Histoire fantastique du céèbre Pierrot
Pierrot naquit enfariné : son père était meunier ; sa mère était meunière. Sa marraine était la fée Aurore, la plus jeune fille de Salomon, prince des génies.
Aurore était la plus charmante fée du monde : elle avait les cheveux noirs, le front de moyenne grandeur, mais droit et arrondi, un nez retroussé, fin et charmant, une bouche petite qui laissait voir dans ses sourires des dents admirables. Son teint était blanc comme le lait, et ses joues avaient cette nuance rose et trans-
parente qui est inconnue aux habitants de ce grossier inonde sublunaire. Quant & ses yeux, ô mes amis ! jamais vous n'en avez vu, jamais vous n'en verrez de pareils. Les étoiles du firmament ne sont auprès que des becs de gaz fumeux ; la lune n'est qu'une vieille et sale lanterne.
Dans ces yeux si beaux, si doux, si lumineux, on voyait resplendir un esprit extraordinaire et une bonté suprême. Oh ! quelle marraine avait le fortuné Pierrot!
Les fées, qui sont de grandes dames, ne fréquentent guère de simples meuniers; mais Aurore était si compatissante, qu'elle n'aimait que la société des pauvres et des malheureux. Un jour qu'elle se promenait seule, dans là campagne, elle passa près de la maison du meunier juste au moment où Pierrot, qui venait de naître, criait et demandait le sein de sa mère ; elle entra dans le moulin, poussée par une curiosité bien naturelle aux dames.
Comme elle entrait, Pierrot cessa de crier pour lui tendre les bras. Aurore en fut si charmée, qu'elle le prit sur-le-champ, l'embrassa, le caressa, l'endormit, le replaça dans son berceau et ne voulut pas sortir du moulin avant d'avoir obtenu la promesse qu'elle serait choisie pour marraine de l'enfant.
Le lendemain, elle tint Pierrot sur les fonts baptismaux et voulut lui faire un présent, suivant la coutume.
DU CÉLÈBRE PIERKOT. 3
— Mon ami, lui dit-elle, je pourrais te rendre plus riche que tous les rois de la terre; mais à quoi sert la richesse, si ce n'est à corrompre et endurcir ceux qui la possèdent; je pourrais te donner le bonheur, mais il faut Tavoir mérité? Je yeux te donner deux choses ; l'esprit et le courage, qui te défendront contre les autres hommes; et une troisième : la bonté, qui les dé* fendra contre toi. Ces trois choses ne t'empocheront p^s de rencontrer beaucoup d'ennemis et d'essuyer de grands malheurs, mais, avec le temps, elles te feront triompher de tout* Au reste, si tu as besoin de moi, voici un anneau que je t'ordonne de ne jamais quitter. Quand tu voudras me voir, tu le baiseras trois fois en prononçant mon nom» En quelque lieu de la terre ou du ciel que je sois, je t'entendrai et je viendrai à ton secours.
Voilà comment Pierrot fut baptisé. Je passe sous silence les dragées, dont la fée Aurore répandit une si grande quantité qu'elle couvrit tout le pays, et que les enfants du village en ramassèrent deux cent cinquante mille boisseaux et demi, sans compter ce que croquèrent les oiseaux du ciel, les lièvres et les écureuils.
Quand Pierrot eut dix-huit ans, la fée Aurore le prit à part et lui dit :
— Mon ami Pierrot, ton éducation est terminée* Tu sais tout ce qu'il faut savoir : tu parles latin comme Cicéron et grec comme Démosthènes; tu sais l'anglais,
l'allemand, l'espagnol, l'italien, le cophte, l'hébreu, le sanscrit et le chaldéen ; tu connais à fond la physique, la métaphysique, la chimie, la chiromancie, la magie, la météorologie, la dialectique, la sophistique, la clinique et l'hydrostatique; tu as lu tous les philosophes et tu pourrais réciter tous les poètes ; tu cours comme une locomotive et tu as les poignets si forts et si bien attachés, que tu pourrais porter, à bras tendu, une échelle au sommet de laquelle serait un homme qui tiendrait lui-même la cathédrale de Strasbourg en équilibre sur le bout de son nez. Tu as bonnes dents, bon pied, bon œil. Quel métier veux-tu faire?
— Je veux être soldat, dit Pierrot; je veux aller à la guerre, tuer beaucoup d'ennemis, devenir un grand capitaine et acquérir une gloire immortelle qui fera parler de moi in sœcula sceculorum.
— Amen, dit la fée en riant. Tu es jeune encore, tu as du temps à perdre. J'y consens ; mais s'il t'arrive quelque accident, ne mêle reproche pas... Ces enfants des hommes, ajouta-t-elle plus bas et comme se parlant à elle-même, se ressemblent tous, et le plus sensé d'entre eux mourra sans avoir eu plus de bon sens que son grand-père Adam quand il sortit du paradis terrestre.
Pierrot avait bien entendu l'aparté, mais il n'en fit pas semblant. « Il n'y a pire sourd, dit le proverbe, que celui qui ne veut pas entendre. » Ses yeux étaient
Dtî CÉLÈBRE PIERROT. 5
éblouis des splendeurs de l'uniforme, des épaulettes d'or, des pantalons rouges, des tuniques bleues, des croix qui brillent sur les poitrines des officiers supérieurs. Le sabre qui pend à leur ceinture lui parut le plus bel instrument et le plus utile qu'eût jamais inventé le génie de l'homme. Quant au cheval, et tous mes lecteurs me comprendront sans peine, c'était le rêve de l'ambitieux Pierrot.
— Il est glorieux d'être fantassin, disait-il ; mais il est divin d'être cavalier. Si j'étais Dieu, je dînerais à cheval.
Son rêve était plus près de la réalité qu'il ne le croyait.
— Embrasse ton père et ta mère, dit la fée, et partons.
— Où donc allons-nous ? dit Pierrot.
— A la gloire, puisque tu le veux ; et prenons garde de ne pas nous rompre le cou, la route est difficile.
Qui pourrait dire la douleur de la pauvre meunière, quand elle apprit le projet de Pierrot !
— Hélas ! dit-elle , je t'ai nourri de mon lait, réchauffé de mes caresses et de mes baisers, élevé, instruit, pour que tu te fasses tuer au service du roi ! Quel besoin as-tu d'être soldat, malheureux Pierrot? Te manque-t-il quelque chose ici? Ce que tu as voulu, en tout temps, ne Pavons-nous pas fait? Ne te l'avonsnous pas donné? Pierrot, je t'en supplie, ne me donne pas la douleur de te voir un jour rapporté ici mort
ou estropié. Que ferions-nous alors? Que fera ton père, dont le bras se fatigue et ne £eut plus travailler? Comment et de quoi vitrons-nous?
— Pardonne-moi, pauvre tnère, dit Pentêté Pierrot, c'est ma vocation. Je le sens, je suis né pour la guerre.
Ici la mère se mit à pleurer. Le meunier, qui n'avait encore rien dit, rompit le silence :
— Tu peux t'en aller, Pierrot, si tu sens que c'est ta vocation, quoique ce soit une vocation singulière que celle de couper la tête à un homme, ou de lui fendre le ventre d'un coup de sabre et de répandre à terre ses entrailles. La voix des parents n'a appris, n'apprend et n'apprendra jamais rien aux enfants. Ils ne croient que l'expérience ! Va donc, et tâche d'acquérir cette expérience au meilleur marché possible.
— Mais, dit Pierrot, ne faut-il pas combattre pour sa patrie ?
— Quand la patrie est attaquée, dit le meunier, il faut que les enfants courent à l'ennemi et que les pères leur montrent le chemin ; mais il n'y a aucun danger, mon pauvre Pierrot, tu le sais bien ; nous sommes en paix avec tout le monde.
-—Mais...
— Encore tin mttiêl Val Pars I lui dit son père en l'embrassant.
Pierrot partit fort chagrin, mais obstiné dans sa ré-
UTi CÉ1ÈBRB PIERROT. 7
solution. Si la bonne fée avait pitié de la douleur de ses parents, elle savait fort bien qu'un peu d'expérience était nécessaire pour rabattre la présomption de Pierrot, et elle avait confiance dans l'avenir «
Us marchèrent longtemps côte à côte sans rien dire. Enfin, après plusieurs jours, ils arrivèrent dans le palais du roi. Là, Pierrot fut si ébloui des colonnes de marbre, des grilles en fer doré, des gardes chamarrés d'or, et des cavaliers qui couraient au galop le sabre en main, à travers la foule, pour annoncer le passage de Sa Majesté, qu'il oublia complètement les remontrances de ses parents.
Gomme il regardait, bouche béante, un spectacle si nouveau, le roi passa en carrosse, précédé et suivi d'une nombreuse escorte. Il était midi moins cinq minutes, et la famille royale, au retour de la promenade, allait dîner. Aussi le cocher paraissait fort pressé, dans la crainte de faire attendre Sa Majesté. Tout à coup un accident inattendu arrêta le carrosse. Un des chevaux de l'escorte fit un écart, et le page qui le montait, et <Jui était à peu près de l'âge de Pierrot, fut jeté contre une borne et eut la tête fracassée. Tous les autres s'arrêtèrent au même instant pour lui porter secours, ou au moins pour ne pas le fouler sous le pied des chevaux.
— Eh bien 1 qu'est-ce? dit aigrement le roi en mettant la tête à la portière.
— Sire, répondit un page, c'est un de mes camarades qui vient de se tuer en tombant de cheval.
— Le butor ! dit le roi ; qu'on l'enterre et qu'un autre prenne sa place. Faut-il, parce tju'un maladroit s'est brisé la tête, m'exposer à trouver mon potage refroidi?
Il parlait fort bien, ce grand roi. Si chaque souverain, ayant trente millions d'hommes à conduire, pensait à chacun d'eux successivement et sans relâche pendant quarante ans de règne, il ne lui resterait pas une minute pour manger, boire, dormir, se promener, chasser et penser à lui-môme. Encore ne pourrait-il, »en toute sa vie, donner Jl chacun de ses sujets qu'une demi-minute de réflexion. Évidemment c'est trop peu pour chacun. C'était aussi l'opinion du grand Vantripan, empereur de la Chine, du Tibet, des deux Mongolies, de la presqu'île de Corée, et de tous les Chinois bossus ou droits, noirs, jaunes, blancs ou basanés qu'il a plu au ciel de faire naître entre les monts Roukounoor et les monts Himalaya. Aussi, ne pouvant penser à tous ses sujets, en gros ou en détail, il ne pensait qu'à lui-môme.
Par l'énumération des États de ce grand roi, vous voyez, mes amis, que la Chine fut le premier théâtre des exploits de Pierrot. U ne faut pas croire pour cela que Pierrot fût Chinois. Il était né, au contraire, fort loin de là, dans la forêt des Ardennes; mais la fée, par
un enchantement dont elle a gardé le secret, sans quoi je vous le dirais bien volontiers, l'avait, au bout de trois jours de marche, et pendant son sommeil, transporté, sans qu'il s'en aperçût, sur les bords du fleuve Jaune, où se désaltèrent, en remuant éternellement la tête, des mandarins aux yeux de porcelaine. Mais, revenons k la colère du roi, quand il craignit de trouver son potage refroidi.
Au bruit de cette royale colère, toute l'escorte trembla. Le grand roi était d'humeur à faire sauter comme des noisettes les têtes de trois cents courtisans pour venger une injure si grave. Chacun cherchait des yeux, dans la foule, un remplaçant au malheureux page.
La fée Aurore poussa de la main le coude de Pierrot. Celui-ci, sans balancer, saisit les rênes, met le pied à rétrier et monte à cheval.
— Ton nom? dit Vantripan.
— Pierrot, sire, pour vous servir.
— Tu es un drôle bien hardi. Qui t'a dit de monter à cheval !
— Vous-même, sire.
— Moi?
— Vous, sire. N'avez-vous pas dit : « Qu'on l'enterre et qu'un autre prenne sa place ! » Je prends sa place. Toute la terre ne vous doit-elle pas obéissance ? J'ai obéi.
— Et la casaque d'uniforme?
Ici Pierrot fut embarrassé un instant, mais la fée vint à son secours. Elle le toucha de sa baguette : en un clin d'œil Pierrot fut habillé comme ses nouveaux camarades. Alors le roi, qui s'était penché vers le fond du carrosse pour parler à la reine, se retourna bras*quement.
— Sire, dit Pierrot, je suis prêt.
— Gomment I tu es habillé?
— Sire, ne vous ai-je pas dit que toute la terre vous doit obéissance? Vous avez voulu que je prisse l'uniforme. Je l'ai pris.
— Voilà un grand prodige, dit Vantripan, mais mon potage ne vaut plus rien. Au palais, et au galop.
En une minute, le carrosse, l'escorte et Pierrot disparurent, laissant trente mille badauds stupéfaits de la hardiesse de Pierrot, de sa promptitude à s'habiller, et de la bonté du grand Vantripan. Dans le môme moment, la pluie qui tombait les força de rentrer dans leurs familles, où tout le reste de la journée et les trois jours suivants on ne parla d'autre chose que dti nouveau page.
Pierrot était émerveillé de son bonheur.
— Quoi ! disait-il, en si peu de temps me voilà admis à la cour, et en passe de faire une belle fortune. Qui sait?
Au milieu de ces pensées ambitieuses, on arriva au palais. Pierrot voulut descendre de cheval comme les
DU CÉLÈBRB PIERROT. Il
antres et suivre le roi pour dîner, mais le gouverneur des pages l'arrêta.
— Montes votre garde d'abord, lui dit-il.
— Je meurs de faim, dit Pierrot.
— Vous répliquez? huit jours d'àrrôts. Mais d'abord , sabre eu main et restez à cheval devant le vestibule; voici la consigne : Quiconque entrera sans hdssez-passer, vous lui couperez le cou; et si vous y manquez, on vous le coupera à vous-même pour vous apprendre à vivre.
Ce disant, le gouverneur monta d'un àir grave dans son appartement, où l'attendait un bon dîner avec uû bon feu et d'excellent vin.
C'était au mois de novembre, et Pierrot, chamarré d'or, mais légèrement vêtu, montait sa garde à cheval devant le vestibule. Devant lui, des cuisines royales montaient à chaque instant une foule de plats suçon* lents, les uns pour le roi, d'autres pour les offleiers de sa maison, pour ses ministres, pour les femmes de chambre de la reine, pour les maîtres d'hôtel, pour tout le monde enfin, excepté le désolé Pierrot. Chaque plat laissait un parfum exquis dont étaient douloureusement excitées les papilles nerveuses du malheu* reux page.
Les marmitons riaient en passant près de lui, et se le montraient l'un à l'autre avec des gestes me-» queurs.
— Voilà un cavalier dont la digestion sera facile, dit l'un d'eux.
— Habit de velours, ventre de son, dit un autre. Pierrot, mouillé de pluie, morfondu, ne pouvant
souffler dans les doigts de sa main gauche qui tenait la bride du cheval, ni dans les doigts de sa main droite qui tenait le sabre, affamé de plus, donnait de bon cœur au diable, le roi, la reine, la cour, les courtisans et la maudite envie qu'il avait eue de quitter son père et sa mère, et d'entrer au service militaire.
Enfin la fée Aurore eut compassion de ses souffrances.
— Pierrot, dit-elle, cherché dans la sacoche de ton cheval, et mange.
Or, dans la sacoche il n'y avait qu'un morceau de pain sec et fort dur, que le pauvre affamé dévora en quelques minutes. Ainsi se réalisa son rêve de dîner à cheval.
Gomme il finissait, trois heures sonnèrent. Vantripan avait dîné, lui aussi, mais beaucoup mieux, et plus à l'aise.
— Ventre de biche 1 dit-il en paraissant sur le balcon du premier étage du palais, j'ai solidement diné.
Et il défit son ceinturon pour respirer plus à l'aise.
— Quel est ce page qui monte la garde? ajoutat-il en abaissant son regard royal sur le pauvre Pierrot.
— Sire, dit un officier, c'est ce jeune homme qui s'est offert si singulièrement au service de Votre Majesté.
— Pardieu! dit le roi, quand j'ai bien mangé et bien bu, je veux que tous mes sujets soient heureux. Approche ici , page ; et toi, dit-il au ministre de la guerre qui avait dîné avec lui, tire ton sabre, et découpe-moi ce chapon rôti. *
Pierrot s'approcha, et Vantripan lui lança le chapon. Pierrot le reçut si adroitement qu'il fit l'admiration générale.
Les gens qui ont bien dîné ne sont pas , comme on sait, difficiles sur le choix de leurs plaisanteries, et celles des rois, quelle qu'en soit la tournure, sont toujours excellentes.
Après le chapon vint une bouteille de vin, puis un petit pain, puis des gâteaux. Finalement Pierrot dîna mieux qu'il ne l'avait espéré ; mais il voyait rire toute la cour, et ce rire ne lui faisait pas plaisir.
— Quand je dîne avec mes parents, pensait-il, le dîner n'est pas friand, mais je ne mange les restes de personne, et personne ne se moque de moi.
Cette pensée indigna Pierrot. Quand il eut fini, et cela dura quelques minutes à peine , tant il montra d'activité, Vantripan le fit monter près de lui.
— Il est aux arrêts, dit le gouverneur des pages.
— Est-ce ainsi qu'on m'obéit? dit le roi d'une voix
tonnante. Va toi-môme prendre sa place, et garde les arrêts pendaht six mois.
Le gouverneur descendit la tête basse et prit 1^ place de Pierrot au milieu des rires de toute la cour. Chacun trouva la justice de Vantripan admirable.
Le roi, content de lui, s'assit dans un bon fauteuil et attendit l'arrivée de Pierrot* A ses côtés, dans uu autre fauteuil, près du feu, était assise la reine, dent nous n'avons pas encore parié, et qui était une femme assez grande, fort blonde, fort grosse, de Qui ses femmes de chambre disaient :
—Il est impossible de savoir si elle est plus méchante que bote, ou plus bote que méchante.
Derrière elle se tenait debout, tantôt sur un pied , tantôt sur Pautre, la princesse Bandoline, sa fille, suiw nommée par les courtisans Reine de Beauté; elle était' fort belle en effet, mais encore plus orgueilleqse, et regardait la race des Vantripan comme la plus il-» lustre de toutes les races royales , et elle-même , eomme la plus illustre personne de cette race. De l'autre côté de la cheminée se chauffait, assis, l'héritier présomptif de la couronne, le prince Horribilis, laid et méchant comme un singe; il faisait l'orgueil et la joie de sa mère, qui né voyait en lui qu'un esprit gracieux et pénétrant, et il effrayait d'avance ceux qui craignaient de devenir un jour ses sujets. Rangés en demi-cercle, les courtisans se tenaient de-
DTJ CÉLÈBRE PIERROT. 45
bout autour de la famille royale, et semblaient attendre en bataille l'entrée de Pierrot.
Celui-ci se présenta simplement et sans embarras. H n'avait pas vu la cour, mais l'éducation que lui avait donnée la fée Aurore le mettait dès l'abord de plain-pied avec tous ceux qu'il voyait. Arrivé à quel* ques pas du roi il s'arrêta modestement.
— Approche, drôle, lui dit gaiement le roi. D'où sors-tu ? Je ne t'ai jamais vu.
— Sire, dit Pierrot, le soleil ne regarde pas tous les hommes, mais tous les hommes regardent le soleil.
Cette réponse fit le meilleur effet. Vantripaii, flatté de se voit comparé au soleil, croisa ses mains sur son ventre avec satisfaction. Quant à Pierrot, s'ilrépon*dait par ttne flatterie, c'est qu'il ne se souciait pas d'une réponse plus directe. Au milieu de tant de grands seigneurs, il sentait qu'il n'aurait pas beau jeu à dire : Je suis Pierrot * fils de Pierre le meunier et de Pierrette sa femme. Cette généalogie honnête, mais modeste, aurait fait rire toute la cour. Pierrot ne reniait pas sa famille, mais il n'en partait pas; c'était un commencement d'ingratitude.
Quoi qu'il en soit, dès les premiers mots Pierrot fit merveille. La reine lui fit quelques questions et trouva ses réponses admirables. Le prince Horribilis lui dit des méchancetés qui furent repoussées avec fermeté par Pierrot, mais sans qu'il osât riposter à un si dan-