LA -FLEUR DE LA MORT
EUX jours après, Horace, que le chagrin avait ravagé, conduisait Geneviève au cimetière d'Ormoy. Il lui avait semblé que 1 ame de Geneviève lui serait reconnaissante d'avoir
mis ce qui restait d'elle dans ce cimetière où leur amour était né comme une fleur de la mort.
C'était les plus touchantes funérailles qu'on eût jamais vues dans le pays.
Le cercueil, porté par huit serviteurs du château, était couvert de roses blanches ; toutes les jeunes filles d'Ormoy, de Marville, de la Ferté, vêtues de robes blanches, portaient des bouquets de fleurs rustiques.
Comme on était dans la saison de la villégiature, il y avait beaucoup de beau monde. C'était l'archevêque d'Amiens qui officiait; quand il descendit de son coupé à quelques pas du cimetière, car la messe mortuaire avait été dite à la Ferté, Horace, qui avait suivi à pied, demanda son fils, qui était sur les bras de la fermière.
Il l'embrassa en se tournant vers les assistants, pour dire à tout le monde que le fils de Geneviève était son fils.
Puis, le posant doucement à terre, il lui donna la main pour que l'enfant marchât avec lui jusqu'à la chapelle.
Horatio pleurait et demandait sa mère, Horace ne pleurait pas et ne parlait pas. H était effrayant par sa pâleur, ses traits contractés, ses yeux fixes, cerclés de noir.
d'une fille du monde. 383
Frédéric Orvins l'accompagnait. Quand tout fut fini, il voulut lui parler.
— Chut! lui dit Horace, je ne suis plus de ce monde.
Il resta plus d'une heure dans le cimetière.
Non pas tout seul, car M. d'Ormoy pleurait caché sous un cyprès, et Martha pleurait sous le grand saule qui masque le monument des d'Ormoy.
Pendant tout l'automne — pendant tout l'hiver — car il n'est pas encore revenu à Paris, — on a rencontré Horace sur le chemin vert de la Ferté à Ormoy, tantôt seul, tantôt avec Horatio, errant comme une âme en peine, s'arrètant à la tombe bien-aimée, les mains pleines de fleurs et les yeux pleins de larmes. C'est la plus éloquente des douleurs, car il n'a pas encore parlé de Geneviève.
H n'a dit que ce seul mot à sa tante :
— Quand je pense que le bonheur était ici et que je l'ai enterré à Ormoy.
— Oui, oui, a murmuré M°^^ de la Ferté, tu as eu l'entêtement de la dignité! C'était bien la peine que Jésus-Christ recueillit les larmes de celles qui pleurent.
Un jour que Horace feuilletait et refeuilletait les papiers de sa femme comme pour y retrouver un rayon et un parfum de cette âme adorabl-^, il a découvert ces lignes écrites par elle :
« La mort m'eH douce et cruelle, cruelle parce « quelle me séparera d'Horace, douce, parce que « seule elle peut me réhabiliter. Le linceul est blanc « comme la neifje.