc, autrefois grandiose, avait été morcelé à diverses époques, si bien qu'il ne renfermait plus dans ses murs qu'une vingtaine d'arpents ; mais cette surface était toute couverte d'arbres centenaires avec quelques éclaircies pour les parterres et les massifs. Ces murs du parc revêtus de lierre et de ravenelles étaient eux-mêmes en ruine, mais grâce à la grille monumentale qui faisait face au corps de logis, grâce à la façade ancienne dont le temps accentuait le caractère, grâce à l'avenue dont les hêtres, hauts sur pieds, semblaient de fiers cent-gardes, ce petit château avait grand air.
Par m illieur, on pouvait lire cette affiche sur les deux piliers de la grille :
Étude de M' LECHAT, notaire à Ormoy.