HI8T0IBI FANTASTIQUE
comme vous l'avez vaincu avec moi. Voulez-vous, en désobéissant au roi, allumer une guerre civile, quand la guerre étrangère est à peine terminée? Retournez à vos tentes, et attendez-y les ordres du prince. Pour moi, je pars.
Je regrette de rendre si mal le discours de Pierrot. Il y a ici une petite lacune bien regrettable dans le texte du vieil Alcofribas. Les rats ont mangé le manuscrit, de sorte que j'ai pu à peine en déchiffrer quelques lignes que je vous donne sans ordre et sans suite; mais croyez, mes amis, que ce discours fut rempli de la plus profonde éloquence; car, sur-le-champ, chaque soldat rentra dans sa tente en poussant une dernière acclamation en signe d'adieu, et Pierrot partit sans résistance après avoir remis le commandement à Horribilis.
— Ah ! je respire enfin, s'écria celui-ci en recevant le cachet royal, qui était le signe de l'autorité de Pierrot; je n'aurai plus sans cesse sous les yeux ce rival détesté. C'est maintenant, mon brave Tristemplète, que je vais me couvrir de gloire à mon tour et poursuivre l'ennemi jusque dans sa capitale.
Laissons-le se bercer de ces ridicules espérances. Avant peu, nous verrons les tristes effets de sa jalousie, et le danger dans lequel il mit toute l'armée par sa lâcheté. Suivons maintenant Pierrot.
Notre héros était partagé entre deux sentiments con-
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traires : la tristesse d'être enlevé à ses soldats au moment de recueillir le fruit de sa victoire, et la joie de recouvrer sa liberté et de pouvoir venger et sauver Rosine de ses ennemis. Pour dire la vérité, cette dernière impression était si forte chez lui, qu'il courait au galop en chantant sur la route de Pékin, et que les passants le croyaient à moitié fou. Ils n'avaient pas tort : au fond de Tamour, n'y a-t-il pas toujours un grain de folie ?
Voyons maintenant ce qui se passait à la cour du grand roi Yantripan. Mes amis, si vous le voulez, nous remettrons ce récit au chapitre suivant. Je me suis un peu essoufflé en courant à la suite de Pierrot sur le grand chemin, et je vais me reposer. Suivez mon exemple.